Diplomatie

Mercredi 23 septembre 2009 3 23 /09 /Sep /2009 18:41

Archives du Monde-diplomatique Mai 2003  

Dans le chaos de l’après-guerre

Quand les Américains voulaient gouverner la France

C’est une page peu connue de l’histoire de la seconde guerre mondiale : dès 1941-1942, Washington avait prévu d’imposer à la France - comme aux futurs vaincus, Italie, Allemagne et Japon - un statut de protectorat, régi par un Allied Military Government of Occupied Territories (Amgot). Ce gouvernement militaire américain des territoires occupés aurait aboli toute souveraineté, y compris le droit de battre monnaie, sur le modèle fourni par les accords Darlan-Clark de novembre 1942.

A en croire certains historiens américains, ce projet tenait à la haine qu’éprouvait Franklin D. Roosevelt pour Charles de Gaulle, « apprenti dictateur » qu’il eût voulu épargner à la France de l’après-Pétain. Cette thèse d’un président américain soucieux d’établir la démocratie universelle est séduisante, mais erronée  (1).

Un « Vichy sans Vichy »

A l’époque, les Etats-Unis redoutaient surtout que la France, bien qu’affaiblie par la défaite de juin 1940, s’oppose à leurs vues sur deux points, du moins si de Gaulle, qui prétendait lui rendre sa souveraineté, la dirigeait. D’une part, ayant lutté après 1918-1919 contre la politique allemande de Washington, Paris userait de son éventuel pouvoir de nuisance pour l’entraver à nouveau. D’autre part, la France répugnerait à lâcher son empire, riche en matières premières et en bases stratégiques, alors que les Américains avaient dès 1899 exigé - pour leurs marchandises et leurs capitaux - le bénéfice de la « porte ouverte » dans tous les empires coloniaux  (2).

C’est pourquoi les Etats-Unis pratiquèrent à la fois le veto contre de Gaulle, surtout lorsque son nom contribua à unifier la Résistance, et une certaine complaisance mêlée de rigueur envers Vichy. A l’instar des régimes latino-américains chers à Washington, ce régime honni aurait, à ses yeux, l’échine plus souple qu’un gouvernement à forte assise populaire.

Ainsi chemina un « Vichy sans Vichy » américain, qu’appuyèrent, dans ses formes successives, les élites françaises, accrochées à l’Etat qui leur avait rendu les privilèges entamés par l’« ancien régime » républicain et soucieuses de négocier sans dommage le passage de l’ère allemande à la pax americana.

Préparant depuis décembre 1940, bien avant leur entrée en guerre (décembre 1941), leur débarquement au Maroc et en Algérie avec Robert Murphy, représentant spécial du président Roosevelt en Afrique du Nord et futur premier conseiller du gouverneur militaire de la zone d’occupation américaine en Allemagne - bête noire des gaullistes -, les Etats-Unis tentèrent un regroupement autour d’un symbole de la défaite, le général Maxime Weygand, délégué général de Vichy pour l’Afrique jusqu’en novembre 1941.

L’affaire échouant, ils se tournèrent, juste avant leur débarquement du 8 novembre 1942, vers le général Henri Giraud. Vint ensuite le tour de l’amiral François Darlan, alors à Alger : ce héraut de la collaboration d’Etat à la tête du gouvernement de Vichy, de février 1941 à avril 1942, était resté auprès de Pétain après le retour au pouvoir de Pierre Laval  (3).

Le 22 novembre 1942, le général américain Mark W. Clark fit signer à l’amiral « retourné » « un accord singulier » mettant« l’Afrique du Nord à la disposition des Américains » et faisant de la France « un pays vassal soumis à des "capitulations" ». Les Américains « s’arrogeaient des droits exorbitants » sur le « prolongement territorial de la France » : déplacement des troupes françaises, contrôle et commandement des ports, aérodromes, fortifications, arsenaux, télécommunications, marine marchande ; liberté de réquisitions ; exemption fiscale ; droit d’exterritorialité ; « administration des zones militaires fixées par eux » ; certaines activités seraient confiées à des « commissions mixtes » (maintien de l’ordre, administration courante, économie et censure)  (4).

Laval lui-même préparait son avenir américain tout en proclamant « souhaiter la victoire de l’Allemagne » (22 juin 1942) : secondé par son gendre, René de Chambrun, avocat d’affaires collaborationniste doté de la nationalité américaine et française, il se croyait promis par Washington à un rôle éminent au lendemain d’une « paix séparée » germano-anglo-américaine contre les Soviets  (5). Mais soutenir Laval était aussi incompatible avec le rapport de forces hexagonal que ladite « paix » avec la contribution de l’Armée rouge à l’écrasement de la Wehrmacht.

Une « belle et bonne alliance »

Après l’assassinat, le 24 décembre 1942, de Darlan, auquel furent mêlés les gaullistes, Washington revint vers Giraud, fugace second de De Gaulle au Comité français de libération nationale (CFLN) fondé le 3 juin 1943. Au général vichyste s’étaient ralliés, surtout depuis Stalingrad, hauts fonctionnaires (tel Maurice Couve de Murville, directeur des finances extérieures et des changes de Vichy) et industriels (tel l’ancien cagoulard Lemaigre-Dubreuil, des huiles Lesieur et du Printemps, qui jouait depuis 1941 sur les tableaux allemand et américain) et banquiers collaborateurs (tel Alfred Pose, directeur général de la Banque nationale pour le commerce et l’industrie, féal de Darlan).

C’est cette option américaine qu’incarnait Pierre Pucheu en rejoignant alors Alger et Giraud : quel symbole du maintien de Vichy que ce ministre de la production industrielle, puis de l’intérieur de Darlan, délégué de la banque Worms et du Comité des Forges, ancien dirigeant et bailleur de fonds du Parti populaire français de Jacques Doriot, champion de la collaboration économique et de la répression anticommuniste au service de l’occupant (désignation des otages de Châteaubriant, création des sections spéciales, etc.).

Lâché par Giraud et emprisonné en mai 1943, il fut jugé, condamné à mort et exécuté à Alger en mars 1944. Pas seulement pour plaire aux communistes, que Pucheu avait martyrisés : de Gaulle lançait ainsi un avertissement aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne. Il sema l’effroi chez ceux qui attendaient que le sauvetage américain succédât au « rempart » allemand : « Le bourgeois français, ricanait un policier en février 1943, [a] toujours considéré le soldat américain ou britannique comme devant être à son service au cas d’une victoire bolchevique  (6). »

Peignant de Gaulle à la fois en dictateur de droite et en pantin du Parti communiste français et de l’URSS, Washington dut pourtant renoncer à imposer le dollar dans les « territoires libérés » et (avec Londres) reconnaître, le 23 octobre 1944, son Gouvernement provisoire de la République française : deux ans et demi après la reconnaissance soviétique du « gouvernement de la vraie France », un an et demi après celle, immédiate, du CFLN, deux mois après la libération de Paris et peu avant que de Gaulle ne signât avec Moscou, le 10 décembre, pour contrebalancer l’hégémonie américaine, un « traité d’alliance et d’assistance mutuelle » qu’il qualifia de « belle et bonne alliance  (7) ».

Ecartée de Yalta en février 1945, dépendante des Etats-Unis, la France s’intégra pleinement dans leur sphère d’influence. La vigueur de sa résistance intérieure et extérieure l’avait cependant soustraite à leur protectorat.

Annie Lacroix-Riz.

 

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Mercredi 16 septembre 2009 3 16 /09 /Sep /2009 05:27
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Mercredi 2 septembre 2009 3 02 /09 /Sep /2009 13:03

Source: Radio Okapi

Date: 01 Sep 2009


Nord Kivu | Mardi 01 Septembre 2009

Un communiqué conjoint sanctionnera les travaux de la tripartite militaire entre la République Démocratique du Congo, le Rwanda et le Burundi qui se tient depuis lundi à Goma, au Nord-Kivu. En attendant cette déclaration officielle, la RDC a présenté à ses deux hôtes le bilan, à ce jour, de l'opération Kimia II, rapporte radiookapi.net


Le chef d'état major général des FARDC, le lieutenant général Didier Etumba a fait part à ses homologues du Rwanda et du Burundi des succès enregistrés dans les deux provinces du Kivu par les troupes congolaises dans la traque contre les FDLR depuis le début des opérations il y a près de deux mois. Succès résumés, selon la même source, en la restauration de l’autorité de l’Etat dans les deux provinces, suite à la reprise totale de contrôle, par les FARDC, des principaux axes routiers commerciaux d’intérêt provincial et de principales localités jadis investies par ces combattants rwandais. A l'actif de ces opérations, les FARDC alignent aussi les efforts consentis, avec l’appui de la Monuc, pour réduire, au maximum, les représailles des FDLR et d’autres conséquences humanitaires sur la population civile. Et en chiffres, ce bilan se présente de la manière suivante : plus de 1 000 combattants FDLR (1 037 exactement) tués au cours des combats, et plus de 1 000 autres (1 074 exactement) capturés et remis, ou qui se sont rendus au programme DDRRR de la Monuc dans les deux Kivu.

Dans les rangs congolais, les pertes en vies humaines sont chiffrées à plus de 50 soldats dont un quart auraient sauté sur des mines antipersonnel.


Au terme de ce bilan, les trois états-majors des armées congolaise, rwandaise et burundaise ont convenu également de la nécessité de poursuivre la traque contre les FDLR dans les deux provinces. Mais aucune précision n’a été donnée quant à l'éventuelle implication des armées du Burundi et du Rwanda dans lesdites opérations, lancées officiellement le 12 juillet dernier.


La tripartite avait également pour objectif d’étudier comment améliorer la coopération militaire entre les trois pays voisins.

Copyright Radio Okapi

 

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Jeudi 27 août 2009 4 27 /08 /Août /2009 04:01

17 août 2009

Interview de Colette Braeckman

Par Tony Busselen
 

Début août : rencontre entre les présidents Kabila (Congo) et Kagame (Rwanda). Tous deux dirigent des pays qui, depuis des années, sont sur le pied de guerre. D'importants événements au Congo passent toutefois presque inaperçus ici, en Belgique. Tentons de mieux comprendre avec la principale journaliste belge spécialiste du Congo.

