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Publié par JMV Ndagijimana

Par Patrick N. de Gand

samedi 24 janvier 2009


Les évènements de ces derniers jours en République Démocratique du Congo ont franchement de quoi surprendre meme les plus avisés des observateurs en géopolitique de la région des Grands Lacs.
Qu’est-ce qui a bien pu pousser le gouvernement Congolais à s’allier avec son voisin Rwandais, qui jusqu’à il y a très récemment était considéré comme l’ennemi juré et le grand fauteur de troubles ?

 Pour justifier une telle volte face de la part du régime Kabila, il a vraiment fallu que beaucoup d’eau coule sous le pont, autrement un tel rapprochement en si peu de temps ne pourrait s’expliquer que par un miracle.
Or, il faut bien convenir qu’en matière de relations entre états, il n’y a point de place pour ce genre de considérations ; si aujourd’hui Kabila laisse le champ libre aux "afande" de Kigali pour venir s’occuper des forces négatives du FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda, mouvement rebelle rwandais établi dans l’ Est congolais), retranchées dans leur bastion du Kivu, c’est bien que des évènements très concrets ont du l’y pousser. En y regardant de plus près, on constate en effet que la situation a beaucoup évoluée depuis la reprises des hostilités par général renégat Laurent NKUNDA en Aout dernier.

 Malgré leur supériorité numérique et matérielle, les Forces Armés de la République Démocratique du Congo (FARDC) ne sont jusqu’à présent pas arrivées à tenir tete aux troupes du CNDP (Congrès National pour la Défence du Peuple, mouvement rebelle à dominante tutsi). Les multiples opérations lancées par les FARDC se sont généralement soldées dans la débacle. A tel point qu’à un certain moment, il a même été question coté Congolais de sous-traiter les opérations militaires avec l’Angola, mais finalement pour des raisons qui restent mystérieuses les commandos du Président José Eduardo Dos Santos tant annoncés, ne sont pas intervenus.

 La MONUC de son coté, malgré une force militaire de 17.000 hommes et un budget annuel de plus de 1 milliard US $ a été incapable de restaurer la paix conformément au mandat que lui a conféré le Conseil de Sécurité. Les casques bleus se sont montrés tout aussi incapables de protéger les civiles, victimes principales de toutes sortes d’exactions et atrocités commises par les différents protagonistes de cette guerre : des soldats de l’armée régulière, aux rebelles du CNDP, en passant par les combattants du FDLR et les autres milices armées (Maï Maï, PARECO,...), actives dans la région. Massacres, viols, pillages, actes de torture et exécutions sommaires font désormais partie du quotidien de toute une population et ont poussé des centaines de milliers de deplacés sur la route de l’exode. En Octobre 2008, suite à une énième offensive avortée des FARDC, les rebelles du CNDP se retrouvent aux portes de Goma, capitale de la province du Nord Kivu, aggravant encore plus une situation humanitaire déjà plus que catastrophique. Mais au final une intense mobilisation diplomatique internationale empêchera la prise de la ville.

En attendant, le projet annoncé depuis plusieurs temps d’une force européenne censée renforcer la MONUC, est finalement renvoyé aux calendes grecques.

 Le blocage semble total, les troupes gouvernementales congolaises sont militairement dépassés par les évènement et leur incapacité à rétablir la souveraineté nationale sur l’ensemble du territoire, ne laisse plus aucun doute.
Par ailleurs, la crise financière mondiale qui affecte durement le secteur minier, n’a pas épargner le Congo. Les cours des principales matières premières se sont littéralement effondrés sur les marchés, entrennant une nette diminution des recettes de l’État. (Voir www.absac.com : la crise économique, bombe à retardement pour le gouvernement congolais)

Ainsi le Gouvernement Congolais qui a pourtant signé d’importants contrats miniers entre autre avec la Chine, se voit contraint de solliciter un emprunt de 200 millions US $ auprès de la Banque Mondial, lequel lui sera refusé. Cet épisode en dit long sur l’état actuel des caisses du gouvernement de Kinshasa.
Cependant, en dépit de cette situation et de leur avantage sur le terrain, les rebelles du CNDP n’ont étrangement pas cherché à clairement renforcer leurs positions en étendant les territoires sous leur controle et ce alors qu’ils en avaient la possibilité.

 Entre temps Kigali et Kinshasa ne cessent de s’accuser mutuellement les uns de soutenir le CNDP, les autres les FDLR. Malgré les dénégations rwandaises, il n’empêche que tous les diplomates de passage dans la capitale Congolaise, font immanquablement escale à Kigali, signe que le général Kagame joue tout de même un certain rôle dans ce conflit.

Mais la position Kigali n’en demeure pas moins clair pour autant : la guerre au Kivu est une affaire purement congolo-congolaise.
 
 Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette situation d’enlisement est loin d’etre un désastre pour tout le monde.
Les différents acteurs du confits, tous sans exception, y compris des éléments des FARDC, profitent de cette sale guerre pour se remplir les poches en se livrant dans la plus grande illégalité à l’exploitation du sous-sol congolais, finançant au passage les armes, les munitions et les divers équipements dont ils ont besoin pour assurer leur puissance de feu.

