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Publié par JMV Ndagijimana

L'accusation de complicité du gouvernement français dans le génocide rwandais est absurde. Ce n'est qu'une habile opération de communication du président rwandais, pour faire oublier sa mise en cause dans l'attentat qui a coûté la vie à son prédécesseur.

Paul Kagame (Photo Wikipedia)

Tous les ingrédients d’une habile opération de communication sont réunis : une commission d’enquête (ça fait ONU ou Congrès des Etats-Unis, ça fleure la démocratie et la défense des droits de l’homme etc.), un rapport (bien plus fort qu’un communiqué ou une harangue !), le choix du moment de la publication pour donner à l’opération le maximum de retentissement : début août quand l’actualité est au point mort dans le pays occidentaux et que les grands quotidiens ne savent plus sur quoi titrer.
Tout ce qu’il fallait faire pour accréditer l’accusation absurde de complicité du gouvernement français dans le génocide rwandais de 1994 est réuni.
Tous ceux qui, sans doute par un reste de racisme inavoué, prennent les Africains pour des amateurs ne savent pas bien à qui ils ont affaire avec Paul Kagame et l’équipe qui dirige aujourd’hui le Rwanda d’une main de fer.
Certes, ces gens ne sont pas près de développer leur pays qui est un des plus pauvres du monde : l’économie n’est pas leur fort. Mais pour ce qui est de la manipulation politique, nos dirigeants doivent se persuader qu’à côté des gens au pouvoir à Kigali, ils ne sont que des enfants de chœur.
Il est possible dans un livre ou un article en France ou en Europe de dire du mal de n’importe quel chef d’Etat dans le monde sans que cela tire à conséquence ni même qu’il y ait des réactions.

Interdit de dire quoi que ce soit sur Kagame
A cette règle, une exception : si dans un livre ou un article quelqu’un s’avise de dire la vérité sur le régime de terreur instauré par Paul Kagame au Rwanda, il sera immanquablement assailli de pétitions indignées, il fera l’objet de harcèlement médiatique et internautique, ou encore de poursuites judiciaires ruineuses.
Pierre Péan avait pu dans des ouvrages antérieurs mettre en cause impunément la « Françafrique » et particulièrement son homme clef, le président Bongo du Gabon, pourtant très introduit à Paris et disposant de la manne d’un pays pétrolier.
Quand il s’est avisé en 2005 d’enquêter sans préjugés et en professionnel consciencieux qu’il est, sur l’affaire rwandaise et qu’il a conclu dans un livre bien documenté (1) que la France n’avait rien à se reprocher, il est devenu la cible d’un harcèlement sans précédent, pas en Afrique, non, en France et accessoirement en Belgique. On ne saurait dire que son livre soit passé inaperçu : une page entière lui a été consacrée par Le Monde et Le Figaro : rien que des articles critiques !
Profitant de la légèreté, de l’ignorance et du mépris ordinaire de nos dirigeants pour les Africains, le président Kagame a décidé de harceler la France jusqu’à ce qu’elle soit reconnue par l’opinion publique française (c’est à moitié fait) et internationale ( c’est fait aussi sauf en Afrique où les dirigeants savent ce qui s’est vraiment passé) complice du génocide de 1994.