 

Spécialiste du Congo, Colette Braeckman, s'est parfois heurtée à la diplomatie belge. Journaliste engagée, elle cherche à faire connaître la réalité congolaise.

 

Depuis de nombreuses années, Colette Braeckman suit de très près la situation au Congo pour le quotidien Le Soir. Elle écrit également dans des publications comme Le Monde Diplomatique. Colette est une journaliste engagée. L'an dernier, quand l'ancien ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht s'est dirigé vers une rupture diplomatique avec le Congo, il s'est heurté à la journaliste du Soir. À deux reprises, il a estimé nécessaire de devoir réagir à ses articles par des billets d'humeur. Plus tôt, il avait déjà déclaré qu'elle ne pourrait plus jamais l'accompagner lors de ses voyages à l'étranger. Cela n'a guère fait impression. C'est une dame très aimable mais bien décidée que je rencontre et, manifestement, elle a choisi le camp du peuple congolais.

 

Quand on lit la presse belge (en dehors du Soir), on a l'impression que le Congo est un pays où se passent depuis de longues années des événements horribles et, surtout, où tout reste bloqué. Votre dernier livre a pourtant comme titre « Vers la deuxième indépendance » ? D'où vient votre optimisme ?

 

Colette Braeckman. Il découle de la réalité. Je voyage plusieurs fois par an au Congo et je vois les choses que l'on y construit. Lors de mes derniers passages, j'ai vu les chantiers des boulevards à Kinshasa. La semaine passée, le chantier de la route de Beni à Kisangani a démarré. On a commencé à installer la fibre optique à partir de Matadi vers Kinshasa, c'est un bond formidable pour le développement dans le secteur de la télécommunication... Quand on pense à la situation au début de la guerre en 1998, en 1999 en 2001... Si j'avais par exemple osé dire en 2001 que dans dix ans on verrait le retrait des troupes étrangères, des élections, le début de la reconstruction des routes et infrastructures, etc., les gens m'auraient déclarée folle. Le Congo a connu et connaît toujours des problèmes et des injustices énormes, mais c'est un pays qui peut très vite remonter, qui peut surprendre par sa capacité à récupérer. Le pire a été possible, mais le meilleur l'est aussi. Il n'y a pour le moment pas une rue à Kinshasa sans immeuble en construction. Si les Congolais riches et vivant à l'étranger commencent à ramener leur argent dans leur pays, c'est un signe important. Il est vrai qu'il reste beaucoup d'inégalités, une grande misère pour le plus grand nombre, mais le progrès est indéniable.

 

Le 7 août, il y a eu une rencontre entre Kabila et Kagame à Goma. Au début de cette année, il y a eu l'opération Umoja Wetu, quand les armées rwandaise et congolaise ont collaboré pour neutraliser des rebelles à l'Est du Congo. Nkunda, l'ancien dirigeant des rebelles pro-Kagame, a été arrêté au Rwanda. Ensuite, on a vécu l'échange des ambassadeurs entre le Rwanda et la RDC (République démocratique du Congo). C'est un revirement spectaculaire quand on compare avec la guerre et les tensions entre les deux pays dans la période 1998-2008. Selon vous, d'où vient ce revirement ?

 

Colette Braeckman. La déstabilisation de la RDC par le Rwanda et l'Ouganda a été rendue possible grâce à l'aval des gouvernements américains dans cette période 1998-2008. Mais il faut dire que les Américains d'aujourd'hui ne sont plus les Américains de 1998-2008. Depuis lors, il y a eu la crise économique suivie par la victoire d'Obama. Les Américains réalisent en outre aujourd'hui que la Chine devient de plus en plus active en Afrique et que cela change la donne stratégique. Il faut aussi dire que d'importants pays africains comme l'Angola et l'Afrique du Sud ont réalisé que, si le démembrement du Congo avait lieu, le continent n'aurait aucune chance de se développer. Apparemment, les Américains savent aujourd'hui que s'ils continuent à cautionner le pillage du Congo par le Rwanda et l'Ouganda, cela nuira à leurs intérêts en Afrique.

 

Lors de la conférence de presse à Goma de Kabila et de Kagame, ce dernier a dit : « Je ne suis pas ici pour parler du passé, mais pour parler du futur ». Cela a choqué beaucoup de Congolais, victimes de l'agression. Il existe un grand scepticisme chez les Congolais quant à la volonté de paix de Kagame. Que leur répondez-vous ?

 

Colette Braeckman. Qu'ils ont raison d'être vigilants sinon sceptiques... On a vu tout ce que le Rwanda et l'Ouganda ont fait au Congo pendant toutes ces années. Mais il faut faire une distinction entre un accord politique réaliste qui apporte la paix, d'un côté, et les crimes contre l'humanité et les crimes de génocide, de l'autre. De tels crimes ont été commis, ils sont imprescriptibles et aucun accord politique ne peut les effacer. On l'a vu avec Bemba, qui a commis des crimes et avec lequel Kabila a conclu un accord politique. On a vu Bemba participer au gouvernement 1+4 et on l'a vu rivaliser avec Kabila lors des élections. Or, après tout cela, il se trouve aujourd'hui en prison à La Haye. Si un accord politique peut amener la paix et rendre la reprise de l'agression plus difficile, tant mieux, mais aucun accord politique ne pourra jamais effacer les crimes qui ont été commis.

 

Un autre exemple, c'est Bosco Ntanganda : Kabila a expliqué que pour lui, aujourd'hui, la paix est plus importante que la justice. Mais c'est une position à court terme, dictée par le réalisme politique, cela n'efface rien de ce qui a été commis. Il y aura toujours des gens qui vont se souvenir de ces crimes et tôt ou tard vont traîner les criminels devant la justice.

 

On aurait pensé que la rencontre aurait lieu sous le patronage de Hillary Clinton à l'exemple de son mari qui avait réconcilié Arafat et Barak à Camp David. Mais les deux présidents ont tenu à se voir avant l'arrivée de la secrétaire d'État américaine. Comment peut-on interpréter cela ?

 

Colette Braeckman. Je crois qu'aussi bien Kabila que Kagame sont jaloux de leur indépendance et leur autonomie. Ils ont des racines communes. Tous les deux ont été influencés par la Tanzanie de Nyerere. Kabila a connu l'exemple de son père qui était un anticolonialiste convaincu et qui s'est battu toute sa vie pour l'indépendance du Congo. Mais peu de gens se rendent compte que Kagame a aussi été influencé dans sa jeunesse par ce courant nationaliste africain. Quand il avait 18 ans, il est allé se battre avec le Frelimo au Mozambique et a reçu une formation à Cuba. Malgré le fait qu'après, il est devenu un grand ami des Américains et malgré tout ce qu'il a fait au Congo, il y a toujours quelque chose de cette période qui est resté chez lui. Ce type de dirigeant africain accepte de moins en moins le patronage des soi-disant faiseurs de paix occidentaux. Même l'ancien président nigerian, Obasandjo, l'envoyé spécial du secrétaire général de l'ONU Ban Ki Moon, n'était pas au courant de la rencontre et s'est vu obligé de se précipiter à Goma pour apprendre ce qui s'est passé.

 

Souvent on a l'impression que le peuple congolais est une victime passive et aucunement acteur, les vrais acteurs étant les dirigeants congolais, rwandais et occidentaux. Est-ce vrai?

 

Colette Braeckman. Non, pas du tout. Si les Congolais ont survécu à la guerre, aux violences sexuelles, aux pillages, c'est qu'ils se sont organisés entre eux. Le problème est que ceux qui captent la parole, ce sont souvent des ONG occidentales qui disent défendre les intérêts du peuple et qui parlent au nom de leurs partenaires. Mais il existe des milliers d'associations qui font que le peuple congolais continue à vivre et dont on n'entend jamais parler. Les élections, par exemple, n'auraient jamais pu avoir lieu s'il n'y avait pas eu des dizaines de milliers de Congolais qui ont transporté les urnes, parfois sur leur tête ou avec des pirogues, et qui ont été observateurs dans les locaux de vote. Durant la guerre, alors que l'armée rwandaise voulait occuper le Katanga, ce sont les Mai Mai, milices locales autour de Kabinda et personne d'autre qui les ont empêchés. Les femmes aussi réussissent à survivre à la violence sexuelle en s'entraidant. Si les Congolais n'avaient pas résisté, le Congo aurait déjà depuis longtemps été démembré.

 

L'année prochaine aura lieu le 50e anniversaire de l'indépendance. Dans votre dernier livre, vous décrivez comment la Belgique s'est de plus en plus détournée du Congo. On a connu l'année passée les ruptures des relations diplomatiques. Existe-t-il encore un futur pour les relations entre la Belgique et le Congo?

 

Colette Braeckman. Dans le passé, l'intérêt de la Belgique pour le Congo a toujours été inspiré par des motifs économiques. Or, le patronat belge ne semble plus aujourd'hui vraiment intéressé par le Congo. Thomas Leysen, le patron de la FEB, assure carrément que le patronat belge a tourné cette page.

On le voit aujourd'hui encore quand, après la rencontre entre Kabila et Kagame, le gouvernement belge ne trouve même pas nécessaire de publier un communiqué ou de donner un commentaire. C'est comme si quand ce n'était pas une paix dans laquelle les Belges ont joué un rôle important, alors cette paix n'existe pas.

Il est vrai que dans certains milieux religieux et culturels belges, on est resté concerné par ce qui se passe au Congo. Aussi dans les milieux politiques, il y a une minorité de personnalités qui est convaincue que la Belgique garde des atouts à cause de son passé colonial en Afrique centrale. Atouts qui lui permettraient de jouer un rôle de premier plan au niveau international. Je reste convaincue que Louis Michel, par exemple, a joué un rôle positif au Congo pour aider à mettre fin à la guerre. Les Congolais eux-mêmes rêvent toujours que les Belges vont revenir pour reconstruire ensemble avec eux le pays. Mais je crois qu'ils se font des illusions. De l'autre côté, il existe une diaspora congolaise importante en Belgique. On estime jusqu'à 125 000 les congolais vivant en Belgique. C'est plus qu'il n'y a jamais eu de Belges au Congo sous la colonisation. Ils s'intègrent dans la vie sociale, culturelle et aussi politique. Chaque parti politique a des Congolais sur ses listes. C'est parce que cela rapporte des voix. Or ces gens restent toujours attachés à leur pays.

