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Publié par JMV Ndagijimana

Le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a semé le trouble en pleine célébration des droits de l'Homme, en admettant la difficulté de les concilier avec la diplomatie et en qualifiant "d'erreur" la création d'un secrétariat d'Etat sur ces questions.

"Je pense que j'ai eu tort de demander un secrétariat d'Etat aux droits de l'Homme. C'est une erreur", a-t-il affirmé dans un entretien publié mercredi par Le Parisien, le jour du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, proclamée à Paris.

La titulaire de ce poste rattaché au Quai d'Orsay, Rama Yade, "a fait, avec talent, ce qu'elle a pu", a-t-il poursuivi en assurant que ce n'était pas un problème de personne, mais de structure.

"Il y a contradiction permanente entre les droits de l'Homme et la politique étrangère d'un Etat, même en France", a-t-il déclaré, en ajoutant qu'il ne fallait pas faire "d'angélisme" .

Rama Yade, à 31 ans benjamine du gouvernement, a en revanche estimé avoir "fait beaucoup de choses" en dix-huit mois au gouvernement, en particulier dans le domaine des droits des femmes, des enfants ou des homosexuels.

"Vous savez qu'on ne construit jamais rien sur le renoncement ni le sacrifice des valeurs ni des principes", a-t-elle ajouté.

Lors d'une cérémonie en présence de quelque 300 personnes dans la soirée au palais de Chaillot, M. Kouchner a affirmé vouloir dire "toute (son) affection" à Rama Yade.

La secrétaire d'Etat a reçu le soutien du chef de file des députés UMP Jean-François Copé, pour qui "un secrétaire d'Etat aux droits de l'Homme, c'est utile".

La numéro 1 du PS, Martine Aubry, a estimé que "Bernard Kouchner n'est plus Bernard Kouchner", "l'homme qui était connu pour se battre sur tous les terrains pour le droit à la dignité humaine".

A Bruxelles, la présidente de la commission des droits de l'Homme du Parlement européen, Hélène Flautre, a dénoncé mercredi la "sortie scandaleuse" de M. Kouchner.

Le porte-parole du gouvernement Luc Chatel a cependant estimé que M. Kouchner était dans son rôle en faisant une "évaluation" de ce secrétariat d'Etat.

Cette polémique survient alors que Mme Yade, pressentie par M. Sarkozy pour se lancer dans la campagne des européennes l'an prochain, vient de décliner cette proposition, en affirmant préférer un mandat national à un siège à Strasbourg.

Concomitance de calendrier, M. Kouchner et Mme Yade se sont retrouvés mercredi soir pour des cérémonies au Palais de Chaillot à Paris, où fut proclamée il y a 60 ans la Déclaration universelle des droits de l'homme (DUDH), texte fondateur de l'action internationale dans ce domaine.

Ancien "French doctor", co-fondateur de Médecins sans Frontières (MSF), Bernard Kouchner reste à 69 ans une figure emblématique de l'action humanitaire. Ancien ministre de gauche, son ralliement au président Sarkozy lui a attiré de nombreuses critiques, sans l'empêcher de demeurer dans les sondages le membre le plus populaire du gouvernement.

M. Kouchner a déjà, à plusieurs reprises, exprimé la difficulté de concilier son combat pour les droits fondamentaux, les réalités diplomatiques et la solidarité gouvernementale.

Après la visite controversée l'an dernier à Paris du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, qu'il a ostensiblement boudée, il a avoué qu'un ministre des Affaires étrangères devait savoir "avaler son chapeau".

Face à la répression du soulèvement du Tibet, il a dû ménager à la fois son amitié ancienne pour le Dalaï-lama et la nécessité de préserver les relations avec le géant chinois.

Mme Yade s'est aussi retrouvée en plusieurs occasions prise entre le "parler vrai" qu'elle affectionne et le langage biseauté de la diplomatie, en particulier lors du la crise du Tibet.

 

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