Kagame est soupçonné d'avoir commandité l'attentat contre l'ancien chef d'Etat rawandais
Est-il nécessaire de rappeler que la vérité est à l’inverse ?
- Paul Kagame est fortement soupçonné d’avoir été l’instigateur de l’attentat du 6 avril 1994 qui a coûté la vie à deux chefs d’Etat, ceux du Rwanda et du Burundi, qui se trouvaient dans le même avion, attentat qui a joué un rôle décisif dans le déclenchement de la tuerie.
- Si des centaines de milliers de Rwandais, d’ethnie tutsie mais pas seulement, ont péri du fait du pouvoir hutu aux abois, des centaines de milliers de hutus ont aussi péri du fait du nouveau pouvoir tutsi (2) ;
- S’il est vrai que la France a eu une coopération militaire avec l’armée et la gendarmerie rwandaises, dominées par les Hutus, avant 1994, nos instructeurs ne leur ont sûrement pas enseigné le maniement de la machette, principal instrument des massacres ;
- L’opération Turquoise montée en 1994 avait pour but de sauver des vies et singulièrement celles des victimes tutsies.
Que cette opération n’ait eu rien de déshonorant pour la France, la preuve : CNN–Afrique laissa entendre alors qu’il s’agissait d’une opération américaine !
Voilà la vérité. Mais pourquoi le régime Kagame s’acharne t-il à faire admettre le contraire à l’opinion internationale ? Il y a bien entendu la volonté de se disculper : l’équipage de l’avion abattu étant français, l’entourage de Kagame a fait l’objet, à la demande des familles, de poursuites de la part du juge Bruguière ; il est bien connu que la meilleur défense, c’est l’attaque : quand vous êtes légitimement accusé, accuser mensongèrement votre accusateur en criant plus fort que lui est une vieille tactique, connue dans les cours de récréation.
La pseudo-rapport de Kagame intervient en outre au moment où les juristes chargés de punir les coupables de génocides devant le tribunal international d’Arusha ont ouvert au fil des séances les yeux sur le véritable rôle de Kagame dans les massacres de 1994 et sur la nature du régime qu’il a mis en place : ils se montrent aujourd’hui de plus en plus réticents à s’appuyer sur la justice rwandaise.
Mais il faut aussi compter avec l’immense orgueil de cet homme qui a décidé d’humilier la France.
Il connait parfaitement les ressorts de la communication internationale, ceux de la mauvaise conscience européenne, du goût de l’autodénigrement (même quand il n’y a pas matière) d’une partie de nos médias, il dispose d’un réseau impressionnant soigneusement tissé ( et dont les articulations restent à élucider (3)) en Europe. Il joue admirablement de tout cela.

Un dirigeant sans aucun scrupule
Surtout Kagame n’a aucun scrupule. Les procès totalitaires ont montré comment un procureur parfaitement cynique arrivait au moyen d’accusations véhémentes à éveiller le sentiment de culpabilité même chez les innocents, aisément déstabilisés par une rhétorique dont ils n’avaient même pas l’idée.
Le Quai d’Orsay , face à cette opération, ne trouve rien d’autre à faire que de rappeler notre volonté de réconciliation avec le régime de Kigali . Alors que c’est précisément cette volonté , exprimée par une visite incongrue de Bernard Kouchner auprès de son « ami » Kagame qui est sans doute à l’origine de cette escalade dans l’audace. « Oignez vilain, il vous poindra ! ».
Le seul moyen de clouer le bec à ces accusations invraisemblables n’est pas non plus de s’en tenir à un silence méprisant, qui n’aura d’autre effet que d’exaspérer l’adversaire et surtout de laisser accréditer la rumeur qu’il s’efforce de propager, selon le vieux ressort énoncé par Voltaire : « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ! ».
Sans doute, faut-il cesser de vouloir amadouer un adversaire de toutes les façons irréconciliable, mais on aurait tort pour autant de le négliger : seul un démenti cinglant – que notre gouvernement doit d’ailleurs aux principaux acteurs politiques et militaires concernés, M.Balladur alors premier ministre en tête - est à même de calmer un adversaire de ce genre et de couper court aux soupçons déjà largement répandus dans la presse et l’opinion françaises. M. Kagame a beau connaître, mieux que la plupart des Africains, les ressorts de la société politique occidentale, il en est un qu’il faut lui rappeler, c’est que dans une société ouverte, on ne plaisante pas avec la vérité.


1.Pierre Péan , Noires fureurs, blancs menteurs, Fayard 2005
2.Il faudrait aussi prendre en compte, pour avoir une vision complète de la question, les massacres de Hutus par les Tutsis intervenus à plusieurs reprises au Burundi.
3.Le lobby rwandais a pour noyau la diaspora tutsi chassée de son pays par la révolution de 1962 et dont seule une petite partie est revenue au pays en 1994, mais il s’est acquis dans les medias ou l’université en France, en Belgique, en Suisse, des complicités que rien n’explique sinon la naïveté ou des préjugés anticolonialistes habilement exploités.

 

Dimanche 10 Août 2008 - 12:44

Hubert Martin

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