Mais je pense qu'au fur et à mesure que le Congo va renaître, la Belgique va perdre de l'importance et c'est peut-être mieux comme ça, vu ce que la Belgique a fait dans le passé dans ce pays.

 

Vous êtes connue pour vos analyses critiques et indépendantes vis-à-vis des autorités, surtout vis-à-vis de la diplomatie belge. Comment réussissez-vous à rester comme ça et à survivre aux pressions ?

 

Colette Braeckman. C'est grâce à mon journal qui me publie et qui respecte l'indépendance du journaliste. En ce qui concerne la pression et des réactions parfois colériques, je pense souvent que « l'actualité reste et les ministres passent ». La situation en Belgique est aussi différente qu'en France ou en Grande Bretagne. Quand on voit comment la presse française est resté docile lors du génocide au Rwanda, ou comment le presse britannique manque souvent de crédibilité lorsqu'elle parle du Zimbabwe ou de l'Afrique du Sud, alors je pense qu'en Belgique les autorités ne sont pas si fortes que dans ces pays-là.

 

Colette Braeckman est l'auteur de divers ouvrages sur l'Afrique centrale, Colette Braeckman a publié trois livres cette année : « Les nouveaux prédateurs » (une seconde édition complétée), « Lumumba, un crime d'État », tous deux chez Aden, et « Vers la deuxième indépendance du Congo » aux éditions Le Cri-Afrique.

 

Par JMV Ndagijimana - Publié dans : Diplomatie - Communauté : Afrique des Grands Lacs
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Vendredi 14 août 2009 5 14 /08 /Août /2009 09:05

Par DS 12 août 2009


1. « Tourner la page » :

1.1. « … Nous voulons travailler avec des gens pour un meilleur avenir et non avec des gens qui se réfèrent au passé … »

1.2. De l’obligation de ne jamais éteindre la flamme du souvenir

1.3. L’« Africana Pax Americana » d’Hillary Clinton

2. Du pillage des matières premières congolaises

3. « mettre un terme aux violences sexuelles » :

4. Les révélations de la congressiste américaine Cynthia McKinney

5. Conclusions

 

1. « Tourner la page » :

11/08/2009 :        Hillary Clinton demande aux congolais de tourner la page

http://www.lepotentiel.com/afficher_article.php?id_article=84705&id_edition=4753

1.1.       « … Nous voulons travailler avec des gens pour un meilleur avenir et non avec des gens qui se réfèrent au passé … » 

Comment réagirait les U.S.A. si l’on demandait de tourner la page du 11 septembre 2001 ?

Comment réagirait Israël si l’on demandait de tourner la page de la Shoa ?

Comment réagirait le Rwanda si l’on demandait de tourner la page du génocide de 1994 ?

Hillary Clinton aurait-elle conseillé à la France de tourner la page alors que l’Allemagne occupait l’Alsace-Lorraine ?  Aurait-elle conseillé à l’Allemagne de tourner la page alors que la France occupait la Ruhr ?

Mais Hillary Clinton demande aux congolais de tourner la page et dit qu’elle veut travailler avec des gens qui ne se réfèrent pas au passé tout en restant muette quant à la demande d’un « tribunal de Nuremberg pour le Congo ».

1.2. De l’obligation de ne jamais éteindre la flamme du souvenir

Hillary Clinton reste muette, par exemple, sur les massacres de Kiwanja, situés à quelques kilomètres à peine de la mine de niobium de Lueshe, alors que la journaliste belge Colette Braeckman les décrits - à juste titre - comme le Srebrenicza congolais ( http://blogs.lesoir.be/colette-braeckman/2008/11/08/kiwanja-le-srebenicza-du-congo ).

Où sont les satellites qui permettaient de montrer des bouts de champs bosniaques ayant servi de fosses communes aux victimes des extrémistes serbes ?  Sont-ils systématiquement hors service lorsqu’il s’agit de photographier les fosses communes pour les victimes congolaises des extrémistes tutsis ?  Aucune photographie des massacres de Kiwanja n’a été montrée …

Fin 2008, le Ministre anglais des Affaires Etrangères, David Miliband, a reconnu que la dernière offensive en date du « leader » des extrémistes tutsis au Congo, Laurent Nkunda, a engendré « 1,6 million de déplacés pris au piège de la crise ».  Combien sont morts ?

Environ 5-6 millions de congolais ont été victimes du génocide congolais d’intensité basse (http://www.reliefweb.int/rw/RWB.NSF/db900SID/AMM-7B4K6G?OpenDocument).

Hillary Clinton passe tout cela sous silence mais elle demande que l’on tourne la page ?
1.3. L’« Africana Pax Americana » d’Hillary Clinton

Hillary Clinton pousse le Congo et le Rwanda à faire la « Paix » sur des bases instables.  Oublie-t-elle qu’il n’y a rien de pire qu’une paix établie sur de mauvaises fondations car il n’en résultera que la guerre.

N’est-il pas évident que pour être tourné vers le futur, il faut être en paix et que pour être en paix, il faut bénéficier de la justice ?

Hillary Clinton demande de se tourner vers le futur sans rendre la justice.

Est-ce là sa définition de l’« Africana Pax Americana » ?  Souhaite-t-elle réellement la paix ?

2. Du pillage des matières premières congolaises

12/08/2009 :        Pillages : Hillary Clinton dénonce "un très petite groupe de profiteurs"

http://www.lepotentiel.com/afficher_article.php?id_article=84755&id_edition=4754

 « ... Elle a exprimé sans équivoque « l’engagement fort des Etats-Unis à réchauffer les relations avec la République démocratique du Congo ». Aussi, estime-t-elle qu’il s’agit d’un moment « décisif pour la RDC qui doit consister également à faire un bon choix de ses partenaires ». Et d’ajouter que les « Etats-Unis sont un partenaire de l’espoir pour permettre à la RDC d’écrire une nouvelle page de l’histoire du peuple congolais ... »

 « ... Mais Hillary Clinton est allée plus loin, en touchant à l’une des causes principales qui favorisent les guerres ou conflits armés en RDC, entretenant ainsi les violences sexuelles. Il s’agit justement du pillage des richesses congolaises par « des groupes d’intérêts financiers » et qui se recrutent tant en Occident qu’en Asie. Non pas seulement ce « très petit groupe » congolais qui a institué un système (traditionnellement) de prédation économique pour s’enrichir illicitement en prenant goût à signer des contrats léonins avec «des entreprises ou les pays étrangers qui extraient les richesses pour les emporter sans en retour effectuer dans le pays un investissement proportionnel ... »

Le Congo se réjouit certainement d’avoir à ses côtés la première super-puissance mondiale, de facto gardienne suprême de la stabilité internationale et des lois et traités fixant l’intangibilité des frontières.

Le peuple congolais ne peut que se réjouir de soucis d’Hillary Clinton pour le pillage de ses matières premières par, d’une part, une « élite » circonscrite à la tête de l’état congolais et, surtout d’autre part, par ce qu’elles désignent comme étant des « des groupes d’intérêts financiers ».

La question naturelle qui s’impose suite à ce constat est de savoir qui organise le pillage des matières premières et comment elles sont évacuées.  N’importe quel observateur constatera que le Katanga est de facto aux mains du groupe Forrest, que les Kivus sont occupés par les extrémistes tutsis et que l’Ituri est dans la giron ougandais.

Les matières premières volées dans les Kivus transitent par le Rwanda avant d’arriver en Occident ou en Asie.

3. « Mettre un terme aux violences sexuelles » :

12/08/2009 :  Hillary Clinton presse Kinshasa de mettre un terme aux violences sexuelles

http://www.africatime.com/rdc/nouvelle.asp?no_nouvelle=474173&no_categorie=PRESSE

Cette barbarie sans nom, essentiellement dans les Kivus, se focalise sur les femmes.

Alors qu’actuellement le Katanga et l’Ituri sont calmes, il en va tout autrement dans les Kivus où la violence des extrémistes tutsis inflige le martyre aux populations civiles.  Tout à tour l’on désigne les extrémistes hutus FDLR où les troupes régulières comme étant responsables des exactions contre les femmes.

Mais l’on n’explique pas assez que :

Les extrémistes hutus FDLR ne peuvent pas se maintenir sans le pillage des matières premières et leurs contacts commerciaux avec les extrémistes tutsis qui évacuent ces matières par le Rwanda.  Les rapports mettent en effet clairement en cause les extrémistes tutsis (et pas les autorités congolaises).  Sinon comment expliquer le ravitaillement en armes des extrémistes hutus ?

Les troupes de Nkunda ont intégré l’armée gouvernementale à l’Est et ce que l’on désigne comme les FARC dans les zones de combat les plus intenses des Kivus ne sont en fait rien d’autre que d’anciennes troupes de Nkunda.

C’est parce qu’un rapport de l’ONU a mis en évidence le soutien financier et militaire du Rwanda à Nkunda que les Pays-Bas, la Suède et le Canada ont gelés leur aide au développement au Rwanda entre la fin 2008 et février 2009.

Dans un courrier du 21 juillet 2009 à l’attention des autorités Suédoises en charge de la Présidence d’ l’U.E., Human Rights Watch relève ce qui suit :

« Despite recent developments, such as the improvement in relations between Rwanda and the DRC and the integration of the former rebel group, the Congrès national pour la défense du people (CNDP) into the national army, the exploitation of minerals in eastern DRC continues to be highly militarised. The armed groups and military units controlling many mining areas are carrying out horrific human rights abuses against the civilian population. As we write to you, brutal attacks against unarmed civilians in North and South Kivu are on the increase. Those responsible for the violence include the Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) and soldiers of the Congolese national army - both of whom are heavily involved in mining and trading in cassiterite (tin ore), coltan and gold. Without sources of funding derived from the mineral trade, it is doubtful that groups such as the FDLR would be able to sustain their operations at the current level. » ( http://www.hrw.org/en/news/2009/07/21/letter-swedish-minister-foreign-affairs-carl-bildt-regarding-mineral-trade-and-armed )

Il est donc évident que pour les extrémistes tutsis, les extrémistes hutus ne peuvent pas disparaître.  Ils leurs sont indispensables, sous le couvert de la menace sécuritaire pour le Rwanda, ce qui explique que les extrémistes tutsis les maintiennent artificiellement en vie ( http://developpement.congo.googlepages.com/kivu-republic2 )

4. Les révélations de la congressiste américaine Cynthia McKinney

(14.07.09)

http://www.laconscience.com/article.php?id_article=8487

La Congressiste américaine Cynthia McKinney, envoyée spéciale de Bill Clinton en Afrique, révèle que l'attentat du 6 avril 1994 contre le président rwandais est un coup d'Etat.

