Lundi 21 novembre 2011 1 21 /11 /Nov /2011 07:17

Rusesabagina récompensé par Lantos Foundation Paul Rusesabagina récompensé par Lantos Foundation le 16/11/2011

Je lis ces derniers jours beaucoup de choses sur Paul Rusesabagina et l’Hôtel des Mille Collines. J’apprécie les gens qui recherchent la vérité sur ce qui s’est réellement passé en 1994. Mais il me semble n’avoir vu aucun témoignage direct de quelqu’un qui a vécu dans cet hôtel durant cette période sombre de notre histoire personnelle, individuelle, familiale et nationale. C’est à ce titre que je voudrais apporter ma modeste contribution à l’éclairage des faits.

Je me bornerai uniquement aux choses que j’ai vécues avec les autres réfugiés, parce que, en toute honnêteté, je me sentirais très mal à l’aise pour dire ou commenter ce que je ne connais pas ou que je connais mal.

Je suis arrivé, après trente six mille et une péripéties, à « atterrir » à l’hôtel des Mille Collines le 14 avril 1994 dans l’après-midi. Aussitôt arrivé dans la chambre 211 qu’on m’a attribuée, j’ai pris le téléphone, j’ai appelé la rédaction de RFI à Paris. Dieu a fait qu’au moment de mon appel Madeleine Mukamabano, par bonheur, était là dans la salle de rédaction à Paris. Elle m’a demandé qui était réfugié à l’hôtel ? J’ai répondu que je ne savais pas parce que je venais à peine d’arriver. Elle m’a cité quelques noms. Mais je ne savais vraiment pas qui était à l’hôtel.

Elle m’a alors dit : « Est-ce que tu peux essayer de faire une liste de ces réfugiés et me la faxer ? Les confrères et moi ici à Paris allons sensibiliser le gouvernement français, et à travers lui et avec lui sensibiliser l’ONU et les gouvernements des autres puissances, pour une éventuelle évacuation des réfugiés de l’hôtel des Mille Collines ». Les étrangers venaient alors d’être évacués quasi-totalement de Kigali et on refusait de prendre des fugitifs rwandais sur les convois. J’ai accepté la mission.

Je suis allé taper à diverses portes, comme ça au hasard, ne sachant même pas comment j’allais être accueilli. J’ai expliqué ma démarche et proposé qu’on tienne une réunion. Parmi les sept premières personnes avec lesquelles j’ai tenu la première réunion dans ma chambre et qui m’ont aidé à mettre les idées au clair sur ce projet, je citerais l’ancien président d’Ibuka, Jean-Bosco Rutagengwa. Ces personnes m’ont ensuite aidé à faire circuler l’information parmi les réfugiés de l’hôtel et à mettre Paul Rusesabagina au courant.

Tout l’après-midi et toute la nuit de ce jeudi 14 avril 1994, nous avons travaillé sans une seule seconde de repos, sans même être sûr que nous allions avoir la chance d’être évacués. Paul Rusesabagina nous a ouvert la ligne fax qui était dans le bureau de la direction au rez-de-chaussée. Nous avons faxé les listes à RFI. La dernière est partie le lendemain, vendredi 15 avril 1994, à 7h15 du matin, avec des centaines de noms des réfugiés et nos familles, ainsi que les adresses et autres contacts possibles de parents, amis ou connaissances qui pouvaient être à même de nous accueillir chez eux une fois à l’étranger.

J’étais très très fatigué même pour me réjouir de l’arrivée de ma famille ce jour-là, évacuée de chez nous par le major Cyiza Augustin, ce brave homme, intègre, franc, honnête, courageux, dévoué, intelligent … que les méchants ont ignominieusement enlevé et assassiné récemment.

A RFI à Paris, Madeleine elle-même et ses collègues de travail s’étaient organisés de façon que le contact est resté régulier et permanent par téléphone et par fax. Une jeune fille du nom d’Inès, du reste que je n’avais jamais vue auparavant, m’a été envoyée par ses parents et m’a apporté une assistance inestimable à mettre de l’ordre dans les listes.

