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Publié par JMV Ndagijimana

Interview orange-Le Figaro

Guillaume Tabard -
Bonjour Rama Yade et bienvenue au Talk Orange-Le Figaro. On fête aujourd'hui le 60e anniversaire de la Déclaration des droits de l'homme. Aujourd'hui, force est de constater que plus que les droits de l'homme, c'est le ministère qui en a la charge qui est sous les projecteurs. C'est un débat qui a été lancé par votre propre ministre de tutelle, Bernard Kouchner, dans le Parisien d'abord et puis sur Europe 1, dans la matinée. On l'écoute rapidement (passage vidéo).

Rama Yade - Bonsoir.

Votre ministère est-il en trop ?

Il faut demander au ministre de s'expliquer sur ses propos. Je n'ai pas à les commenter.

Quel est effet cela fait-il ? Vous êtes secrétaire d'État chargée des Droits de l'homme notamment, vous avez votre ministre de tutelle qui apparemment, sans vous prévenir, dit cela publiquement et le répète. Cela ne pose-t-il pas un petit problème dans la relation ?

Il faudrait que vous lui demandiez. Je ne peux pas le commenter. Moi, je sais qu'un travail exaltant, souvent formidable, a été fait avec des résultats concrets. Je m'étais fixé des priorités que je tiens, et que je vais continuer à tenir. Je pense aux droits des femmes où effectivement l'Union européenne a accepté ma proposition d'en faire la priorité l'année prochaine, pendant toute l'année. Je pense aux droits des homosexuels, la lutte contre l'homophobie, où l'ONU se rassemble autour de ma proposition pour appeler à une dépénalisation universelle de l'homosexualité, sachant qu'il y en a quatre-vingt-dix qui pénalisent. Il suffit qu'un nous rejoigne pour que, finalement, des milliers de vies soient soulagées. Je pense aux droits des enfants. J'ai fait une réforme de l'adoption que je continue à mener et qui était nécessaire. Je pense aussi aux enfants soldats, aux nombreux États (une vingtaine) qui se sont engagés auprès de la France après une campagne que j'ai menée toute cette dernière année. Ces États qui nous rejoignent, c'est autant de casernes qui s'ouvrent et qui libèrent les enfants. Je pense aux campagnes menées de manière mondiale pour notre réélection au Conseil des droits de l'homme ou dans d'autres instances onusiennes, ce qui permet à la France de tenir son rang dans les instances internationales. Et dans bien d'autres domaines. On pourrait détailler longtemps.

À vous entendre ce ministère est utile.

Franchement mon avis n'est pas très important, c'est plus l'avis des ONG et des militants des droits de l'homme qui est important. Ils m'ont exprimé, ce matin, un très fort soutien au Quai d'Orsay lorsqu'on a organisé la réunion d'attribution des prix des droits de l'homme de la République française. L'ensemble des ONG a dit son soutien. L'appréciation qu'ils portaient sur mon travail positif. J'en ai été très touchée.

En remettant ces prix, ce matin, dans votre discours, vous n'avez pas cité Bernard Kouchner. Est-ce une petite réponse ?

Non, pas du tout. Je n'ai pas fait attention.

À vous entendre ce ministère est utile et pourtant Luc Chatel, le porte-parole du gouvernement, en faisant ce matin le compte rendu du conseil des ministres, donc dans une démarche très officielle, a dit qu'il comprenait l'évaluation faite par Bernard Kouchner en arguant que c'était dans sa mission de ministre d'évaluer l'utilité ou pas de l'organisation ministérielle.

Luc Chatel ne s'est d'ailleurs pas prononcé en disant si cette évaluation était bonne ou pas. Il a juste constaté qu'en effet, et c'est le droit de Bernard Kouchner, qu'il avait le droit d'évaluer, donc il évalue. C'est un simple constat.

Vous n'auriez pas voulu un peu plus de soutien de la part de votre gouvernement ?

Il y en a eu tout de même pas mal.

Comme qui par exemple ?

Il y a des personnes qui se sont exprimées, vous le savez très bien.

En tout cas les internautes, eux, s'expriment, et je peux vous dire que c'est un record d'interventions sur le site du Figaro.fr et sur le portail d'Orange Actu. La plupart d'ailleurs pour vous soutenir. On voit quelques réactions qui vous félicitent d'être vous-même. Pourtant il n'empêche que vous êtes dans la tourmente puisque Nicolas Sarkozy lui-même s'est dit « déçu que vous ayez refusé sa proposition, son offre d'être tête de liste aux élections européennes en Ile-de-France » Cela se fait-il de dire non au président quand il vous fait en plus une si belle proposition ?