Elle affirme que le gouvernement Clinton avait décidé de changer de régime au Rwanda. C'est pour cela que Paul Kagame est arrivé au pouvoir par la violence et la guerre.

Elle a longuement enquêté sur la tragédie des Grands Lacs. Elle dénonce une politique étrangère américaine brutale et irresponsable en Afrique noire.

Elle avait personnellement écrit à Bill Clinton pour lui dire que sa politique était un échec en Afrique.

Elle ne comprend pas pourquoi :

- Le peuple rwandais a été traité de cette façon alors que le pays était relativement stable,

- Le Tribunal Pénal International refuse d'enquêter sur l'attentat alors qu'il est reconnu par l'ONU comme l'événement déclencheur des massacres,

- Pourquoi les pays occidentaux et les Etats-Unis en particulier laisse faire Kagame en RDC,

- L'Armée Patriotique Rwandaise massacre, pille et viole les femmes en RDC sans que le monde entier sans émeuve,

- La communauté internationale encourage par son silence les crimes abominables perpétrés par Kagame et ses hommes.

Elle a déposé une plainte avec constitution de partie civile en Espagne avec le prix Nobel de la paix argentin Adolfo Pérez Esquivel, Juan Carréro, candidat espagnol au prix Nobel de la paix et trois municipalité espagnoles pour élucider les crimes commis en RDC et au Rwanda de 1990 à 2002.

5. Conclusions

La Secrétaire d’Etat Hillary Clinton vient de donner de nombreux signes de bonne volonté concernant ses intentions pour le Congo.  Le Congo et sa population ne peuvent que s’en réjouir.

Toutefois, si l’intention d’Hillary Clinton est de continuer la politique instaurée sous l’administration de Bill Clinton, il ne pourra que lui être rappelé que, selon la Congressiste américaine Cynthia McKinney, cette politique brutale et irresponsable est un échec.

Entre 5 & 6 millions de victimes congolaises du génocide d’intensité basse attendent toujours que justice leur soit rendue.

Après seulement l’on pourra tourner la page et se tourner vers le future.


A consulter

  1. *De Gucht dénonce un « génocide sexuel » (18-01-2008)
    http://www.africatime.com/rdc/nouvelle.asp?no_nouvelle=375144&no_categorie=PRESSE
  2. *Rwanda : la justice espagnole poursuit 40 militaires rwandais pour génocide (06-02-2008)
    http://blog.multipol.org/post/2008/02/07/ACTU-:-La-justice-espagnole-poursuit-40-militaires-rwandais-pour-genocide
  3. *Scandales à la MONUC : la BBC porte de sérieuses accusations
    http://developpement.congo.googlepages.com/monnuc-bbc
  4. *Accablantes révélations de l'Ouganda : Kigali continue d'armer Nkunda (31-05-2008)
    http://www.laconscience.com/article.php?id_article=7435
  5. *Gênante déclaration pour la Monuc : Un officier indien avoue sa sympathie pour Nkunda  (12-07-2008)
    http://digitalcongo.net/article/52422
  6. *MSF : évacuation et redéploiement de plusieurs équipes (15-09-2008)
    http://msf.fr/2008/09/10/964/rdc%2Devacuation%2Det%2Dredeploiement%2Dde%2Dplusieurs%2Dequipes/
  7. *Guerre du Kivu: où sont passés les FDLR? (20-09-2008)
    http://www.benilubero.com/index.php?option=com_content&task=view&id=1203&Itemid=48
  8. *Les extrémistes tutsis envisageraient-ils de sacrifier des dizaines de milliers de tutsis innocents pour sauvegarder leur pouvoir ? (02-12-2008)
    http://developpement.congo.googlepages.com/pogrom-extremistestutsis.pdf
  9. *The upcoming creation of the Republic of Kivu ?
    http://developpement.congo.googlepages.com/kivu-republic2
Par JMV Ndagijimana - Publié dans : Diplomatie - Communauté : Afrique des Grands Lacs
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Vendredi 14 août 2009 5 14 /08 /Août /2009 08:20

Mémorandum du caucus des députes nationaux de la province du Sud-Kivu a la Secrétaire d’État américaine des Affaires étrangères de passage en République Démocratique du Congo  -  05/08/2009

Madame la Secrétaire d’État américaine,  

C /° Ambassade des USA à Kinshasa, En RD Congo.
  

Nous, Députés Nationaux, représentants élus de la population du Sud-Kivu, saluons votre passage dans notre pays et vous chargeons de transmettre nos souhaits de meilleurs vœux de succès à l’actuel locataire de la Maison Blanche  à l’occasion de sa brillante élection à la tête des USA.  


Nous profitons de l’occasion nous offerte par votre présence sur la terre de nos aïeux , pour porter à votre connaissance que la RD Congo que vous visitez à ce jour est un pays  non seulement sinistré de suite de différentes guerres d’agression injustement  imposées à nos populations depuis bientôt quinze (15) ans, mais aussi  un pays où le processus démocratique piloté par l’ONU  s’enlise , mettant ainsi en doute la crédibilité  des  Nations Unies dans un pays qui, tout au long de son histoire, n'a cessé d'être dans le camp de cette gigantesque Organisation mondiale tant lors de 2 guerres mondiales que de la guerre froide.  


Voilà pourquoi, de prime abord, nous exhortons l’Administration OBAMA de se pencher sur les deux points suivants :  


1)


Ce faisant, les USA, auront contribué aux yeux du monde, à mettre fin à cette politique injuste et partiale qui assure le soutien et la longévité aux régimes dont les dirigeants accusent des abus du pouvoir et un déficit démocratique caractérisé par le favoritisme à outrance d’une poignée des gens  au détriment de la majorité des habitants de l'Afrique Centrale.  


Aussi, pouvons-nous, au jour d’aujourd’hui, vous confirmer que la partie orientale de la RD Congo est devenue un oasis d’extermination des populations innocentes sans défense et sans assistance aucunes, en présence d’une armée sélectivement constituée des bourreaux en ce compris des anciens FDLR rapatriés au Rwanda, y recyclés  puis renvoyés  au sein du CNDP pour leur incorporation dans les FARDC. 


Bref, une guerre d’usure est savamment entretenue et minutieusement alimentée pour le pillage de nos ressources, le dépeuplement des territoires concernés par cette guerre et très bientôt leur balkanisation. 


2) Cette politique a conduit notamment au renforcement des puissances mono-ethniques au Rwanda (au nom d’un génocide à responsabilités partagées) et en Ouganda, au point où plus ou moins 10% de la population maintiennent en domination plus de 90% de la population. C’est ici le lieu de stigmatiser que fort du soutien des USA  et de la Grande Bretagne principalement, le Rwanda a déversé sa haine tribale sur la RD Congo où son soutien et sa participation aux côtés des pseudo-mouvements insurrectionnels sont une flagrance indéniable. 


En effet, l’implication des firmes multinationales dans la livraison des armes et le pillage des richesses de la République Démocratique du Congo pour le cas des grandes puissances d’un côté et de l’autre, les cas de Mutebusi, de Nkundabatware, de Bosco Ntaganda et la présence flagrante de beaucoup de militaires rwandais au sein des troupes intégrées du CNDP pour le cas du Rwanda ; confirment notre assertion. 


Madame la Secrétaire d’État, 


Votre voyage en Afrique aux lendemains de la prise du pouvoir par Son Excellence BARACK Hussein Obama ne manque pas  d’intérêts et suscite d’énormes espoirs chez le peuple congolais meurtri depuis les régimes précédents aux USA, étant donné que la présence d’une personnalité de l’Administration américaine de votre rang sur le sol congolais date des années 1990. 


Voilà pourquoi, en sus de ces quelques préoccupations majeures ci-haut décrites, nous nous permettons de vous tenir copie de notre mémo remis à leurs Excellences membres de la délégation du Conseil de Sécurité de l’ONU qui était de passage eux aussi en RD Congo en date du 19 Mai 2009, lequel mémo retrace le drame dont est victime le peuple congolais et qui se résume comme suit :  


« C’est depuis 1994 que des Hutu, superbement armés, fuyant l’avancée de l’Armée Patriotique Rwandaise traversent les frontières congolaises à la faveur de l’opération Onusienne dénommée « turquoise », chapeautée par la France. Ces Hutu s’installent dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, et ce, en violation flagrante de toutes les normes internationales régissant le droit d’asile ou de refuge.  


Connus sous le nom des « Interahamwe »  ou FDLR, Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda,  etc.,  ces Hutu se singularisent particulièrement en RD Congo par la pratique des actes de pillages, de viols, de massacres etc. Et depuis, ils sont devenus un prétexte pour les autorités de Kigali de justifier la présence, en RD Congo de leur armée régulière, du reste coresponsable des actuelles atrocités et massacres subis par notre peuple à Makobola, Kasika, Katogota, Lemera, Nindja, Kaniola, Kalambi, Bunyakiri, Kaziba,  Luhwindja, Kalonge, Bukavu, Uvira,Kiliba, Katumba, Kalehe, Bwegera, Kamituga, Mwenga, Shabunda, Lugushwa, Ngando, Ndolera, Kigulube,Bijombo, Masango, Tubimbi, Kakungwe, Mushago, Kitutu, Lubuga, Mutambala, Fizi, Minembwe, Bibokoboko, Baraka, Kagabwe pour ne citer que ceux là, en ce qui concerne le Sud-Kivu.                 


Notons en passant pour souligner que l’histoire du Rwanda est émaillée par des guerres cycliques et fratricides édictées par l’esprit de non tolérance et de vengeance entre les Hutu et les Tutsi. Ainsi donc lorsque ce sont les rwandais de l’ethnie Tutsi qui sont au pouvoir, leurs congénères de la composante majoritaire, les Hutu, vont en exil. Et vice-versa. La RD Congo devenant ainsi chaque fois, le pays de pérégrination des uns et des autres.    