A partir de cet instant, les réfugiés de l’hôtel devaient téléphoner et envoyer des fax à ces parents, amis ou connaissances et les mettre au courant de ce que nous étions en train d’envisager. Personnellement, je n’ai payé aucun franc pour ce travail, et à ma connaissance, personne n’a payé pour les téléphones et les fax que nous avons envoyés, ou pour les fax que nous avons reçus. A la suite de ces actions, l’hôtel des Milles Collines a été appelé par RTLM « Indili y’Inyenzi », c’est- à -dire « Nid de Cafards ».

Dans la suite, nous avons tenu beaucoup d’autres réunions informelles, dans ma chambre ou dans d’autres différentes chambres, pour rédiger des fax, notamment à l’intention des grands de ce monde. Mr François-Xavier Nsanzuwera, parce qu’il réfléchissait beaucoup plus rapidement que nous les autres, est devenu, de facto, notre rédacteur. Au moment où nous nous en étions encore aux salamalecs, lui avait déjà accouché des paragraphes sur le papier et généralement nous ne faisions qu’apporter quelques petits plus à son travail. Pour les nombreux fax que nous avons envoyés, nous n’avons payé aucun franc. Chaque fois, le bureau de Paul Rusesabagina était ouvert pour nous, lui-même était toujours là, disponible pour nous.

Durant près de deux semaines après mon arrivée à l’hôtel des Mille Collines, j’ai tous les jours utilisé le téléphone de ma chambre pour appeler des confrères journalistes que je connaissais à l’étranger. Je n’ai payé aucun franc. Puis les Télécoms rwandais ont coupé les téléphones de l’hôtel. Nous ne pouvions communiquer qu’entre chambres, mais pas avec l’extérieur.

Le 26 avril 1994, les lignes ont été rétablies. Je l’ai su quand de nombreux réfugiés m’ont appelé dans ma chambre pour, excités, me dire : « Thomas, les téléphones fonctionnent à nouveau. Rappelles tes amis de RFI ». Je l’ai fait. De ma chambre. Pour dire que nous étions encore en vie, mais hypothétiquement. Puis les journalistes m’ont dit : « Est-ce qu’on peut faire une interview avec toi ? Parce qu’on ne sait pas ce qui se passe au Rwanda. Est-ce que les massacres continuent ? Est-ce que la guerre continue ? ».

En effet, les seuls journalistes qui travaillaient à Kigali et qui pouvaient le faire, c’était uniquement ceux de RTLM, de Radio Rwanda et des autres média reconnus aujourd’hui comme ayant été les « média de la haine ». Il n’y avait aucun journaliste international à Kigali.

J’ai alors mesuré quelles pouvaient être les conséquences de cette interview. Avant d’accepter de la faire, j’ai pris quelques temps pour en discuter avec ma femme, et ensuite avec d’autres réfugiés. L’avis général a été : « Fais-là. De toute façon, au point où nous en sommes, nous n’avons rien à perdre ! ». J’ai rappelé à Paris et j’ai donné l’interview. La journaliste qui l’a prise est Corinne Manjou. L’interview est passée sur les antennes non seulement de RFI mais aussi de plusieurs autres radios.

A partir de cet instant, je suis devenu l’homme le plus recherché de l’hôtel des Mille Collines. Pour la simple raison que j’avais, en particulier, décrit comment les FAR perdaient du terrain, comment le FPR gagnait, et ce que le FPR occupait déjà dans la capitale comme terrain, et parce que dans cette interview j’ai regretté que le FPR n’avançait pas assez rapidement pour mettre fin au cauchemar de quelques rares survivants encore en vie. Des tueurs ont été envoyés pour m’exécuter. Ca n’a pas marché. Paul ne m’a pas jeté à la porte. L’armée a alors réellement décidé de bombarder l’hôtel.