Comme vous dites s'il s'agissait d'une proposition à laquelle une réponse était attendue, je l'ai donnée dimanche dernier. Je n'ai rien à ajouter. J'ai tout dit à ce moment-là.

Vous avez dit que vous préférez vous positionner sur un mandat national.

Oui.

Mais les élections nationales, la prochaine fois c'est en 2012. D'ici là?

Même avant. Il y en a plusieurs. On verra bien. Tout ça pour vous dire qu'à travers ce que vous venez de citer le suffrage universel est pour moi très important. Je n'ai pas hésité à m'engager déjà dans une élection qui était donnée comme perdue d'avance. D'ailleurs elle a été perdue. Depuis 2001 la droite avait perdu toutes les élections.

Comme numéro deux du maire sortant.

Comme numéro trois et malgré tout j'y suis allée. Ce qui veut dire que je n'ai pas peur du suffrage universel, c'est quelque chose que j'attends, que je voudrais parce que c'est la légitimité suprême. Bien sûr j'y suis disposée.

Alors pourquoi pas les européennes ?

Je me suis déjà exprimée là-dessus.

Oui, mais on n'arrive pas à comprendre. L'Europe c'est plutôt un peu?

Moi, mes convictions européennes sont très fortes. J'ai passé la journée avec des commissaires européens, des députés européens qui se sont d'ailleurs exprimés pour me dire leur soutien par rapport à mon travail. Mes convictions européennes sont fortes et il n'y a pas d'ambiguïté. Mais pour le reste, je me suis déjà exprimée.

Nous n'aurons pas plus de réponses aujourd'hui sur ce point.

J'ai déjà tout dit.

Cela reste un mystère tout de même.

J'ai déjà tout dit et si vos confrères avaient estimé que ce n'était pas suffisant, ils m'auraient relancé.

C'est pour cela que je vous relance.

Mais eux ne l'ont pas fait, cela veut dire que la réponse était claire.

En refusant d'être tête de liste aux européennes, apparemment vous avez également perdu l'occasion de devenir secrétaire d'État aux Affaires européennes puisque, ce n'est pas un secret, Nicolas Sarkozy voulait vous proposer la succession de Jean-Pierre Jouyet.

C'est vous qui me le dites. Je ne demande pas à me positionner sur tel ou tel poste gouvernemental. Ce n'est pas correct pour une personne politique de dire je veux ceci ou cela. Ce sont des décisions qui appartiennent au président de la République et au premier ministre. Je respecte leurs choix, je n'ai absolument pas à en dire quoi que ce soit. Pour tous les ministres c'est d'ailleurs comme ça. Notre sort gouvernemental est complètement entre les mains du président et du premier ministre. Je n'ai pas à demander, à choisir ou à changer, cela ne m'appartient pas. Pas plus aujourd'hui, qu'hier ou qu'il y a six mois ou dix mois, c'est exactement la même chose.

Pensez-vous que votre popularité et que votre image dans l'opinion vous préservent de tout aléa ministériel.

Je n'y crois pas du tout. Je ne compte que sur une chose, c'est mon travail. Je veux être en capacité d'être fière de ce que je fais. C'est tout ce qui me guide. Ensuite les jugements sont ce qu'ils sont. Je suis guidée par la fidélité à mes convictions et par la volonté d'être utile. C'est vraiment très important pour moi. Si ces deux principes n'existent pas, mon engagement politique n'a pas de sens. C'est très important de le comprendre. Je ne suis pas dans l'arrogance, dans le bras de fer, dans ces choses-là. Je suis consciente qu'à 30 ans être ministre est un grand honneur qui m'a été fait. À 60 ans aussi je vous dirai la même chose. C'est toujours un grand honneur qui vous est fait et j'ai beaucoup de plaisir à remplir cette mission sous l'autorité d'un président dont j'apprécie l'action et pour lequel j'ai, comme vous savez, une admiration sans borne. De ce point de vue je fais de la politique parce que c'est lui. Je n'aurai jamais fait de politique sans lui.