Bien plus,  Nous, Députés nationaux du Sud Kivu non seulement dénonçons le silence coupable de la Communauté Internationale en général, des USA en particulier, Nation par excellence qui encense la démocratie et la paix ; mais aussi  nous indignons du rôle des organisations internationales spécialisées dans la défense des droits de l’homme qui ne font pas assez comme ailleurs en face de cette tragédie qui couve le génocide congolais.    


Des pistes des solutions pour le retour et le rétablissement de la paix ont été explorées par le Gouvernement congolais, mais hélas, celles-ci se sont butées à la mauvaise foi des tireurs de ficelles externes de cette guerre qui s’appuient sur des complicités internes.  


Citons entre autres, à titre illustratif: 


La rencontre de Sun-City en Afrique du Sud avec le dialogue inter-congolais qui a abouti au système de transition dit 1+4, la Conférence de Goma en janvier 2008, et plus récemment les opérations conjointes RDC/Rwanda pour la traque des FDRL. Ces opérations conjointes sont émaillées des dégâts collatéraux  au Nord Kivu et au Sud Kivu où nous déplorons tous aujourd’hui des pertes en vies humaines doublées d’autres conséquences fâcheuses incalculables : mouvements massifs des populations, famine, maladies, destructions méchantes des biens  et des infrastructures, pillages des ressources naturelles, viols, vols, et autres traitements dégradants…  


Pour mieux dire, le peuple congolais, votre frère, ami et allié de tous les temps, ne mérite pas ces traitements inhumains. Il a tout donné pour que revienne la paix dans la Région des Grands lacs. Plus rien ne lui reste à donner pour assouvir les appétits gloutons et bellicistes de ses voisins. Le peuple congolais a même vainement obéi et rencontré tous les prétextes et autres subterfuges fallacieux à la base desquels des guerres injustes lui ont été  imposées : Cas de la nationalité, accès et partage du pouvoir politique et militaire, instauration d’une démocratie pluraliste sincère, mixage, intégration pour les uns, brassage pour les autres, rapatriement des réfugiés rwandais, traque des éléments FDRL  etc.   


Face à ce tableau sombre, Nous, Députés nationaux de la Province du Sud-Kivu, forts de notre expérience et solidaires avec notre population qui nous a élus, estimons que la paix gagnée au bout des canons est toujours éphémère.  


C’est pourquoi, et ce pour une paix durable sécurisant chacune des parties en présence dans la sous-région des Grands Lacs africains, nous vous proposons entre autres les pistes des solutions suivantes :   


1.-Que la Communauté Internationale exige du Président Paul Kagame, l’organisation d’un dialogue inter-rwandais qui regrouperait autour d’une même table toutes les composantes des tribus rwandaises, de l’extérieur comme de l’intérieur pour trouver des solutions aux problèmes internes qui les opposent.   


2.-L’implication des Etats-Unis d’Amérique pour l’instauration au Rwanda d’une démocratie équilibrée, bien pensée et non discriminatoire à l’instar de la position ( que nous saluons positivement) de votre gouvernement actuel face aux conflits entre l’Etat d’Israël et de la Palestine. Ceci pour le rétablissement d’une paix définitive d’une part entre Rwandais eux-mêmes sur leur sol et d’autre part entre l’Etat rwandais et celui de la RD Congo.    


3.-La contribution stricte des USA dans la réglementation de la vente, de la livraison et de l’achat des armes et munitions de guerre à l’endroit des dirigeants impliqués dans le conflit armé qui sévit dans la sous-région des pays  des Grands-Lacs : le Rwanda, l’Ouganda essentiellement.   


4.-La mise sous embargo de toutes les firmes américaines et occidentales trafiquant les matières précieuses dites du « sang » (coltan, diamant, or, cassitérite etc.).    


5.-L’instauration d’une justice internationale (Cour Pénale Internationale) équitable qui châtierait  impitoyablement tous les dirigeants politiques et autres opérateurs économiques de la sous-région ou d’ailleurs, impliqués dans les combines de cette guerre.    


6.-La mise sur pied d’un plan de développement avec des projets intégrateurs pragmatiques dans la sous-région des pays des Grands-Lacs en général, à l’Est de la République Démocratique du Congo en particulier, à l’instar du Plan Marshall.    


7.-L’implication accrue de la MONUC d’abord dans le triage des éléments rwandais intégrés au sein du CNDP pour qu’ils rentrent dans leur pays, le Rwanda, et ensuite obtenir l’éloignement en dehors des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu de tous les officiers militaires et hommes des troupes, toutes tendances confondues, qui ont presté dans cette partie de la République pendant la période des conflits armés.  


8.-La redéfinition de la mission et du rôle de la MONUC, Mission d’Observation des Nations-Unies en République Démocratique du Congo, en vue d’éviter les atrocités et les exactions tant déplorées. 


9.-En définitive, Nous, Députés nationaux du Sud-Kivu, espérons vivement que votre séjour dans notre pays, contrairement aux expériences amères et tristes (politique, diplomatique, économique, commerciale, sociale, culturelle, humanitaire…) du passé vécu et aux dires de certains analystes avisés de l'histoire de la RD Congo, va désormais, poser les jalons d'une coopération bilatérale sincère et avantageuse, tant pour le peuple américain que pour le peuple congolais.

 

 Ainsi donc, dans le cadre de cette coopération que nous souhaitons réciproque et harmonieuse; et compte tenu de la position géostratégique de la RD Congo, recommandons à l'Administration Obama de traiter directement avec des Institutions congolaises légalement établies en lieu et place des intermédiaires ou des sous-traitants.    


Fait à Kinshasa, le 05 Août 2009.  


Les Députés du Sud-Kivu présents à Kinshasa 

1. Hon KANYEGERE LWABOSHI Samuel, (243) 990903345 

2. Hon BIRINDWA CHANIKIRE Solide, (243) 990903329 

3. Hon MASUMBUKO BASHOMBA Christophe, (243) 990903364 

4. Hon BASHOMBERWA LALIA  Marthe, (243) 990903115

5. Hon KIKA ZAMUDA Marie-Jeanne, (243)90903625

6. Hon BAPOLISI BAHUGA Paulin ,(243) 990903113 

7. Hon BITAKWIRA BIHONA-HAYI Justin, (243)990903330 

8. Hon MPANANO NTAMWENGE Roger, (243)990902475 

9. Hon BUHERWA LUPINI Désiré

Au nom des milliers des femmes violées, enterrées vivantes, des hommes émasculés et toutes les personnes tuées  à l'Est de la RD Congo en général, au Sud-Kivu en particulier ; nous vous prions de joindre votre voix à la nôtre pour exiger la fin de l'impunité, d’abord par l'arrestation immédiate de tous les responsables de cette tragédie y compris Laurent Nkundabatware, Bosco Ntaganda et autres complices  de tout bord car auteurs et co-auteurs de diverses exactions au cœur de cette tragédie congolaise tant décriée. 
Par JMV Ndagijimana - Publié dans : Diplomatie - Communauté : Afrique des Grands Lacs
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Jeudi 13 août 2009 4 13 /08 /Août /2009 18:48

(Le Potentiel 13/08/2009)

Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine, est partie. Il revient aux Congolais d’apprécier sa visite, de bien la creuser, d’en tirer les leçons utiles à travers les différentes déclarations de la secrétaire d’Etat. Il ne s’agit plus de rêver. Mais de bien lire et relire les discours du président américain Barack Obama à l’Afrique. C’est le moment pour les Congolais de faire travailler les méninges, d’être pragmatiques et réalistes pour effectivement s’assumer. Il n’y a pas trente-six solutions pour rebondir.

La redistribution des cartes en Afrique des Grands Lacs est bel et bien en marche. Washington vient de remettre la RDC sur les rails au regard de sa position géostratégique en Afrique. Daniel Howard Simpson, ancien ambassadeur des Etats-Unis en RDC aux temps forts de la Conférence nationale souveraine, aujourd’hui journaliste au Pittsburg Post Gazette aux Etats-Unis, n’use pas de la langue de bois pour interpeller les Congolais.

En effet, la visite en RDC de Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine, appartient déjà au passé. Mais elle a permis de déceler ce signal fort du président Barack Obama quant aux rapports entre la République démocratique du Congo et les Etats-Unis. Le fait d’avoir invité les Congolais à tourner leur regard vers l’avenir est significatif.

Il s’agit de quitter les sentiers battus sans perdre la mémoire, de ne plus se larmoyer mais de prendre en mains leur destinée.

Certes, il y a des choses que l’on ne peut ignorer, oublier tant elles font partie de la mémoire collective. Mais en même temps, il faut se relever et donner de l’espoir au peuple congolais qu’il existe dans ce pays des compétences, des gens courageux, et peut-être encore de futurs «héros».

La question fondamentale est celle de savoir si les Congolais ont saisi et bien analysé tous les propos tenus par la secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton.

Dans l’hypothèse d’une réponse affirmative, il y aurait donc là un message d’espoir. Car le signal fort de cette visite est que Washington de Barack Obama a choisi la RDC par rapport à ses voisins de l’Afrique centrale et des Grands Lacs. Washington est convaincu qu’il existe des opportunités de paix, de sécurité et de croissance économique à partir de la République démocratique du Congo. Une façon donc de remettre la RDC sur les rails.

SAVOIR S’ASSUMER

Cependant, la clé de la solution est entre les mains des Congolais pour entretenir une coopération dynamique et réciproquement fructueuse entre la RDC et les Etats-Unis. Pourquoi pas avec certains partenaires traditionnels dans le but de donner une nouvelle impulsion à la diplomatie congolaise. Une diplomatie que l’on veut de développement. Or, le développement d’une Nation, c’est comme la route : il est avant tout un problème interne.

Sur ce point, les Etats-Unis, à travers Hillary Clinton, n’ont pas fait mystère de leurs intentions et volonté politique. Ils invitent les Congolais à faire preuve de bonne gouvernance, de transparence et de justice. En intégrant la RDC dans ce périple africain, les Etats-Unis sont conscients que ce pays à quelque chose à donner en tous points de vue.