La situation était telle que certains de mes amis d’infortune, réfugiés comme moi, en sont arrivés à m’appeler dans ma chambre pour m’insulter, me qualifiant d’irresponsable. Mais Paul Rusesabagina m’a appelé dans sa suite et m’a intimé l’ordre de ne pas bouger de l’hôtel. Il m’a dit qu’il était en contact avec le général Dallaire sur cette menace. Le capitaine sénégalais Mbaye Diagne, ce brave mort en héros, m’a tenu le même discours. Ils m’ont dit d’enlever le numéro de ma chambre. Par la suite, le lieutenant-colonel Laurent Munyakazi est venu en personne dire à Paul Rusesabagina : « Nje gushaka iyo mbwa Kamilindi », autrement dit « je viens chercher ce chien de Kamilindi ». Paul Rusesabagina ne m’a pas livré. Il a négocié avec lui deux heures durant. Il lui a offert des choses.

Pourtant, ce Paul Rusesabagina qui m’a ainsi acheté, je ne l’ai vu pour la première fois qu’à l’hôtel des Mille Collines une fois que j’y ai pris refuge. Je ne l’ai jamais connu avant. Lui non plus ne me connaissais pas avant Mille Collines. Et je crois que je serais resté anonyme pour lui si je n’avais pas donné autant de tourments à autant de monde. Mais il m’a acheté, et acheté sans savoir qui réellement j’étais, sinon qu’un jeune homme, un tout jeune journaliste.

A la suite de toutes ces menaces, qui se sont conclues par le tir d’un boulet de canon sur l’hôtel, heureusement sans faire de victime ni de blessé, Mille Collines a été déclaré propriété des Nations-Unies. Un drapeau de l’ONU a été hissé au sommet de l’hôtel et deux véhicules blindés de la MINUAR ont commencé à y stationner.

Quand l’eau a été coupée dans la capitale, nous avons bu l’eau de la piscine de l’hôtel des Mille Collines. Quand nous l’avons épuisée, je ne sais pas comment Paul a pu avoir un camion citerne, et chaque jour il est allé nous chercher de l’eau. Je ne sais pas où il la puisait, mais le fait est que le camion nous a approvisionnés tous les jours.

Quand l’électricité est elle-même devenue un grand problème à Kigali, les génératrices (groupes électrogènes) de l’hôtel ont toujours fonctionné pour nous. Nous avons pu faire la cuisine. Nous avons pu suivre à la télévision la cérémonie d’installation du président Nelson Mandela. Nous n’avons payé aucun franc pour l’électricité de l’hôtel que nous avons consommée ni pour le carburant des génératrices. Et durant tout le temps que j’ai été réfugié aux Mille Collines, je n’ai vu personne parmi les réfugiés faire la cuisine au charbon comme de coutume dans de nombreuses familles dans la capitale.

Le 3 mai 1994, en fin de matinée, deux Casques Bleus ont tapé violemment à la porte de ma chambre. Ils nous ont dit de descendre en catastrophe avec nos effets. Quand nous sommes arrivés dans le lobby ma famille et moi, il y avait foule et d’autres soldats de la MINUAR étaient en train de lire des noms sur une liste, dont les miens, ceux de ma femme et de notre  petite fille. Ils nous ont fait monter sur des camions de l’ONU, et nous sommes partis. Paul Rusesabagina ne nous a jamais retenus pour nous faire payer quoi que ce soit avant de quitter l’hôtel. A la fin de la journée, nous sommes revenus à l’hôtel dans les circonstances que plus d’un connaissent.

Durant tout le temps que ma famille et moi avons été réfugiés à l’hôtel des Mille Collines, nous n’avons payé rien du tout. Ni pour la chambre, ni pour la nourriture, ni pour l’eau, ni pour l’électricité, ni pour les téléphones et les fax que j’ai continué à utiliser jusqu’à mon évacuation le 29 mai 1994 sur Kabuga dans la zone du FPR.

