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Publié par JMV Ndagijimana

A la suite du bannissement de la langue française dans l'enseignement et dans l'administration au Rwanda, Maurice Niwese a écrit : 
(Lire aussi http://www.france-rwanda.info/article-23731994.html)

"Chers amis,

En partant de deux petits extraits tirés, le premier, de l’ouvrage de Paul Ricœur et, le second, de celui d’Elisabeth Bing, je voudrais encore revenir sur la décision du Gouvernement rwandais de refuser au français son statut de langue d’enseignement, ce qui sera suivi, c’est une conséquence logique, par le même bannissement au niveau de l’administration.

Nier ma langue, c’est nier mon existence.

« Pour une grande part, en effet, l’identité d’une personne, d’une communauté, est faite de ces identifications-à des valeurs, des normes, des idéaux, des modèles, des héros, dans lesquels la personne, la communauté se reconnaissent » (Ricœur, Soi-même comme un autre, 1990, p. 146).

J’évoque cette pensée du philosophe français pour souligner que ces idéaux, ces héros et ces valeurs qui entrent en jeu dans le tissage de notre identité sont essentiellement véhiculés par la langue. Autrement dit, celle-ci détermine notre façon de voir et de concevoir le monde. Ce que nous sommes s’est construit et se construit en grande partie par le biais de la langue. Celle-ci crée une communauté qui a les mêmes références qui finissent par constituer des évidences partagées. Priver une communauté de sa langue, c’est la priver de son identité, de ce qu’elle est, de son existence. En supprimant le français  au Rwanda, Kagame et ses courtisans nient l’existence de tous ces Rwandais dont l’identité s’est réalisée par le biais du français, qui est la première langue étrangère parlée au Rwanda. 

 « Folie, celle d’avoir à parler et de ne le pouvoir, sauf de choses qui ne me regardent pas… dont ils m’ont gavé pour m’empêcher de dire qui je suis, où je suis, de faire ce que j’ai à faire – je suis en mots, je suis fait de mots des autres. (…) Et je laisse dire, mes mots, qui ne sont pas à moi… (…) Voilà la parole qu’on m’a donnée » (Beckett cité par Bing, Et je nageai jusqu’à la page,  1976, p.37).

Ces plaintes des esclaves de la parole dits de Beckett sont semblables à celles qui me parviennent du Rwanda, là où des milliers d’intellectuels rwandais francophones sont trahis par ceux qui se sont érigés en leurs représentants. Ces plaintes qui m’arrivent montrent bien que ces intellectuels sont conscients que le régime est en train de les condamner à la mort par le déni de leur identité. Ils savent bien qu’ils n’attendent rien des dirigeants rwandais qui dépendent d’un seul homme. A Kigali n’a-t-on pas en effet trouvé à tous ceux qui se disent représentants du peuple des surnoms fort suggestifs de « mpatswenumugabo », « mbarushumutware » et « ugirashebuja », etc. ?

Il y a péril de mort et notre silence complice plonge le pays dans le désespoir. Il y a péril de mort et le pays ne doit pas être laissé entre les mains de ceux qui décident par sauts d’humeur en foulant aux pieds toutes les lois, même celles qu’ils se sont confectionnées sur mesure.

Bon dimanche à tous !


Maurice Niwese
19 octobre 2008 

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