Mais il revient aux Congolais de savoir lire les signes de temps afin de s’engager résolument sur la voie du progrès en faisant preuve de haute responsabilité politique et d’un esprit managérial sans faille pour mieux s’assumer.

Comme pour souligner la nouvelle vision africaine des Etats-Unis, Daniel Howard Simpson, ancien ambassadeur des Etats-Unis en RDC, actuellement journaliste au Pittsburg Post Gazette, aux Etats-Unis, a accordé une interview pertinente à Radio France Internationale, RFI. Son choix se justifie sûrement par le fait que lors des temps forts de la Conférence nationale souveraine, il était en poste à Kinshasa.

Bien plus, il n’ignorait certainement pas les préparatifs de la guerre de 1996 qui a permis à l’AFDL de mettre fin au régime de Mobutu. Enfin, c’est durant cette période qu’il avait été demandé à Mobutu de passer la main, et permettre à Etienne Tshisekedi, président national de l’UDPS, de prendre la relève.

La suite des événements est connue de tous les Congolais. C’est en toute connaissance de cause que l’ambassadeur - journaliste parle du rééquilibrage de la politique américaine dans la région des Grands Lacs, en faveur de la RDC. Si les Congolais pouvaient lire ces signes avant-coureurs qui offrent des opportunités incontestables à la RDC de rebondir….


Daniel Simpson : « Les pressions américaines devraient s’exercer non seulement sur Kinshasa, mais aussi sur Kampala et Kigali »

La visite de Hillary Clinton, secrétaire d’Etat américaine en Afrique, notamment en RDC, suscite de nombreuses réactions. Dans une interview accordée à Radio France internationale, Daniel Hovard Simpson, ancien ambassadeur des Etats-Unis en RDC, s’attarde sur le rééquilibtage de la politique africaine des Etats-Unis dans la région des Grands Lacs.

Q. Quelles sont les moyens de pression des Etats-Unis pour que le gouvernement congolais commence, enfin, à sanctionner les militaires coupables de viols ?

Je suppose que c’est d’abord la meilleure organisation des forces armées congolaises. Mais le Etats-Unis peuvent aussi faire pression aux gouvernements des pays voisins, y compris rwandais et ougandais, qui étaient, certainement, les petits chouchous de l’ancien régime Bush mais avec lesquels, je l’imagine, l’administration Obama aura aussi de bonnes relations.

Q. C’est-à-dire que les pressions américaines ne doivent pas seulement s’exercer sur Kinshasa, mais aussi sur Kampala et Kigali ?

C’est mon impression. Les problèmes du Congo se situent au niveau régional.

Q. Il y a six mois, le Rwanda est intervenu militairement aux côtés du Congo contre les rebelles hutu rwandais des FDLR. Est-ce que c’était la bonne solution ?

D’après moi, cela n’a pas changé grand’chose. Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et les Interahamwe sont un peu partout dans la région. Bien que les forces rwandaises gouvernementales soient venues au Congo, elles ne peuvent, selon moi, résoudre les problèmes d’une manière générale. Ce qui est évident, c’est que s’il y avait moyen de rapatrier ces gens pour les réintégrer dans la société rwandaise…

Q. Il faudrait faciliter le retour de ces rebelles FDLR au Rwanda ?

Oui, d’après moi.

Q. Est-ce que, de ce point de vue, le gouvernement rwandais de Paul Kagamé peut faire quelque chose ?

Bien sûr. C’est même raisonnable que ce gouvernement qui a été assisté par la communauté internationale soit généreux. Mais il n’est pas disposé à être généreux, gentil, dans ce domaine-là.

Q. N’y a-t-il pas une alliance privilégiée entre Washington et Kigali ?

Il y en avait. Mais je crois que ça vaut la peine de jeter un coup d’œil sur l’itinéraire de la secrétaire d’Etat américaine, Mme Hillary Clinton, pour sa première visite en Afrique. Elle n’a visité ni le Rwanda ni l’Ouganda, c’est-à-dire les amis habituels. Elle a choisi de visiter Goma. Et vous connaissez aussi bien que moi la géographie. Elle aurait pu continuer de Goma à Kigali. Mais elle a préféré un groupe de pays qui ont connu, peut-être, des problèmes les plus profonds en Afrique, mais aussi qui présentent de potentialités économiques.

Q. Voulez-vous dire qu’il y a rééquilibrage de la politique américaine entre Kigali et Kinshasa ?

Je crois que oui.

Q. Et il y a cette guerre dans l’Est de la RDC. Puis des questions de politique nationale. Est-ce que la visite d’Hillary Clinton à Kinshasa signifie que le président Obama soutient le pouvoir de Joseph Kabila ?

Je dirais que oui, pour l’opinion au Congo. Mais pour l’opinion américaine, les Etats-Unis ne peuvent pas apporter un soutien politique au gouvernement Kabila sans s’adresser aux questions humanitaires.

Q. C’est-à-dire que ce soutien dépend des efforts que fournira le gouvernement congolais pour mettre fin aux violences sexuelles contre les femmes ?

Exactement. Il faut absolument que le gouvernement congolais s’attaque à ce fléau et l’éradique.

Q. Le 11 juillet 2009 à Accra, le président Obama a déclaré que le continent n’a pas besoin d’hommes forts, d’institutions fortes. Est-ce que la présidentielle de 2011 à Kinshasa sera observée avec beaucoup d’attention par les Etats-Unis ?

Evidemment. Le Congo a toujours vécu une situation unique. Disons que ce pays a besoin de mains relativement fortes pour résoudre ses problèmes.

Q. Mais si jamais les élections de 2011 sont truquées, les Etats-Unis fermeront-ils les yeux parce que le Congo est un grand pays et qu’il faut faire de la real politik ?

Non. On ne peut pas. Si on jette un coup d’œil au discours du président Obama, qui propose aux Africains la bonne gouvernance, la transparence, la justice, etc. Pour cela, on ne peut pas vouloir des élections truquées.

Tirée de RFI – Propos recueillis par Christophe Boibouvier

 

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Par JMV Ndagijimana - Publié dans : Diplomatie - Communauté : Afrique des Grands Lacs
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Jeudi 13 août 2009 4 13 /08 /Août /2009 18:44

(L'Avenir Quotidien 13/08/2009)

A travers ce compromis trouvé en chine, la Rdc se désengage des garanties sur l’assiette minière, mais accepte plutôt des garanties par ajustement. *Voilà qui va permettre au Chef de l’État Joseph Kabila de réaliser son ambitieux programme de développement connu sous le vocable des « cinq chantiers de la République », deux ans avant les élections de 2011, pour l’amélioration du vécu quotidien de la population.

En République démocratique du Congo, la question des contrats chinois était la principale pierre d’achoppement qui opposait le gouvernement Congolais et les bailleurs de fonds, représentés par le Fonds monétaire internationale (FMI). Mais depuis quelques temps, cette question vient de trouver un compromis. C’était à l’issue d’une mission mixte composée des experts du FMI et de la Rdc, qui a séjourné en Chine au mois de juillet dernier. Au menu, les discussions entre les deux parties, les contrats chinois, spécialement sur les nouvelles modalités.

Signalons que les contrats avaient octroyé à quatre entreprises chinoises, des droits sur plus de 10 millions de tonnes de gisements de cuivre et 600.000 tonnes de cobalt. En retour, la Chine devait investir 6 milliards USD en construction de routes, de chemins de fer, d’hôpitaux et d’écoles afin d’aider le Président Joseph Kabila à tenir ses promesses électorales (les « cinq chantiers »).

Sur le plan technique, en dépit de la crise financière et de la chute des prix des matières premières, le Congo a rempli les conditions requises pour que ses principaux créanciers consentent à effacer une partie substantielle de la dette, soit 6,3 milliards de dollars. Car le service de cette dette absorbe chaque mois quelque 40 millions de dollars, une ponction qui freine le financement des secteurs sociaux et de la sécurité. Du point de vue de la Banque mondiale et du FMI, deux points continuent à poser problème. Le premier, ce sont les dérapages en matière de dépenses militaires.

L’autre point litigieux est beaucoup plus sensible : les Occidentaux, y compris la Belgique, estiment qu’on ne peut alléger la dette si, dans le même temps, Kinshasa s’endette auprès de la Chine, en accordant la garantie de l’État aux contrats passés avec les sociétés chargées de réaliser les travaux d’infrastructures.

Interviewé par le journal le Monde du 25 mai 2009, Pierre Lumbi a défendu becs et ongles les contrats passés avec la Chine : « Étant ministre chargé des Infrastructures, c’est moi qui suis allé à Pékin négocier le financement des travaux que je m’étais engagé à réaliser. Il s’agit d’accords de troc : en échange de grands travaux, que seules les entreprises chinoises ont la capacité de réaliser dans les délais requis et à prix compétitif, le Congo s’est engagé à permettre l’exploitation de ressources minières, à raison de 9 millions de tonnes de cuivre et de 200.000 tonnes de cobalt. Si les réserves actuellement connues ne nous permettaient pas de tenir nos engagements, d’autres prospections seraient entreprises. Nous trouverions d’autres moyens de financement, de nouvelles mines ou des terres agricoles par exemple. Alors qu’en ces temps de crise, les États occidentaux s’engagent massivement aux côtés de leurs banques, pourquoi l’État congolais ne pourrait-il encourager le développement du pays ? » Lumbi cite en exemple l’époque coloniale : « En 80 ans, la Belgique a réussi à financer le formidable développement du Congo, de ses villes, de ses voies de communication, uniquement grâce aux ressources naturelles du pays. Pourquoi les Chinois ne pourraient-ils faire de même ? ». Pour lui, les contrats chinois sont doublement avantageux : « En plus des réalisations prévues, ils nous rendent éligibles à la coopération chinoise, à des prêts à taux préférentiels.

Cependant, les intimidations n’ont pas manqué : outre les pressions exercées sur le plan intérieur, les représentants du FMI sont allés jusqu’en Chine pour tenter de bloquer les crédits, ou d’imposer une « coopération triangulaire » dans laquelle ils seraient partie prenante. » Mais d’après les négociations que les experts Congolais et du FMI ont eues avec la partie Chinoise, la révision des termes de ces contrats ne remet pas en cause les principes et tient plutôt à la valorisation des éléments comptabilisables. Il s’agit d’une nouvelle notion qui pose une formule qui indique qu’au lieu qu’il donne plutôt des garanties sur l’assiette minière, il y a lieu que le gouvernement donne à la partie chinoise des garanties par ajustement, c’est-à-dire, des garanties administratives liées aux études administratives. Cela signifie en clair qu’il n’est plus question de toucher les 9 milliards USD attendus avant les études de faisabilité. Et vraisemblablement, la partie chinoise a donné son accord à ce postulat.