Il est vrai qu’au milieu de ce mois de mai 1994, un des employés de l’hôtel m’a apporté une facture dans ma chambre. La somme était colossale. Il m’a expliqué qu’il s’agissait simplement d’une reconnaissance de dette. Mais j’étais très préoccupé par la question de savoir comment j’allais, si je survivais, travailler éternellement pour payer cette dette. Nous en avons discuté entre refugiés et nous avons su par la suite que « Sabena ou l’ONU allaient tout prendre en charge ». A la fin, et ça avant même notre retour dans la capitale, j’ai effectivement appris comme tous les autres que Sabena avait payé tous nos frais de l’hôtel des Mille Collines : des millions.

Voilà mon humble témoignage.

Je reste à la disposition de quiconque voudra des éclaircissements. Mais de grâce, n’entrons pas dans les polémiques inutiles. Les faits parlant d’eux-mêmes, je propose que nous nous en tenions uniquement aux faits. Cela nous évitera de galvauder la vérité.

D’autre part, n’ayant pas la qualité d’ubiquité, j’invite les autres réfugiés de l’hôtel des Mille Collines qui le veulent à faire leurs propres témoignages. C’est d’ailleurs une façon de restituer l’histoire, mieux la mémoire. Qui oublie revit ce qu’il a vécu.

En conclusion, les réfugiés de l’hôtel des Mille Collines étions tous vivants quand le FPR a mis fin au génocide des Tutsis du Rwanda. Personne n’a été tué, blessé, battu, torturé, expulsé ou extrait de l’hôtel tout le temps que nous y étions réfugiés. Paul Rusesabagina est parvenu à faire l’impossible pour préserver nos vies au moment où d’autres étaient en train de massacrer leurs propres enfants, leurs propres femmes, et que sais-je encore.

Qu’est-ce que nous étions pour Paul Rusesabagina ? Bien peu d’entre nous étaient peut-être ses amis ou proches parents.

Mais nous ne l’étions pas tous, tous les 1.200 et plus qui sommes passés par l’hôtel des Mille Collines au moment où il en avait les rennes en main.

Enfin, si l’hôtel des Mille Collines est devenu mondialement connu, je dirais même célébrissime, et si nous tous ses réfugiés avons été préservés, beaucoup de personnes y ont absolument contribué. Paul Rusesabagina n’était heureusement pas seul. Justement, que dire du rôle de Madeleine Mukamabano ? Une très très petite poignée de gens le savent et l’apprécient. Nous étions tous vivants à la fin du cauchemar, c’est le plus grand essentiel. Et merci infiniment pour tous ces anonymes qui y ont contribué de près ou de loin. Que Paul Rusesabagina soit leur porte-drapeau, ce n’est que le commencement d’un processus qui les fera connaître. Ca aussi ça compte, non !

 

Thomas Kamilindi

Journaliste rwandais

Par FRANCE-RWANDA TRIBUNE - Publié dans : Rwanda - Communauté : Afrique des Grands Lacs
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Mercredi 16 novembre 2011 3 16 /11 /Nov /2011 01:51

November 14, 2011 

2011 Lantos Prize to be awarded November 16

rusesabagina1 On November 16, Paul Rusesabagina, Founder and President of The Hotel Rwanda Rusesabagina Foundation will be awarded the 2011 Human Rights Prize by The Lantos Foundation for Human Rights and Justice in Washington, D.C. The formal presentation of the award will take place in the Congressional Auditorium at the Capitol Visitors Center this Wednesday,November 16th, at 11:00 am.

Ambassador Robert Krueger will introduce Paul Rusesabagina when he receives the award. Krueger is the former U.S. Ambassador to Burundi and to Botswana. He is also a former Texas Congressman, U.S. Senator and Texas Railroad Commissioner.  The two have been working together to try to get an internationally sanctioned truth and reconciliation commission for Rwanda, Burundi and the Congo to create sustainable peace in the region. 

According to The Lantos Foundation:

Paul Rusesabagina is widely hailed as a hero of the 1994 Rwandan Genocide. As a hotel manager during the time of the conflict, Rusesabagina was able to provide shelter to 1,268 people, both Hutus and Tutsis, ultimately saving them from certain death. His efforts were chronicled in the 2004 Academy Award nominated film Hotel Rwanda and his autobiography “An Ordinary Man”. Today, Rusesabagina continues his efforts for truth, reconciliation and sustainable peace in Rwanda and the Great Lakes region of Africa through his work as President of the Hotel Rwanda Rusesabagina Foundation (www.hrrfoundation.org).

