Mercredi 21 janvier 2009 3 21 /01 /Jan /2009 07:19

Kigali-Kinshasa: ennemi commun
(Le JDD.fr 20/01/2009)

Les armées congolaise et rwandaise interviennent conjointement depuis mardi dans l'Est de la République démocratique du Congo. Les autorités veulent mettre un terme à la rébellion hutue, alors que les tutsis de Laurent Nkunda ont annoncé "la fin de la guerre". Kigali et Kinshasa font un pied de nez à Nicolas Sarkozy, qui a émis plusieurs idées sur le conflit du Nord-Kivu vendredi dernier.

Selon des sources militaires, l'armée rwandaise est entrée mardi matin dans la région de Goma, la capitale du Nord-Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC). Elle aurait pour objectif de pourchasser les rebelles hutus, rassemblés au sein des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Cette intervention de l'infanterie rwandaise, et ses 1500 à 2000 hommes, se fait en collaboration avec Kinshasa, selon un accord défini le 5 décembre dernier. "La Monuc prend note de ce dernier développement et surveille très attentivement la situation", a déclaré un porte-parole de la force de l'ONU, déployée en RDC mais qui ne participe pas à l'opération.

Combattre les groupuscules hutus, c'est favoriser indirectement les autres rebelles, tutsis, rassemblés dans le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) de Laurent Nkunda. Une organisation combattue pendant trois mois par l'Etat congolais. Mais le CNDP a annoncé vendredi soir dernière la fin des hostilités avec les forces gouvernementales, envisageant même la signature d'un traité. Alors que les rebelles hutus sont de plus en plus isolés, le conflit dans l'est congolais semble en voie de résolution.

Un interventionnisme déprécié?

Vendredi dernier, Nicolas Sarkozy a dévoilé, lors de ses voeux au corps diplomatique, ses idées sur le conflit dans l'Est congolais. Pour ramener la paix dans cette région, le chef d'Etat est resté très évasif. Il a prôné "un dialogue non seulement conjoncturel mais aussi structurel", qui inclurait la question du "partage de l'espace et des richesses". Il a décrit le Rwanda comme un "pays à la démographie dynamique et à la superficie petite", et la RDC comme "un pays à la superficie immense" avec une "organisation étrange des richesses frontalières".

Résultat, les trois propositions françaises -l'exploitation commune des ressources minières frontalières, une réforme foncière et une réflexion approfondie sur le problème des minorités- n'ont pas été prises en compte par les autorités congolaises ou rwandaises. Plusieurs députés des deux pays se sont même indignés contre l'interventionnisme français. Mboso N'Kodia Pwanga, élu dans la province de Bandundu, s'est ainsi ému dans le quotidien congolais Le Phare: "A quel titre nous allons cogérer nos richesses nationales, inaliénables donc, avec un pays voisin?" Face à cette levée de boucliers, Pierre Jacquemot, ambassadeur de France en RDC, a dû démentir dans le quotidien L'Avenir "l'existence d'un plan français": "Nicolas Sarkozy a seulement lancé des idées pour sortir de cette crise", a-t-il justifié, après une réunion d'urgence avec le ministre de la communication congolais. Mais, au vu des derniers événements, les autorités ne semblent pas avoir besoin de Nicolas Sarkozy, en voyage officiel en RDC début mars prochain, pour régler le conflit.

Vieux démons

Toutefois, il est peu probable que les propositions de l'Elysée aient provoqué la décision du CNDP, dont l'un des dirigeants, Bosco Ntangada, a annoncé vendredi soir "la fin de la guerre" contre les forces régulières de RDC. Laurent Nkunda, à la tête du mouvement, a dû confirmer l'information lundi matin: "Puisque nous allons désormais tous [avec l'armée congolaise] tirer dans la même direction, la guerre est terminée", a-t-il déclaré sur RFI. C'est plutôt l'union des forces rwandaises et congolaises, actées le 5 décembre dernier, qui a convaincu les rebelles tutsis d'arrêter les combats. Le CNDP, fragilisé par des luttes internes entre Bosco "Terminator" Ntangada et Laurent Nkunda, préfère la négociation, plutôt qu'être pris entre deux feux.

Le CNDP se mettant à disposition de la RDC, les armées officielles vont concentrer leurs efforts sur les rebelles hutus du FDLR. La présence de ces derniers est la principale source de tension entre la RDC et le Rwanda. Ils sont, pour la plupart, des anciens membres des milices considérées comme les responsables du génocide de 1994. Pris en étau, les rebelles hutus ne devraient pas tenir longtemps face au nombre écrasant de combattants issus du CNDP ou des troupes régulières de RDC et du Rwanda. Ce règlement de crise mettrait fin aux négociations de paix de Nairobi, qui resteront ainsi en échec. Les tutsis emmenés par Laurent Nkunda devraient même sortir grand gagnants du conflit: en échange de la paix, ils devraient obtenir, selon Radio Okapi, une amnistie totale couvrant tous les "faits de guerre" depuis 1994, massacres compris...

Par Gaël VAILLANT
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