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Publié par JMV Ndagijimana

Par le Potentiel

Les pans de voile commencent à être levés. Il est désormais clair que toutes les guerres d'agression imposées à la République démocratique du Congo sont dictées de l'extérieur. Mieux, de véritables coups de boutoir en vue de consacrer l'inexistence de la RDC en tant qu'Etat et Nation. Si le « Plan Cohen » évoque le rattachement économique du Kivu au Rwanda et à d'autres pays anglophones, le président français vient de jeter le pavé dans la mare en proposant la « restructuration » de la région des Grands Lacs. Donc la balkanisation de la RDC pour des raisons économiques.

Lors de son message de vœux au corps diplomatique accrédité en France, le président français, Nicolas Sarkozy, a fait un tour d'horizon général de grandes questions internationales. Abordant le chapitre de l'Afrique, et plus particulièrement de la région de l'Afrique des Grands Lacs, il a tenu exactement ces propos ; « Quant à la région des Grands Lacs, la violence s'est une fois déchainée. L'option militaire n'apportera aucune solution aux problèmes de fond qui se posent de façon récurrente depuis dix ans. Il faut trouver une nouvelle approche pour apporter aux pays de la région l'assurance que l'ensemble de ces questions sera réglé de façon globale. Cela met en cause la place, la question de l'avenir du Rwanda avec lequel la France a repris son dialogue, pays à la démographie dynamique et à la superficie petite. Cela pose la question de la République démocratique du Congo, pays à la superficie immense et à l'organisation étrange des richesses frontalières. Il faudra bien qu'à un moment ou un autre, il y ait un dialogue qui ne soit pas simplement un dialogue conjoncturel mais un dialogue structurel comment dans cette région du monde, on partage l'espace, on partage les richesses et on accepte de comprendre que la géographique a ses lois, que les pays changent rarement d'adresse et qu'il faut apprendre à vivre les uns à côté des autres ? »

Quelques heures plus tard, le Journal Le Monde, dans son édition du 18 janvier 2009, reprend ce discours en allant en profondeur pour confirmer l'existence du « Plan Sarkozy » comme initiative de paix qu'il compte en discuter avec les autorités de Kinshasa lors de son séjour au mois de mars. Séjour prévu initialement au mois de janvier. A ce propos, Sarkozy avait envoyé un de ses conseillers, Bruno Joubert qui a été reçu par le président Kabila. Si le président Kabila a manifesté de « l'intérêt » à ce plan, selon le journal Le Monde, « aucun accord ne s'est encore dessiné », affirme toujours le journal Le Monde.

Mais dans les axes du Plan Sarkozy, le premier ne diffère pas du « Plan Cohen ». Il propose « l'exploitation en commun par la RDC et le Rwanda les richesses du Nord-Kivu ». Ce qui permettrait à la RDC de récupérer « des revenus aujourd'hui détournés par l'exploitation illégale des minerais évacués vers l'océan Indien » (Sic). Exactement comme le soulignait Cohen avec la création d'un « Marché commun comprenant le Rwanda, la RDC, l'Ouganda, la Tanzanie, le Kenya et le Burundi ».Ce « plan » Sarkozy a tout l'air d'avoir été influencé par un « lobby » facile à deviner.


Restructuration, partage, organisation étrange : trois concepts dangereux

Sarkozy va plus loin en proposant le « partage » de l'espace et « des richesses naturelles ». Quel est l'espace que l'on doit partager ? Le Kivu ? Pourquoi ? Si la nature a fait que la superficie du Rwanda soit « petite » et que l'étendue géographique de la RDC soit immense, quel est le crime commis par le Congo pour devenir impérativement « trop généreux » de par la volonté des étrangers ? Ensuite, pourquoi seulement les richesses du Kivu ? Qu'est-ce que le Rwanda donne en échange pour partager avec la RDC ?

Non ! La RDC partage déjà un même espace avec le Rwanda dans le cadre de l'Afrique centrale et de l'Afrique des Grands Lacs. Ce qui explique l'existence de la Communauté économique des Pays des Grands Lacs, CEPGL, et de la Conférence internationale de la région des Grands Lacs, CIRGL. Ces organisations existent de par la volonté des pays européens dont la France. Pourquoi les ignorer subitement ?

Dans le cadre de la CEPGL, la RDC, le Rwanda et le Burundi ont créé des sociétés mixtes. Notamment l'Energie des Grands Lacs, EGL ; l'Institut de Recherche Agronomique et Zootechnique, IRAZ ; la Société internationale pour l'Electricité des Grands Lacs, SINELAC ; et enfin, la Banque de Développement des Etats des Grands Lacs, BDEGL.

