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Publié par JMV Ndagijimana

Un groupe d'experts de l'ONU a mis en évidence l'implication de plusieurs ressortissants et entreprises belges dans le financement du conflit dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) et en particulier des mouvements rebelles, dans un rapport publié vendredi, qui met également en cause le Rwanda.

Les cinq experts, sous la direction de Jason Stearns, épinglent en particulier un riche homme d'affaires d'origine congolaise mais possédant aussi la nationalité belge et établi à Bruges, Raphaël Soriano alias Katebe Katoto."Le groupe a appris que l'un des financiers du CNDP (le Conseil national pour la Défense du Peuple, le mouvement politico-militaire du général tutsi Laurent Nkunda, en conflit avec le gouvernement de Kinshasa) est Raphaël Soriano", indique le rapport.

M. Soriano est poursuivi par la justice britannique pour détournement de fonds publics. Il est accusé d'avoir participé à la disparition de vingt millions de dollars de l'Etat zambien. Homme d'affaires originaire de la province du Katanga (sud-est) qui a fait fortune notamment dans les pêcheries, il n'est pas un poids-lourd de la scène politique congolaise, même s'il a toujours été très actif en coulisses.

Il fut brièvement vice-président en 2003 du Rassemblement congolais pour la Démocratie (RCD, à l'époque une rébellion soutenue par le Rwanda) avant de s'établir à Bruges. En juin 2005, il s'était présenté à la presse comme le Premier ministre de la RDC, affirmant avoir été "plébicité" par "le peuple congolais libre et souverain" et demandant au gouvernement de démissionner.

Transfert d'argent
Les experts de l'ONU l'accusent de financer le CNDP, ainsi que les Forces républicaines fédéralistes (FRF), un groupe armé tutsi du Sud-Kivu. Ils ont établi que le 7 février 2006 un transfert de 25.000 dollars a eu lieu entre le compte de son épouse, Nele Devriendt, et celui d'Elisabeth Uwasse, la femme de Laurent Nkunda, au départ d'un compte bancaire ouvert à la banque ING à Bruges sur lequel M. Soriano a une procuration.

Selon ce rapport, les relevés d'ING confirment également que 20.000 dollars ont été virés le 10 avril 2006 à un compte à la Centenary Rural Development Bank à Kampala (Ouganda) au nom de Gendarme Rwema, lequel avait pour mission de fournir aux FRF le matériel Motorola et les espèces dont elles avaient besoin pour fonctionner.

Les relevés de la même banque révèlent aussi que 60.000 dollars ont été virés le 25 janvier 2006 à un compte à la Banque de commerce, de développement et d'industrie, établissement rwandais, au nom de Bilal Abdul Kalim Baziki, homme d'affaires libanais établi à Goma. Selon des témoignages recueillis par le groupe d'experts, M. Bilal a servi d'intermédiaire pour la réception de capitaux externes destinés au CNDP.

Plus en Belgique
Les experts de l'ONU affirment redouter que M. Soriano n'utilise des millions de dollars qui auraient été détournés de fonds publics zambiens pour continuer à financer le CNDP et les FRF. Ils ajoutent que M. Soriano a quitté la Belgique pour Kigali à la fin du mois d'octobre, lors de l'escalade de la violence dans l'est de la RDC, selon des diplomates étrangers et des sources au CNDP. Leur rapport cite également deux sociétés belges qui seraient impliquées dans l'exploitation illégale des ressources naturelles de la RDC, principalement la cassitérite et le coltan.

Au Sud-Kivu voisin, le Groupe d'experts s'est procuré des documents officiels montrant qu'en 2007, les seuls importateurs de cassitérite et de coltan s'approvisionnant auprès des vendeurs locaux - le Groupe Olive, l'Etablissement Muyeye, World Mining Company (WMC) et MDM, dont un des actionnaires est le Belge Michel Defayi - étaient la société belge Traxys et la société Afrimex, sise au Royaume-Uni.

Selon le rapport, ces entreprises savent que certaines mines auprès desquelles elles font leurs achats sont contrôlées par les FDLR (Forces démocratiques de Libération du Rwanda, qui comprend d'anciens responsables du génocide rwandais de 1994).

La Belgique coopère
Dans une réaction à ce rapport, le ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht, a assuré que la Belgique coopérait pleinement avec le groupe des experts pour mettre en évidence des ressortissants belges ou des entreprises qui violeraient le régime des sanctions imposées par l'ONU. "Le gouvernement belge prendra les mesures appropriées - tant en application de possibles décisions du Conseil de sécurité que pro-activement - pour que nos entreprises respectent les codes de conduite internationaux en vigueur", a-t-il assuré dans un communiqué. (belga)

13/12/08

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