 Dans le même temps, des pourparlers sont engagés sous les hospices de OLOSEGUN OBANSANJO, ancien Président Nigérian et envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, pour faire cesser les combats et trouver une issue négociée au conflit. Mais là encore la situation semble mener à l’impasse, le gouvernement Congolais ne pouvant accepter les exigences du CNDP et le CNDP excluant de renoncer à la lutte armée tant que les rebelles Rwandais du FDLR n’auront pas été neutralisés.
Malgré la tenue à Goma d’une conférence nationale pour la paix (Janvier 2008) et de multiples accords de cessez-le feu, les uns plus précaires que les autres, la logique des combats reste dominante et les différentes parties tiennent absolument à en découdre par les armes.
 Le général Nkunda, sans doute enhardi par les récents succès militaires de ses hommes, affirme en Novembre 2008, devant le Commissaire Européen à l’aide humanitaire et devant la presse internationale qu’il marchera jusqu’à Kinshasa si Kabila s’obstine à refuser des négociations directes avec son mouvement. Le général dissident qui avait initialement pris les armes pour protéger les siens de la menace incarnée par les FDLR, était sur le point de se reconvertir en chef de guerre luttant pour prendre le pouvoir à Kinshasa.

 C’est dans ce contexte, qu’en Décembre 2008, des experts des Nations Unies, publient un rapport d’une importance cruciale pour la compréhension des évènements de ces derniers jours.
En effet, en plus de mettre en lumière, les différents intérêts financiers-miniers en jeu dans le conflit qui ravage la région du Kivu et la complexité des différentes filières mises en place pour assurer l’exploitation et l’exportation des matières premières issues du sous-sol Congolais, le document onusien a également le mérite de démontrer de manière irréfutable la collusion entre Kigali et le CNDP ainsi que l’étroite complicité existant entre Kinshasa et les forces du FDLR.

 Ces révélations embarrassent le régime du FPR ( Front Patriotique Rwandais, parti au pouvoir au Rwanda depuis 1994) au plus haut point, sans compter que sa crédibilité sur la scène internationale est sérieusement mise à mal et ce alors que Kigali a toujours farouchement nié avoir le moindre lien avec la rebellion du CNDP.
C’est ainsi que les Pays-Bas et la Suède, suite à la publication du rapport, suspendent leur aide directe à Kigali, privant ainsi le gouvernement de dizaines de millions US $ de revenus.

 Les nouvelles ambitions du chef rebelle n’ont apparemment pas du etre du gout de tout le monde puisque début Janvier, on assiste à un coup de force au sein du CNDP où un groupe d’officiers relèvent le chairman Nkunda de son commandement et ce pour de prétendues raisons de mauvaise gestion. Dans la foulée, les putshistes annoncent également la cessation unilatérale des hostilités contre les troupes gouvernementales.
Certains observateurs voient derrière cette opération la main de Kigali, sérieusement mis sous pression et désireux de sauver sa réputation sur la scène internationale.

La marge de manoeuvre de Kabila dans ce dossier étant fortement limitée, il n’a pas du etre difficile aux médiateurs occidentaux d’imposer discrètement un dialogue entre les deux pays ; lequel dialogue a abouti sur un accord mettant en place une opération conjointe FARDC-RDF ( Rwandan Defense Forces, armée rwandaise) pour neutraliser les combattants FDLR.

Mais c’était sans compter sur le dernier rebondissement dans cette histoire. L’annonce ce matin de l’état major mixte rwando-congolais, officialisant la mise hors d’état de nuire du chairman Nkunda et des quelques troupes qui lui étaient restées fidèles, a du en surprendre plus d’un. Le général dissident aurait été intercepté sur le territoire Rwandais lors d’une tentative de fuite et serait pour le moment en résidence surveillée dans la ville de Gisenyi. Reste à savoir si Kigali va extrader le général déchu vers la République Démocratique du Congo qui le reclame afin de le juger pour les crimes commis par ses hommes.
Comme quoi en politique, il n’y a pas de place pour les sentiments. Aprés avoir longtemps servi les intérets de Kigali, le général Nkunda est aujourd’hui sacrifié par ses anciens mentors pour ce que l’on pourrait communément appeler des raisons d’Etat.

Si la phase initiale de l’opération FARDC-RDF s’est déroulé sans la moindre effusion de sang, il risque d’en aller tout autrement lors la confrontation avec les FDLR.
Pointés du doigt comme étant la source principale de tous les maux dont souffriraient la sous-région, ces irréductibles n’en sont pas à leur début : ça fait tout de meme plus de 10 ans qu’ils sont dans le maquis et jusqu’à présent personne n’a jamais pu les en déloger. Ils connaissent bien le terrain et ont toutes les raisons du monde de tenir tete aux FARDC-RDF, puisqu’il en va de leur survie. La perspective d’un éventuel retour vers le Rwanda, meme volontaire n’a rien de très enchantant pour ces hommes que l’on associe souvent, à tort ou à raison, avec ce qui resterait des anciennes Forces Armées Rwandaises et des miliciens Interahamwe.

D’un autre coté, la perspespective d’un échec pour Kigali et Kinshasa serait un véritable désastre. Une victoire assez rapide est meme indispensable, autrement le conflit risque de s’enliser dans un bourbier qui ne profiterait pas aux forces gouvernementales coalisées. En effet, dans le Nord-Est du pays, les forces Congolaises, Soudanaises et Ougandaises sont déjà engagées dans des opérations similaires pour déloger les rebelles de la LRA (Lord Resistance Army, mouvement rebelle ougandais) de Joseph Kony, mais jusqu’à présent sans grand succès. C’est surtout les populations civiles, qui ici comme ailleurs paient le plus lourd tribut.
Autant donc dire que les combats vont etre rudes et que ce n’est pas demain que les Congolais du Kivu pourront aspirer à la paix.

Patrick N.

Gand, 23/01/2009

 

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