Bien plus, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs a approuvé 10 projets prioritaires à impacts visibles sur les populations frontalières. Il s'agit des projets suivants : Création d'un Mécanisme régional d'Appui aux Institutions de micro-finance, Bassins transfrontaliers de Développement, Projet régional sur la sécurité alimentaire dans la région des Grands Lacs, Relance de la Communauté économique des pays des Grands Lacs (qui a déjà reçu un montant de 50 millions de dollars pour redémarrer), Mécanisme régionale de certification des ressources naturelles pour mettre un terme à l'exploitation illégale des ressources naturelles congolaises ; Exploitation du Gaz méthane du Lac Kivu, Programme d'amélioration des projets d'infrastructures et facilités des transports… et nous en passons.

Un Fonds spécial pour la reconstruction de la région a été mis sur pied. La RDC a déjà affecté 500 mille dollars ainsi que la Tanzanie pendant que le Rwanda a versé sa participation pour le bon fonctionnement du Secrétariat exécutif de la CIRGL. Mieux encore, il a été décidé de créer des « triangles ou zones de croissance », justement pour « partager » l'espace des Grands Lacs et les richesses naturelles de cette région et non d'un seul pays. Le but poursuivi « est de susciter des implications sur la paix, la sécurité ainsi que sur l'intégration sociale et la participation des communautés au développement des régions concernées ». Doit-on rejeter tous ces projets parce qu'ils ont été proposés par des Africains ?

Si les choses traînent, c'est parce que le Rwanda brandit toujours la question sécuritaire. Or, le président français ne devrait pas oublier que la République démocratique du Congo compte près de 450 ethnies et qui ne se sont jamais fait la guerre. Mais depuis des décennies, le Rwanda qui ne compte que « DEUX » ethnies est toujours en guerre avec au bout le génocide de 1994 après avoir exporté la rivalité interethnique au Congo (Voir le Kivu et l'Ituri). A ce propos, la France y est intervenue avec l'Opération Turquoise. Ce « Plan Sarkozy » viserait-il à dédouaner la France pour son dialogue avec le Rwanda, surtout après l'arrestation tumultueuse de Rose Kabuye ? C'est une affaire franco-rwandaise qui ne concerne nullement la RDC. Elle ne peut servir de voie de sortie. Pire ; le président français qualifie « d'organisation étrange » les institutions et les dirigeants de la RDC. Propos et concepts très dangereux aux agendas cachés quand on sait que des « conseillers occidentaux » sont à la base de cette organisation étrange. A quoi servent alors tous ces appuis et encouragements des ambassadeurs français accrédités en RDC ? De la poudre aux yeux ?

Encore un « faux pas de Sarkozy » après celui de Dakar qui a soulevé le tollé en Afrique sur la repentance. Que ce « plan » soit publié quatre jours avant l'entrée en fonction de Barack Obama, cela suscite des interrogations et n'est pas gratuit.


Le Kivu n'est pas le Proche Orient


La RDCconsidère la France comme un « Etat partenaire naturel ». Depuis De Gaulle jusqu' à Chirac en passant par Giscard D'Estaing et Mitterrand, la France a toujours été aux côtés des opprimés, et particulièrement avec la RDC en se distinguant par une coopération dynamique et multisectorielle. Particulièrement la Francophonie. Si la France de Sarkozy voudrait « changer » le monde, il ne lui appartient pas de transformer le Kivu en Proche-Orient. En se rendant ce lundi 19 janvier à Charm el Cheik, en Egypte, Sarkozy devrait mesurer toutes les conséquences de sa proposition porteuse des germes de guerre. Il n'y a pas de paix dans cette partie du monde pour autant que certaines puissances ont fait « d'Israël un Etat fort ». Si telle est la vision pour la région des Grands Lacs, il n'y aura jamais de paix. Sarkozy le reconnaît lui-même avant de proposer le contraire ; « … on accepte de comprendre que la géographie a ses lois, que les pays changent rarement d'adresse et qu'il faut apprendre à vivre les uns à côté des autres ». Qui de la RDC ou du Rwanda devrait changer d'adresse ? Il revient au chef de l'Etat français de répondre à cette interrogation au regard de son plan.

Ceci dit, il appartient au peuple congolais dans la sérénité et maturité, surtout aux autorités congolaises de bien analyser tous ces « plans ». Ils convergent vers un même objectif ; la balkanisation de la République démocratique du Congo. Et lorsque le président français parle « d'une organisation étrange », ce n'est nullement un compliment à l'endroit du peuple congolais, moins encore à la classe politique congolaise. C'est peut-être une vérité, mais à la fois une véritable méprise.

Le Potentiel


Cependant, le « Plan Sarkozy » dit tout haut ce que les commanditaires des guerres d'agression contre la RDC expriment par les armes. Le président français propose la « restructuration » de toute la région des Grands Lacs. Cette restructuration ne peut se faire que par la convocation de la « Conférence de Berlin-bis » pour remettre en cause les frontières héritées de la colonisation lors de l'accession des pays africains à l'indépendance. Pourrait-on savoir si le président Sarkozy aurait le même courage politique de proposer au parlement français la restructuration de l'Europe centrale pour accorder l'indépendance à la Corse qui la réclame depuis de nombreuses années ? Non. Pourquoi alors le demander aux Congolais ?

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