Finalement être celle qui a résisté au président, qui lui a dit non, ne jouez-vous pas l'opinion dans cette affaire-là ?

Pas du tout. Je suis fidèle au président de la République. Je ne fais de la politique que parce que c'est lui. Je me suis engagée à une époque où ce n'était pas facile pour moi de m'engager pour Sarkozy. C'était à une époque où les critiques étaient qu'il était fasciste, raciste, donc au pire moment pour quelqu'un comme moi. Pourtant je l'ai fait parce que je savais que c'est cet homme-là qu'il fallait pour la France, parce que je savais qu'il était le meilleur, parce qu'il était et il est toujours le plus à même de faire des réformes pour changer ce pays. C'est très important de comprendre cela. Cela signifie que j'ai toujours été, c'est vrai, en situation de minorité. J'ai choisi Nicolas Sarkozy à un moment où la majorité qui me ressemble était totalement hostile à lui. J'y suis allée avec tous les risques et les sacrifices que cela supposait. C'était parce que j'avais ce principe simple : fidélité à mes convictions, volonté d'être utile. C'est tout ce qui me guide dans la vie, rien d'autre. De ce point de vue, c'est ce qui aujourd'hui justifie le travail que je fais au sein de ce secrétariat aux Droits de l'homme. Évidemment ce n'est pas simple. C'est justement parce que ce n'est pas simple qu'il faut des gens pour mener ce combat avec du courage, de la force et des convictions. Les militants des droits de l'homme ne sont pas nombreux. Ceux qui s'engagent là-dedans font des sacrifices dont vous n'imaginez pas l'ampleur. Aujourd'hui, au Quai d'Orsay, j'ai reçu des militants des droits de l'homme, venus des quatre coins du monde : l'Ouzbékistan, le Brésil?

Puisque vous avez ce lien si fort avec Nicolas Sarkozy, vous a-t-il appelé pour vous dire ce qu'il pensait des propos de Bernard Kouchner ?

Je n'ai pas à faire état de conversations éventuelles avec le président de la République.

Déjà forte en langue de bois ! Le métier rentre vite. Pour bien comprendre?

Il a toujours été là le métier. Simplement quand on porte un combat aussi difficile que celui des droits de l'homme on a le devoir de porter ce combat avec la force des convictions, parce qu'on ne peut pas brader les droits de l'homme, c'est le rang de la France qui est en jeu. Si demain nous disions qu'il faut abdiquer en matière de droits de l'homme, la France ne serait plus la France. La France n'est rien sans les valeurs. Cela fait partie de l'identité profonde des Français. Quand on la chance d'être regardé par l'ensemble du monde entier, et je peux vous assurer que c'est vrai, comme le pays des droits de l'homme ; cet avantage-là, ce privilège-là doit être préservé. L'identité française n'est pas l'identité française sans les droits de l'homme. Vous savez à l'étranger on dit : être Français, c'est être libre. Il faut que nous puissions garder cet outil très précieux que sont les droits de l'homme dans notre politique étrangère.

Très rapidement pour être sûr de vous avoir bien compris, souhaitez-vous rester au gouvernement ?

Je n'ai pas à exprimer de souhait particulier. Ces choix appartiennent au président de la République et au premier ministre. J'ai 30 ans, la vie est longue. Je ne vais dès à présent commencer à revendiquer des postes gouvernementaux ou autres. Ce n'est pas du tout mon genre. Vous ne m'avez jamais vu faire ça et je ne le ferai jamais.

Puisque la nouvelle équipe se met en place à l'UMP avec Xavier Bertrand, souhaitez-vous faire partie de cette équipe ?

J'ai exprimé ma volonté d'être active et utile au sein de l'UMP parce que l'UMP est notre famille politique, parce qu'il faut l'aider, la porter, commencer à préparer les élections qui viennent, les campagnes. J'adore être avec les militants. Cela fait plusieurs mois déjà que je fais un tour de France régional, et à chaque étape je rencontre les militants UMP et c'est toujours un grand moment. Ça fait chaud au c?ur de retrouver ceux avec qui on a fait ce chemin de route pendant la campagne. Il est important quand on est un responsable politique de ne pas se couper des militants qui se donnent beaucoup, qui sacrifient beaucoup de leur vie. Si je peux servir au sein de l'UMP, je servirai volontiers.

Rama Yade, merci et si vous me permettez avec quatre jours d'avance bon anniversaire.

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