“We are so proud to award this year’s Lantos Prize to Paul Rusesabagina. I was raised on the idea that we are all our brothers’ keepers, and Paul is the living embodiment of that idea,” said Katrina Lantos Swett, President of the Lantos Foundation. “My father, Congressman Tom Lantos, survived the Holocaust in one of Raoul Wallenberg’s safehouses and understood all too well that the actions of one man can change the arc of one’s life story. Nearly 50 years later, Paul Rusesabagina’s heroic efforts to shelter those in harm’s way changed the life stories of more than 1,200 Rwandans. We look forward to honoring his historic humanitarian actions.”

The Lantos Foundation established the Lantos Human Rights Prize in 2009 to honor and bring attention to heroes of the human rights movement. It is awarded annually to an individual or organization that best exemplifies the Foundation’s mission, namely to be a vital voice standing up for the values of decency, dignity, freedom, and justice in every corner of the world. The prize also serves to commemorate the late Congressman Tom Lantos, the only Holocaust survivor ever elected to the U.S. Congress and a prominent advocate for human rights during his nearly three decades as a U.S. Representative. Former recipients of the Lantos Prize include His Holiness the Dalai Lama and Nobel Laureate Elie Wiesel.

Kitty Kurth

President, Kurth Lampe

444 N. Wabash, #410

Chicago, IL  60611

Phone: (312) 464-0260 Fax: (312) 464-0262 Cell: (312) 617-7288       

email: kitty@kurthlampe.com 

website: www.kurthlampe.com

alternate email: kittykurth@me.com

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Mardi 15 novembre 2011 2 15 /11 /Nov /2011 05:58

Hélène le Gall Hélène LE GAL est Conseillère des Affaires Etrangères.

Entrée au Ministère des Affaires Etrangères en 1988, elle a occupé des postes à l’Ambassade de France à Ouagadougou (1988-1990), au MAEE à Paris (Direction des Affaires africaines (1990-1992) et Direction des Affaires économiques (1992-1994), à l’Ambassade de France à Tel Aviv (1994-1998), à l’Ambassade de France à Madrid (1998-2000).

Hélène Le Gal a été Conseillère technique au Cabinet du Ministre délégué à la Coopération et à la Francophonie (2000-2002). Plus récemment, elle a été Conseillère pour les questions de défense européenne à la Représentation permanente de la France auprès de l’Union Européenne (2002-2005) et Sous-Directrice Afrique centrale et orientale au MAEE (2005-2009).

Elle a pris ses fonctions de Consule générale de France à Québec le 24 août 2009.

Hélène Le Gal est Chevalier de l’Ordre national du mérite.

 


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Lundi 14 novembre 2011 1 14 /11 /Nov /2011 19:06

Par Jeune Afrique

Contini FrenchAmbassador 14/11/2011  


L’ambassadeur de France Laurent Contini a été évincé de son poste à Kigali (Rwanda). Il devrait être remplacé par Hélène Le Gal, actuellement consul de France à Québec.

Exigé avec insistance par Alain Juppé, le ministre français des Affaires étrangères, le départ de Laurent Contini, l’ambassadeur de France au Rwanda, a finalement été avalisé par Nicolas Sarkozy. Ce rappel définitif, qui sera acté lors d’un prochain Conseil des ministres et qui a été signifié à l’intéressé début novembre, devrait être effectif à la fin de cette année. L’explication officieuse (une interview parue dans Jeune Afrique le 4 septembre, dans laquelle Contini aurait manqué à son devoir de réserve) n’est qu’un prétexte. Proche de Bernard Kouchner, bon spécialiste de la région des Grands Lacs et ardent partisan d’un rapprochement avec le Rwanda de Paul Kagamé, Contini n’a jamais été dans les bonnes grâces de Juppé, dont le contentieux avec les autorités rwandaises postgénocide est connu.

