Mardi 3 février 2009 2 03 /02 /Fév /2009 11:55

Par Botowamungu Kalome (AEM)
lundi 2 février 2009

Le président Joseph Kabila

Joseph Kabila a de la suite dans les idées. Sous ses airs de taiseux énigmatique qui ouvre des brèches à des accusations enflammées de collusion ou de complaisance avec le Rwanda, le président congolais n’a jamais dévié de ses objectifs. Et au final, il arrive à ses fins démontrant qu’il a une vision politique cohérente. Une première en RDC si l’on excepte l’action du gouvernement Lumumba étouffée dans l’œuf. Pour mettre un terme à la dernière rébellion du pays et libérer les dernières terres congolaises encore occupées, Joseph Kabila a recouru à une opération militaire conjointe des armées congolaise et rwandaise. Grosse surprise de l’opinion et numéro de vierge effarouchée du président de l’assemblée nationale Vital Kamerhe qui déplore n’avoir pas été mis au parfum. Et pourtant dans mon « Franc Jeu » du 23 avril 2007, j’avais repris une information diffusée largement à l’époque et qui annonçait «  l’accord conclu par la RDC (représentée par Joseph Numbi), le Rwanda et le Burundi pour traquer les rebelles rwandais sur le sol congolais ».

Par cet accord, Joseph Kabila enlevait au Rwanda le prétexte essentiel qu’il utilisait pour entretenir la rébellion de Nkunda et trouvait en même temps une solution, certes peu heureuse, à l’incapacité de l’armée congolaise à régler le problème des FDRL et des Interhamwe. Non sans avoir laissé l’opinion se rendre compte de l’incurie d’une armée dont l’enrichissement des généraux était inversement proportionnel aux déroutes de leurs troupes. Ce que nous avions souligné dans une de nos analyses dans cette même rubrique : « En ayant privilégié auparavant l’option militaire, Joseph Kabila m’a semblé vouloir procéder par une démonstration par l’absurde afin de proposer, ensuite, cette conférence qu’il avait annoncée plus d’un an auparavant. Tout le monde s’est, en effet, rendu à l’évidence : il était quasiment impossible d’éradiquer la rébellion ne fût-ce qu’à cause des caractéristiques géographiques de la région. De l’Angola jusqu’en Côte d’Ivoire en passant par le Niger, la République centrafricaine, la Sierra Leone, la Somalie… la rébellion reste un fléau très difficile à vaincre. Joseph Kabila devait le savoir. Mais s’il avait osé convoquer la conférence de Goma avant d’avoir lancé une grande offensive militaire, ses détracteurs l’auraient accusé de complaisance et d’être de connivence avec Nukndabatware et le Rwanda ».

Bien plus, lors de ses vœux de nouvel an aux Congolais le 31 décembre 2008, Joseph Kabila avait annoncé clairement que « la RDC, dans le cadre de ses différentes coopérations régionales, allait s’atteler à éliminer tous les prétextes qui nourrissent les différentes agressions de ses voisins ». Le lendemain, l’on apprenait effectivement que la RDC, l’Ouganda et le Sud-Soudan avaient lancé des offensives contre la rébellion ougandaise en RDC. Mais ce schéma paraissait à l’opinion impossible à l’appliquer dans le Nord-Kivu. Même nous, nous n’y avons pas cru en indiquant dans un autre article : « C’est de bon augure même si l’on sait que l’on ne pourra jamais dupliquer cette coopération militaire au Nord-Kivu (…) en attendant l’improbable retour de Kagame et de Nkundabatware dans la voie de la sagesse et de la raison ». Mais, instruit par ses déconfitures militaires dues beaucoup à des fuites d’information, l’opération militaire lancée contre les rebelles rwandais a été préparée dans le plus grand secret au mépris d’un fonctionnement classique, mais les résultats spectaculaires et rapides plaident pour le président congolais.

L’opinion peut -et doit même- s’interroger sur les retombées de cette politique dans la durée. Auparavant, Joseph Kabila a souvent montré qu’il savait où il allait et qu’il n’affectionnait pas particulièrement la bataille de l’opinion privilégiant des résultats qui parlent d’eux-mêmes. Souvenons-nous : les accords de Sun City l’avaient dépouillé de toutes ses prérogatives régaliennes, mais il a réussi à les faire appliquer jusqu’au bout. Et pourtant la direction du pays, un monstre à cinq têtes (un président et quatre vice-présidents) était considérée, par tous, comme la chronique d’un chaos annoncé. Au bout de cette transition, c’est lui qui en est sorti grandi tandis que la rébellion MLC finissait comme seulement le troisième parti et l’autre la plus redoutable, le RCD, est devenue un des partis les plus faibles, les plus insignifiants du pays. Kabila savait qu’il ne pouvait triompher militairement de ces deux rébellions, mais il a réussi à les amener au jeu démocratique et à en faire du peuple congolais le plus grand bénéficiaire. Le chef de l’État congolais est en train, peut-être, de réussir la même chose avec le CNDP.

Joseph Kabila a ainsi l’intelligence d’exploiter une conjoncture favorable créée par le récent rapport des Nations-Unies qui ont fait plus qu’embarrasser le Rwanda contraint de retirer le pion Nkundabatware de son jeu. Il convient de saluer la cohérence de sa démarche politique ainsi que la lucidité et le réalisme de son approche.

J’y crois et je lui tire mon chapeau.| Botowamungu Kalome (AEM)

 

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