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Publié par JMV Ndagijimana

Source: Le Potentiel

Date: 07 Jan 2009


Le troisième round des négociations de Nairobi (Kenya) entre le gouvernement de la RDC et la rébellion du CNDP/aile Nkunda est crucial. Les deux parties doivent, sous la médiation internationale, parvenir à un accord formel de cessez-le-feu ou à une trêve, afin de soulager les populations civiles du Nord-Kivu. Cet objectif est, cependant, loin de faire l'unanimité, pour ceux qui ont des agendas cachés.

Les négociations pour le compte du troisième round de la réunion de Nairobi entre Kinshasa et le CNDP/aile Nkunda ont effectivement débuté hier dans la capitale kenyane. La délégation du gouvernement congolais est conduite par Raymond Tshibanda, ministre de la Coopération régionale et internationale. Celle du CNDP l'est par René Abandi, vice-président du mouvement rebelle. Un grand absent, comme lors de la deuxième rencontre : le facilitateur attitré, le Nigérian Olusegun Obasanjo, officiellement attendu ce jeudi à Nairobi. Ainsi, la séance d'ouverture a été présidée par le co-facilitateur, le Tanzanien Benjamin M'Kapa.

Dès l'ouverture de la séance, Benjamin M'kapa a souligné le caractère crucial de cette réunion en faisant appel au sens élevé de responsabilité des deux parties pour parvenir à «un accord de cessez-le feu formel». Ce qui permettrait de convoquer pour la mi-janvier la réunion extraordinaire des chefs d'Etat de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). Cette instance entrerait alors dans le vif du sujet aux fins de dégager des pistes de solution sur les problèmes essentiels qui sont à la base des conflits au Kivu.

Tout compte fait, les parties ont exactement sept jours pour parvenir à un accord formel avant de s'engager aussitôt dans le processus de négociations. Ce délai est nécessaire si l'on tient à ce que la réunion des chefs d'Etat ait lieu le 15 janvier. Or, à l'ouverture de la réunion de mercredi, les positions des deux parties n'avaient pratiquement pas changé.


Les effets de Gaza

Certes, le CNDP s'est déplacé vers Nairobi sans que la facilitation ne se soit préalablement rendue dans le Nord-Kivu afin de constater la «violation du cessez-le-feu par les Forces armées de la RDC». Cette condition a été battue en brèche par l'exigence de la Monuc.

Mais pour s'assurer de la bonne évolution des pourparlers, il faudrait avant tout que le CNDP signe l'accord formel du cessez-le-feu, à l'instar de la délégation de Kinshasa. Si cela ne se réalise pas dans les prochaines heures, après la reprise des travaux, c'est que le CNDP s'en tient à une autre exigence : la présence des présidents de l'Assemblée nationale, du Sénat, de l'Alliance de la majorité présidentielle (AMP) et de l'Opposition. D'ores et déjà, pour répondre au CNDP, le chef de la délégation du gouvernement a fait savoir, à sa descente d'avion à Nairobi, «qu'il n'est pas question que les sénateurs et les députés signent cet accord». Ceci relève de la compétence exclusive «du gouvernement qui a les prérogatives constitutionnelles de signer des accords».

La reprise du dialogue de Nairobi survient au moment où une autre guerre, tout autant dramatique que celle du Kivu, retient l'attention de toute la communauté internationale. Il s'agit des opérations israéliennes contre les Palestiniens dans la bande de Gaza.

On sait que la guerre de Kivu qui a déjà coûté la vie à plus de 5 millions de personnes, poussé depuis le 28 août 2008 plus de 2 millions de personnes dans l'errance, n'a pas suscité autant de déploiement de missions diplomatiques que celle de Gaza.

Aussi, les observateurs avertis craignent-ils que Nairobi III entre Congolais ne soit éclipsé par le Moyen Orient. Et pourtant, ce que les Congolais attendent, c'est la pression de la communauté internationale pour que soient respectés l'Accord de Nairobi et le actes d'engagement de la Conférence de Goma.

En fait, la dimension externe de ce conflit ne peut être négligée. Si Nairobi est «oublié» par la Communauté internationale, il est vrai que les forces occultes continueraient à tirer les marrons du feu. Cette crainte expliquerait l'absence d'Olusegun Obasanjo à l'ouverture, hier. On pense qu'il tient à obtenir toutes les assurances du Conseil de sécurité de l'ONU pour mener à bien sa mission.

La donne Ntaganda

Il s'agit notamment des assurances sur l'envoi du contingent supplémentaire de la Monuc et le renforcement de ses capacités militaires, conformément à la résolution 1856 du Conseil de sécurité.

Les soubresauts qui viennent de se produire au sein du CNDP auront des conséquences sur la rencontre de Nairobi III. Pour le moment, seule la délégation de Nkunda est présente dans la capitale kenyane. Bosco Ntaganda lui-même se terre dans son Masisi natal, pendant que Laurent Nkunda se manifeste dans son Rutshuru.

La révolte du palais qui a failli emporter Nkunda semble sous contrôle. Des sources ont affirmé au Potentiel que Kigali tenterait de régler le différend entre les deux rebelles. Une rencontre de médiation aurait même lieu ce jeudi à Kirolwire. Que Nkunda ait envoyé une délégation à Nairobi, cela s'explique. Il a pris en compte les observations pertinentes de la délégation des évêques de la RDC, du Rwanda, du Burundi et du Kenya. Ces chefs religieux, membres de la CETA (Communauté des églises de toute l'Afrique), l'avaient rencontré mardi à Jomba. Ils lui ont tenu ce langage : «C'est vous qui avez demandé des négociations directes avec le gouvernement ; c'est vous qui devez tout faire pour assurer le succès de cette rencontre».

A en croire Séraphin Mirindi, proche de Nkunda, le CNDP « a bien accueilli la démarche des évêques de l'Afrique des Grands lacs». Mais l'inconnu demeure bien sûr Bosco Ntanganda. S'il a «trahi» Nkunda, il ne reconnaîtra pas l'accord signé par son désormais adversaire au sein du CNDP. D'où il se mettra en travers. Est-ce une stratégie concoctée pour miner les efforts menés actuellement par la communauté internationale en faveur du retour de de la paix définitive dans l'Est de la RDC ? A défaut de réponse, nous allons observer une semaine de suspense. Avec des regards tournés vers Nairobi.


Le Potentiel 

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