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Publié par JMV Ndagijimana

Comme nous n’avons cessé de le dire, un plan de déstabilisation et de démembrement de la République Démocratique du Congo est en passe de se réaliser. A cet égard, un parallèle saisissant avec la guerre menée au Rwanda par le FPR de Paul Kagame d'octobre 1990 à juillet 1994 ne peut échapper à l’attention de tout observateur averti.
L’invasion du Rwanda par l’armée du Front Patriotique Rwandais est partie de l’Ouganda voisin qui a fourni aux rebelles hommes de troupes, matériel lourd et léger, territoire de repli, moyens de communication et logistique. La victoire du FPR a principalement découlé du fait qu’il pouvait utiliser à sa guise le territoire ougandais pour ses replis tactiques, ses approvisionnements en armes de toute sorte, l’évacuation des blessés de guerre soignés dans les hôpitaux ougandais. Kampala était aussi la capitale du FPR pour sa communication avec le monde extérieur et pour les facilités de déplacement de ses cadres à l’étranger.

Le scénario utilisé pour conquérir le pouvoir au Rwanda est aujourd’hui appliqué point par point en République Démocratique du Congo par Paul Kagame.
Là où hier il y avait l’Ouganda de Museveni, il y a aujourd’hui le Rwanda de Paul Kagame. Le rôle de ce dernier est joué par le général Nkunda placé là pour légitimer la thèse d’une guerre civile congolo-congolaise. Dans les deux cas, la persécution supposée de l’ethnie minoritaire tutsi sert de-prétexte et de leitmotiv politique et médiatique pour émouvoir la communauté internationale.

La MONUC a remplacé la MINUAR. Elle a hérité de ses méthodes et de sa stratégie d’immobilisme complice. La MINUAR, d’apparence passive, opérait en réalité en entente cordiale et active avec Paul Kagame. Aujourd’hui la MONUC considère avec bienveillance les violations de l’Accord de Nairobi par le général Nkunda. Tout est permis à ce dernier alors que la moindre incartade des FARDC fait l’objet de critiques acerbes  de la part des responsables de la MONUC.
L’embargo militaire sur les approvisionnements militaires des belligérants ? De la poudre aux yeux! Les FAR étaient surveillées 24 sur 24 par la MINUAR tandis qu’à travers la frontière poreuse rwando-ougandaise, le FPR puisait à volonté dans le stock de l’armée ougandaise et accumulait tranquillement des armes de destruction massive sur le territoire qu’il contrôlait. Ce qui a permis au FPR d’atteindre une supériorité militaire comme on l’a observé en 1994. Aujourd’hui, tout le monde le sait, les FARDC sont mal équipées, tandis que le CNDP de Laurent Nkunda dispose comme il l’entend du stock inépuisable de son parrain Paul Kagame. Et la supériorité militaire des rebelles banyamulenge de Laurent Nkunda par rapport aux FARDC crève les yeux. Pour l’instant du moins. Car les choses risquent d’évoluer très vite.

Dans le conflit rwandais, l’accord d’Arusha a été utilisé comme un attrape-nigaud, une tactique dilatoire, une étape élaborée de la fameuse stratégie de « talk and fight » pratiquée par Yoweri Museveni et ses « boys du FPR ». Le piège a parfaitement fonctionné car les espoirs de paix suscités au Rwanda par la conclusion de cet accord ont permis d’endormir la vigilance du gouvernement rwandais jusqu’au jour fatidique du 6 avril 1994.
Le même scénario menace l’accord de Nairobi si l’on n’y prend garde. Il semble aux yeux de certains observateurs qu’il est désormais trop tard pour arrêter l’engrenage mis en place par Paul Kagame pour « casser les côtes » à son grand voisin congolais. A Kinshasa, les faux espoirs suscités dans certains milieux du pouvoir par l’accord de Nairobi et le programme « Amani » ont eu un effet soporifique comparable à celui qui s’était emparé de Kigali entre août 1993 et avril 1994. Au lieu de tout mettre en œuvre pour enrayer la rébellion de Laurent Nkunda qui sévit dans les deux Kivu et demain ailleurs, les dirigeants congolais concentrent leurs efforts au processus de Nairobi pour se conformer aux pressions insistantes des gouvernements occidentaux.

Avec une mention spéciale pour le Royaume Uni. Hier Tony Blair, aujourd’hui Gordon Brown. En l’occurrence, l’ancien premier ministre britannique aujourd’hui conseiller personnel de Paul Kagame a de fait toujours été son agent au 10 Downing Street. Le contraire n’est pas possible. Un ancien premier ministre de sa Majesté britannique qui, dès la fin de son mandat, file doux à Kigali pour devenir le conseiller personnel du général rwandais responsable de la mort de plus de 4 millions de rwandais et de congolais, ça ne peut  être le fait du hasard !

Le cas de Tony Blair rappelle étrangement celui de Jean Carbonare. On se souvient qu’en février 1993, ce dernier avait, pour le compte de l’association française « Survie », participé à la « commission internationale d’enquête internationale sur les violations des droits de l’homme au Rwanda depuis le 1er octobre 1994». Comme ses collègues, Jean Carbonare était censé être neutre par rapport aux parties impliquées dans le conflit rwandais. Dès juillet 1994 cependant, - ô surprise ! -, Jean Carbonare est réapparu à Kigali dans les valises du FPR. Officiellement en qualité de conseiller personnel du président Pasteur Bizimungu. Ceux qui étaient à Kigali pendant la période concernée savent que Carbonare était de fait le confident et l’homme à tout faire de Paul Kagame chargé de gérer l’image du général rwandais auprès des organisations humanitaires. Avec pour mission principale d’étouffer dans l’œuf les accusations de génocide et de crimes contre l’humanité dont Kagame s’était rendu responsable. La suite a montré que Jean Carbonare travaillait déjà pour le FPR au moment de l’enquête dite « indépendante » de février 1993. L’on comprend dès lors pourquoi la commission internationale dirigée par Jean Carbonare n’avait passé que deux heures dans le territoire contrôlé par le FPR sans pouvoir y mener d’enquête alors qu’elle avait circulé à sa guise dans la zone gouvernementale deux semaines durant. Avec des moyens mis à sa disposition par le président Habyarimana.

Quatorze ans après, il est de notoriété publique que par le biais de l’accord de Nairobi, Tony Blair est très impliqué dans la manipulation orchestrée par Kigali et ses alliés pour endormir les autorités congolaises . Le reste n’est qu’une question de temps. Et Paul Kagame sait en jouer. Ses alliés aussi.

Les ressemblances s’arrêtent là.

En effet, le Rwanda n’est pas la République Démocratique du Congo. Et le Kivu n’est pas le Mutara. 2008 n’est pas 1994 non plus. Entretemps, les rapports des juges français Jean Louis Bruguière et espagnol Fernando Andreu Merelles sont passés par là et ont suffisamment démontré que l’angélisme trompeur de Paul Kagame cache des crimes monstrueux incompatibles avec les principes de la dignité humaine.

Afin d’enrayer définitivement ce climat de terreur qui déshumanise la région des grands lacs, les peuples frères du Rwanda et de RDC devraient combiner leurs efforts pour se débarrasser une fois pour toutes de ces criminels qui continuent d’exterminer impunément les populations de nos deux pays.

Ambassadeur Jean-Marie Vianney Ndagijimana
Ancien Ministre des affaires étrangères

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