Le FMI en Rdc pour rassurer les congolais

Une mission du Fonds monétaire international (FMI) séjourne depuis dimanche 09 août 2009 en République démocratique du Congo. On est tenté de croire que cette mission conduite par Brian Ames, le Directeur de la Région Afrique du FMI, est venu pour rassurer le peuple congolais et lui demander de fournir plus d’efforts dans le sens de la stabilisation du cadre macroéconomique. L’occasion faisant le larron, la mission du FMI devra baliser le terrain pour permettre à ce pays post-conflit de conclure le programme formel appuyé par la Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et pour la Croissance (FRPC). Un accord qui constitue le préalable pour l’atteinte du point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays Pauvres Très Endettés (IPPTE) et l’octroi en faveur du pays des bénéfices de l’initiative pour l’allègement de la dette multilatérale).

En ce qui concerne la République démocratique du Congo, l’un des déclencheurs clé pour l’atteinte du point d’achèvement est le maintien de la stabilité macroéconomique. Mais au regard de l’évolution actuelle, le ralentissement de l’inflation a favorisé la restauration de la positivité en termes réels de taux d’intérêt de la Banque centrale du Congo. Dans ce cadre, une attention particulière est à porter sur l’activation de la politique monétaire et la politique budgétaire pour contrer les chocs permanents réapparus en juin avec l’accentuation du déficit public.

Diminution des dépenses

La gestion des finances publiques de la République demeure le point qui ne pourra pas échapper aux loupes des experts du FMI. Cela, parce qu’au deuxième trimestre, le pays a enregistré un déficit de 3,9 milliards de dollars Us justifié par les dépenses exceptionnelles de sécurité en vue de faire face à la recrudescence de certains foyers de tensions à l’Est du pays. Pour entrer en programme avec le FMI, le pays devra éponger ce gap, même si les ressources attendues dans le cadre du budget de l’État accusent un grand retard. En plus, depuis fin juin, les recettes de l’État ont baissé de 17,3% par rapport au mois de mai 2009 à la suite des contre-performances dans la mobilisation des recettes observées au niveau de toutes les régies financières. La mise en place du système de facturation trimestrielle dans le secteur pétrolier au niveau de l’économie, le problème des droits de consommation des sociétés de télécommunication, la réticence des opérateurs économiques de procéder à la vérification de leurs marchandises avant embarquement tel que convenu avec BIVAC, seraient les causes à l’origine de ces contre-performances respectivement pour la DGRAD, la DGI et l’OFIDA.

Un boulevard s’ouvre pour Joseph Kabila

Comme le dernier verrou qui freinait les contrats chinois vient d’être lever, nous pensons que le Chef de l’État est celui qui doit être très réconforté, dans la mesure où les cinq chantiers vont lui permettre d’améliorer très sensiblement le vécu quotidien des congolais. Une nouvelle qui tombe à point nommé, au moment où à quelques jours de l’ouverture de la session parlementaire de septembre, les députés attendait de pieds fermes le Chef de l’État afin de leur donner le bilan des cinq chantiers, deux ans avant la fin de son mandat.

L’Avenir

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Par JMV Ndagijimana - Publié dans : Diplomatie - Communauté : Afrique des Grands Lacs
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Jeudi 13 août 2009 4 13 /08 /Août /2009 18:34

(Le Soir 13/08/2009)

Lors de sa tournée africaine, Hillary Cliton a surpris par la fermeté de son ton. Elle marqué sa différence avec l’administration... Clinton. L’offensive de charme, elle la laisse au président Obama...

A chaque étape de sa tournée africaine, Hillary Clinton a réussi à faire entendre sa différence : ses interlocuteurs attendaient la ronde épouse du cher Bill, la porte parole du chaleureux Obama, fils de l’Afrique, ils se préparaient à accueillir une femme affable et charismatique.

Ils ont eu droit au sourire certes, aux poignées de main, aux paroles encourageantes. Mais dans ses bagages, la secrétaire d’Etat avait emmené plus de bâtons que de carottes et, au lieu de caresser ses interlocuteurs dans le sens du poil, elle a préféré, chaque fois qu’il le fallait, porter le couteau dans les plaies.

Qu’on en juge : au Kenya, où l’envoyée spéciale d’Obama était accueillie en triomphe, elle est revenue sur les violences qui avaient endeuillé la proclamation des résultats électoraux et elle a incité le président Kibaki et son Premier ministre et principal rival Raila Odinga à mettre un peu plus de zèle à mettre en œuvre l’accord de partage du pouvoir qui avait été conclu entre deux rivaux avaient chacun récusé le résultat des élections.

En Angola, où le président dos Santos est au pouvoir depuis trente ans, et où la population bénéficie encore bien peu des retombées de la manne pétrolière (exploitée par les compagnies américaines), Hillary Clinton a insisté sur le fait que les élections, si souvent retardées, devaient avoir lieu à la date promise…

C’est au Congo que la secrétaire d’Etat était attendue avec le plus d’impatience : non seulement parce que cet immense pays se relève difficilement de trois décennies de dictature et de dix années de guerre, mais aussi parce que les Etats-Unis ne sont pas étrangers à ses malheurs. Dans ce pays qui a toujours été au cœur des enjeux entre grandes puissances, nul n’ignore qu’après avoir fait assassiner Lumumba, ce sont les Etats-Unis qui avaient appuyé le dictateur Mobutu avant de le lâcher en 1996. En guise de bienvenue à Hillary, la presse ne se priva pas de rappeler combien Bill Clinton avait soutenu le Rwanda et l’Ouganda lorsque ces deux pays entreprirent de poursuivre au Congo leurs rebelles respectifs et tentèrent d’assurer leur développement en exploitant les ressources de leur grand voisin.

« La secrétaire d’Etat, c’est moi, pas Bill »
Durant les deux jours qu’elle passa en RDC, la secrétaire d’Etat montra qu’elle n’avait pas froid aux yeux : dès son arrivée, elle s’en fut rencontrer les étudiants sans mesurer que la partie ne serait pas gagnée d’avance. Et l’un des intervenants, lui demandant «ce que Mr Clinton pensait du rôle joué au Congo par la Chine et la Banque mondiale » réussit à lui faire perdre son flegme : elle s’emporta, rétorqua qu’elle ignorait ce que pouvait penser son mari, car « la secrétaire d’Etat c’est moi, et pas lui ». Alors qu’il ne s’agissait peut-être que d’une maladresse, d’une erreur de traduction vers l’américain, la vivacité de la réaction traduit probablement autre chose que la sensibilité d’une épouse peu soucieuse de voir son encombrant époux lui porter ombrage : la suite du voyage a démontré que la politique que défend Hillary Clinton et derrière elle Barack Obama est bien différente de celle de l’administration Clinton.

Certes, le souci de la bonne gouvernance, de la lutte contre la corruption demeurent des constantes. Mais au-delà, dans ses paroles et dans ses actes, Mme Clinton a démontré à quel point les violences contre les civils et en particulier la pratique du viol comme une arme de guerre étaient jugées insupportables par une nouvelle équipe américaine parfaitement informée de la réalité des faits.

En se rendant à la clinique Heal Africa à Goma, où sont opérées les femmes qui souffrent de la fistule, en traversant le camp de Mugunga, où s’entassent 18.000 déplacés de guerre chassés l’an dernier par les opérations militaires du rebelle Laurent Nkunda, Hillary Clinton n’a pas seulement fait preuve de solidarité, elle a rappelé les causes de la tragédie : la présence au Congo de milices hutues, dont elle a réclamé le désarmement ainsi que la neutralisation de leurs sources de financement. Sans renier le soutien que les Etats-Unis apportent à l’opération menée contre les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda), elle a aussi mis en garde contre les risques que cette offensive contre les bastions hutus fait courir aux civils et elle a pris à son compte les rapports de diverses ONG qui placent sur le même pied le comportement des miliciens hutus et les exactions de l’armée congolaise. Ce qui représente peut-être une simplification abusive sinon dangereuse : chacun sait que les troupes congolaises sont hétéroclites, mal payées, mal encadrées. Aujourd’hui comme hier, ces soldats ont une propension à exploiter les populations civiles et à abuser des femmes et c’est à juste titre que Mme Clinton a réclamé la fin de l’impunité et des poursuites judiciaires sévères. Cependant, sur le terrain, la plupart des femmes victimes de viols reconnaissent que les pires

atrocités qui leur sont infligées sont le fait d’hommes armés s’exprimant en kinyarwanda, qui pratiquent une politique de terreur délibérée, soit pour s’assurer de la docilité de la population, soit pour prendre le contrôle des terres et mines…

Lucidement, Mme Clinton a également rappelé à l’ordre la Mission des Nations Unies au Congo, lui enjoignant de mieux protéger les populations civiles et soulignant sans trop d’ambages que si les Etats-Unis demeurent le premier contributeur de la mission, ils sont en droit d’exiger de meilleurs résultats.

Priorités
Si l’opinion congolaise est satisfaite de voir leur pays replacé au centre du jeu, redevenir l’une des pièces maîtresses d’un futur équilibre du continent, Mme Clinton n’a pu éviter d’être confrontée au passé : à Kinshasa un étudiant lui a rappelé la longue histoire de l’exploitation du pays par l’Occident, entamant son récit par l’évocation du domaine privé de Léopold II, poursuivant avec le rôle joué par les multinationales minières. La visiteuse n’a pas cherché à excuser le passé, mais elle n’a pas convaincu son auditoire lorsqu’elle l’a invité à ne plus regarder vers le passé, car, a-t-elle dit, cela ne nous mènerait à rien. Beaucoup de Congolais se sont demandé si la secrétaire d’Etat oserait jamais demander à Israël de ne plus évoquer la Shoah et si l’épouse d’un président qui a demandé pardon aux Tutsis pour les avoir abandonnés oserait enjoindre au Rwanda de ne pas rappeler sans cesse le génocide…

Faisant l’impasse sur la politique antérieure de son pays, la secrétaire d’Etat, tout au long de son périple, a imposé ses propres priorités, -les droits des femmes, le respect des civils, la lutte contre l’impunité- des exigences éthiques bien éloignées du pragmatisme de ses prédécesseurs … Sans doute laissera-t-elle à d’autres (le président de la Banque Mondiale Robert Zoellick qui lui succède à Kinshasa…) le soin d’exprimer les préoccupations que suscitent toujours les contrats passés avec la Chine ou les intérêts des multinationales américaines engagées dans le secteur minier et dans l’exploitation du pétrole.

