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Publié par JMV Ndagijimana

Le juge anti-terroriste français Jean-Louis Bruguière vient de lancer des mandats d'arrêt internationaux contre des officiers du haut commandement de l'Armée patriotique rwandaise, bras armé du FPR (Front Patriotique rwandais) pour leur responsabilité dans l'attentat contre l'avion du président Juvénal Habyarimana abattu dans la soirée du 6 avril 1994. Cet attentat a coûté la vie aux présidents Habyarimana du Rwanda et Ntaryamira du Burundi, à plusieurs ministres et membres de leurs suites, ainsi qu'à l'équipage français du Falcon 50. L'actuel président du Rwanda, le général Paul Kagame est nommément accusé par plusieurs anciens de ses collaborateurs directs d'avoir préparé et perpétré cet attentat terroriste.

Les conséquences du génocide qui a suivi l'assassinat des chefs d'état du Rwanda et du Burundi n'ont pas épargné la République Démocratique du Congo. Le général Kagame qui a pris le pouvoir par la force en exploitant honteusement le génocide s'est, en octobre 1996, arrogé le droit d'envahir un pays pacifique frère, la RDC. La guerre contre la RDC a fait plus de 4 millions de morts parmi la population civile congolaise, soit un peu moins que le dixième de la population de ce grand pays. Ne parlons pas du pillage systématique de ses ressources minières du Congo comme l'ont démontré plusieurs rapports des Nations Unies et d'autres ONG indépendantes.

La guerre d'invasion de Paul Kagame contre le peuple frère de RDC a eu des conséquences catastrophiques sur les relations fraternelles entre nos deux peuples. Aujourd'hui, les rwandais ne sont pas en odeur de sainteté dans les rues de Kinshasa, de Bukavu, de Matadi ou de Mbandaka et sur l'ensemble du territoire de RDC. Loin s'en faut. Cultiver la haine entre les peuples est un crime qui devrait mériter une nouvelle convention internationale, au même titre que l'incitation au racisme, crime de droit international. En l'occurrence, la xénophobie frappant les rwandais en RDC n'est pas imputable aux congolais, mais à ceux qui ont violé la souveraineté de la RDC et massacré des millions de citoyens congolais innocents. Sans soutenir les mouvements xenophobes, on peut aisément les expliquer, les comprendre et désigner leur premier responsable, avant de parler de réconciliation.

Au Burundi, il est de notoriété publique qu'en octobre 1993, Paul Kagame était à Bujumbura la veille du 22 octobre 1993, pour mettre au point avec ses frères d'armes burundais les préparatifs du coup d'état qui allait coûter la vie à Melchior Ndadaye, premier président démocratiquement élu dans ce pays. Des témoignages concordants affirment que des éléments du FPR ont par ailleurs participé à la traque des membres du Frodebu, parti de Melchior Ndadaye lâchement assassinés par l'armée burundaise. A cet égard, les conclusions du Juge Bruguière vont, - nous osons l'espérer -, peut-être permettre de mettre à jour les responsabilités de Paul Kagame dans ce qu'il est convenu d'appeler le plus grand génocide régional de tous les temps. Entre 1990 et aujourd'hui, les trois pays des grands lacs ont vu plus de 6 millions de leurs citoyens emportés par les guerres dans lesquelles Paul Kagame et le FRONT PATRIOTIQUE RWANDAIS ont joué les premiers rôles, pour ne pas dire qu'ils en ont été les initiateurs.

Il n'est pas étonnant d'observer aujourd'hui avec quelle violence Paul Kagame a réagi face aux accusations accablantes portées contre lui par le Juge Bruguière. Rupture des relations diplomatiques avec la France, fermeture du lycée français de Kigali, expulsion d'ONG françaises, et j'en passe. Cela montre à quel régime politique nous avons à faire au Rwanda. S'il avait eu en lui un minimum de sagesse, le président rwandais aurait réagi en disant : "Très bien, je me mets à la disposition de la justice internationale.

Et que justice soit faite"

Après tout, le juge Bruguière n'a fait que son devoir de juge anti-terroriste. Et le lancement d'un missile contre un aéronef civil est bien un attentat terroriste. Kagame doit prouver qu'il respecte les règles du jeu judiciaire. En se mettant courageusement à la disposition du Tribunal Pénal International pour le Rwanda. Il peut être interrogé à Kigali, et où il veut. Pourvu que cela se fasse. Abreuver le juge Bruguière d'insultes et brandir des menaces contre la France n'est pas une solution digne d'un chef d'état.
Qui a dit en effet que les généraux et les chefs d'état avaient le droit d'assassiner qui ils veulent en toute impunité ? Kagame doit rejoindre les Pinochet, Hisseine Habré, Milosevic, et Charles Taylor pour répondre des graves accusations dont il fait l'objet. Nous parlons non seulement de l'attentat contre l'avion du président Habyarimana, mais aussi des millions de rwandais massacrés au Rwanda et au Zaïre, des 4 millions de congolais (RDC), victimes directes ou collatérales de la guerre d'invasion menée par Kagame dans ce pays frère, et de l'assassinat de deux chefs d'état burundais, Melchior Ndadaye et Ntaryamira.
Seul le jugement de Kagame, de ses proches collaborateurs et de tous ceux qui ont participé au génocide régional permettra aux peuples de la région des Grands Lacs d'entamer un processus de réconciliation démocratique où le respect de la vie sera érigé en principe de gouvernance politique.

Ambassadeur Jean-Marie V. NDAGIJIMANA

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