La poursuite de son voyage au Nigeria lui a permis de revenir avec énergie sur le thème de la lutte de la corruption, mais cette escale, comme les heures passées en Afrique du Sud, en Angola et en République démocratique du Congo a confirmé que si la nouvelle administration américaine défend des idéaux, elle entend aussi, avec réalisme, s’appuyer d’abord sur les pays les plus peuplés, les plus vastes, les plus riches…



COLETTE BRAECKMAN

jeudi 13 août 2009, 06:17

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Par JMV Ndagijimana - Publié dans : Diplomatie - Communauté : Afrique des Grands Lacs
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Jeudi 13 août 2009 4 13 /08 /Août /2009 18:31

« Nous voulons travailler avec des gens pour un meilleur avenir et non avec des gens qui se réfèrent au passé », une déclaration encourageante ? C’est faux !
(Le Potentiel 13/08/2009)

Cette phrase prononcée par Hillary Clinton, Secrétaire d’Etat Américaine, à Kinshasa hier lundi (NDLR :10 août 2009). Comme Paul Kagame rencontrant Joseph Kabila à Goma (le 06 août 2009), Hillary Clinton a demandé aux Congolais de tourner la page de leur passé de guerre d’agression menée à partir de l’Ouganda, du Rwanda et du Burundi, avec le soutien de la Grande-Bretagne et des U.S.A. (sous l’administration de Bill Clinton, l’époux d’Hillary).

Le journal Le Potentiel a publié un article où cette phrase est reprise sous un titre « mal indiqué» (à mon humble avis) : « Premières déclarations encourageantes. Hillary Clinton demande aux Congolais de tourner la page».

Je défie le ministre des Affaires étrangères du Congo, Alexis Tambwe Mwamba, de se rendre à New York ou à Washington et de tenir le même discours ; de demander aux Américains de tourner la page du 11 septembre 2001.Cette page pour laquelle « la guerre contre le terrorisme » a été déclenchée… Je défie Alexis Tambwe Mwamba de se rendre à Washington ou en Israël et de tenir le même discours en demandant aux juifs de tourner la page de la Shoa. Qu’il aille à Kigali demander aux Rwandais de tourner la page du « génocide » de 1994.

Pourquoi de telles phrases prononcées au Congo peuvent-elles être classifiées parmi « les déclarations encourageantes » et applaudies ? Pourquoi applaudissons-nous si facilement ? Qu’y a-t-il d’encourageant dans cette phrase ? L’appel à gommer de nos vies la référence à un passé de guerre d’agression menée sur notre sol pour piller nos matières premières stratégiques par les champions de la défense de l’imposture démocratique et des droits de l’homme ? Ou plutôt la volonté des U.S.A. de travailler avec des populations congolaises amnésiques ?

Aujourd’hui, plus de 50 ans après les crimes nazis, en Allemagne, un ancien officier nazi vient d’être condamné à perpétuité. « Une cour d’assises allemande a condamné mardi à perpétuité, pour un massacre qui avait fait 14 morts en 1944 en Toscane (centre de l’Italie), Josef Scheungraber, un ancien officier nazi qui menait depuis une vie paisible en Bavière, dans le sud de l’Allemagne. Josef Scheungraber, 90 ans, était «le seul officier de la compagnie» de l’armée allemande, qui a tué 14 civils le 26 juin 1944 à Folzano di Cortona en représailles d’une attaque de partisans, a souligné le président de la cour d’assises de Munich. Selon le magistrat, il a été reconnu responsable de la mort de dix d’entre eux dans ce village situé entre les villes d’Arezzo et Pérouse ».

Chez nous, Mme Clinton nous demande de tourner la page d’un passé de plus de 5.000.000 de morts ! Elle nous dit : « Nous voulons travailler avec des gens pour un meilleur avenir et non avec des gens qui se réfèrent au passé ». Et puis, notre passé est-il passé ? Les incendies de nos villages, les massacres de nos populations se poursuivent. Les humiliations se poursuivent. Après nos filles, nos femmes, nos mères et nos grand-mères, les démobilisés de l’armée de Kagame et les autres faux FDLR nous violent, nous les hommes. Et si nous nous référons à ce passé-présent, les U.S.A. menacent de ne pas travailler avec nous ! Finalement, qui veut travailler avec qui ? Que signifie travailler avec nous ? Piller nos matières premières stratégiques en armant des bandits de grand chemin (formés aux U.S.A.), les transformer, les vendre, mettre cet argent dans les banques où les bandits armés chez nous déposent le leur. Prendre quelques miettes de cet argent, nous les prêter pour payer les militaires où les experts américains et britanniques qui les instruisent. Puis, réclamer cet argent après avec des intérêts mirobolants, est-ce là travailler avec nous ou du vol organisé ? Mettre le feu aux poudres et revenir sur le lieu du crime en versant les larmes de crocodile sans regretter le passé, est-ce là travailler avec nous ? Exiger que les violeurs des femmes armés par les U.S.A. et leurs alliés soient traduits en justice sans que les différentes administrations américaines et les multinationales impliquées dans la guerre d’agression faite au Congo le soient aussi, est-cela travailler avec nous ? Est-il indispensable que le Congo travaille avec les U.S.A. ? Est-il exclu qu’un autre leadership congolais décide, demain, d’emboîter le pas à l’alternative bolivarienne pour les Amériques, noue des alliances stratégiques avec l’Organisation de la Coopération du Shanghai et remette en question, de manière assez profonde, un partenariat classique qui n’a causé que des misères aux Congolais depuis la nuit des temps ?

Sur la page Internet où le journal Le Potentiel publie « les premières déclarations encourageantes » d’Hillary Clinton, il y a un autre titre : « Réponse à Hillary Clinton. Zimbabwe : Mugabe accuse les Etats occidentaux de racisme et de division ». Cet article reproduit quelques déclarations de Mugabe dont celle-ci :

« L’Occident cherche à nous diviser et à perturber notre paix. S’il ne veut pas traiter avec nous, est-ce que nous devrions continuer à vouloir son aide » ? Robert Mugabe ajoute : « Le Zimbabwe n’a besoin d’être dépendant d’aucun endroit sur la planète, et encore moins d’anciens colonisateurs impérialistes et racistes ». Il a encore ajouté : « Nous ne faisons pas partie de l’Europe occidentale et des Etats-Unis » (…) en estimant que « les grandes nations» étaient bâties sur leur propre talent et non pas sur l’aide étrangère » (qui n’est qu’un bluff).

En lisant cet autre article, je me suis dit : « Voilà le courage qui manque à plusieurs d’entre nous ». Celui d’appeler chat chat. Formatés dans un esprit de dépendance spirituelle, culturelle, intellectuelle et matérielle, nous sommes plusieurs à croire dans le miracle d’un Occident à la fois capitaliste et philanthrope. Bêtise! L’accumulation des richesses au Nord marche de pair avec la dépossession des pays du Sud et le crime. Le discours sur le respect des droits de l’homme et l’arrestation des criminels des viols de femmes fait souvent partie de « la doctrine des bonnes intentions » chère aux U.S.A. (Lire à ce sujet N. CHOMSKY, La doctrine des bonnes intentions, Paris, Fayard, 2006). Elle est plus forte que les idéologies de différentes administrations. Elle les traverse. Elle fait partie de « la voie de l’Amérique».

Les pays qui la connaissent et l’ont approfondie ne croient plus dans « les beaux discours » des Yankee. Ils s’organisent en des grands ensembles et rompent avec tous les instruments de l’impérialisme moribond des U.S.A. Castro confiait à la presse il y a quelques jours qu’il est possible que les Etats-Unis attaquent le Vénézuela à partir de la Colombie pour « lutter contre la drogue ». C’est-à-dire pour punir le pays du chef de file de l’alternative bolivarienne pour les Amériques d’avoir coupé le cordon ombilical en entraînant plusieurs autres pays de l’Amérique Latine sur la voie de l’autonomie spirituelle, matérielle, culturelle et intellectuelle.

« Nous voulons travailler avec des gens pour un meilleur avenir et non avec des gens qui se réfèrent au passé » ! Cette phase de Madame Clinton est pleine de cynisme ! Parler aux Congolais en ces termes est une façon de leur nier toute mémoire. Or, un peuple sans mémoire est un peuple sans histoire et un peuple sans histoire est voué à sa perte. Voilà jusqu’où pourrait nous mener notre aventure avec nos bourreaux d’hier qui nous exigent de renoncer à notre passé : à notre perte, à la négation de notre humanité.

Non. Non. Nous écrirons notre histoire en conservant toutes ses pages afin que les générations futures de notre cher et grand pays ne puissent pas répéter notre passé de guerre perpétrée par « les nations qui se disent civilisées ». Mais cette histoire qui s’écrit déjà est écrite avec des larmes de sang à Rutshuru, à Goma, à Minembwe, à Kananga, à Mbuji-Mayi, à Kisangani, à Shinkolobwe, à Likasi, à Masina, à Luozi, à Kikwit, à Maniema, à Mbandaka, etc. Elle ne sera pas celle que Washington, Paris, Londres, Bruxelles, Berlin nous ont toujours dictée ou veulent nous dicter. Les veilleurs-protecteurs de la mémoire collective de nos populations sont prêts à donner de leur sang pour que l’écriture de cette histoire soit nôtre. Sans falsification.

Non. Personne, mais personne ne nous séparera de notre histoire et de ses exigences d’une justice juste. Si ces dernières ne sont pas satisfaites de notre vivant, les générations futures s’en occuperont. L’Allemagne vient de condamner un nazi plus de 50 ans après son forfait. Pourquoi pas le Congo ?

J.-P. Mbelu

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