C’est l’actuelle consule de France à Québec, Hélène Le Gal, qui devrait le remplacer. À 44 ans, la diplomate de carrière connaît bien l’Afrique. Elle a occupé son premier poste à l’ambassade de Ouagadougou (Burkina Faso) à la fin des années 1990, puis au sein de la direction des Affaires africaines.  Après des passages à Tel Aviv et Madrid, elle est devenue membre du cabinet du ministre de la Coopération de Lionel Jospin, Charles Josselin, de 2000 à 2002. Plus récemment, elle a dirigé le département Afrique centrale et orientale du ministère des Affaires étrangères (2005-2009). Et connaît a fortiori parfaitement les subtilités du dossier franco-rwandais. Le choix pourrait donc se révéler habile.

Reste à savoir comment réagira Kigali au départ sanction de Contini, qui s’ajoute à la récente publication dans le quotidien Libération d’une tribune de Bernard Valéro, le porte-parole du Quai d’Orsay, lequel estime que « la France a été la seule à avoir un sursaut de courage » pendant la tragédie de 1994. Quand on sait que, à défaut d’excuses, les Rwandais demandent qu’à tout le moins Paris s’abstienne de soutenir que sa politique de l’époque fut positive, on peut craindre un retour en arrière dans les relations entre les deux pays. Deux mois après la visite officielle de Kagamé en France, qu’il n’a que très modérément appréciée, n’est-ce pas ce que souhaite Alain Juppé?

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Lundi 14 novembre 2011 1 14 /11 /Nov /2011 06:07

Questions raised over former prime minister’s links to Rwandan regime accused of human rights abuses

 

Blair_Kagame.jpg Tony Blair and Rwanda's President Paul Kagame Photo: REUTERS

Mendick_60_1771080j.jpg By Robert Mendick, in Kigali, Rwanda

9:00PM GMT 12 Nov 2011

When André Kagwa Rwisereka’s body was finally found near a river in southern Rwanda, his head was almost completely severed from his neck.

His attackers had repeatedly hacked at him with a machete which had been left at the scene. While the Rwandan police force suggested at the time that robbery may have been the motive, human rights campaigners suspected Mr Rwisereka, vice-president of an opposition party in this densely populated state smack in the heart of Africa, was actually the victim of a state-orchestrated execution.

Three weeks earlier, Jean Léonard Rugambage, a journalist who had ignored advice to flee Rwanda, was shot in the face and killed outside his house. Mr Rugambage had been investigating the attempted assassination of a dissident Rwandan general living in exile in South Africa.

The finger of blame for the killings has been widely pointed in the direction of the all-powerful Rwandan Patriotic Front (RPF), led by autocratic president Paul Kagame. The RPF seized power in the aftermath of the 1994 genocide in which about a million people — mostly Tutsis — were murdered in a 100-day killing spree by the Hutu majority.

And while Mr Kagame, himself a Tutsi, and the RPF deny responsibility, the murders — accompanied by the jailing of other opposition leaders, journalists and even a priest — have prompted serious concern about Rwanda’s future.

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Not least for Tony Blair, Rwanda’s and Mr Kagame’s cheerleader-in-chief. Mr Blair has enjoyed a close friendship with Mr Kagame, 54, visiting six times since leaving Downing Street in June 2007.

Britain’s former prime minister acts as personal adviser to Mr Kagame, while one of his charities, the Africa Governance Initiative (AGI), employs about 10 people inside the Rwandan government, helping it to run more effectively. AGI, run by Kate Gross, a former Downing Street aide based in London, also has offices in Sierra Leone and Liberia and is looking to expand into other African countries.

Since the genocide, Rwanda under Mr Kagame’s stewardship has made spectacular progress in part because Britain and the US — largely out of guilt over their abject failure to intervene to prevent the genocide — have committed huge sums to rebuilding the country.

Kigali has established a reputation as the safest city in Africa, making it a comfortable environment in which charities — including a social action project run by the Conservative Party — can operate. The Tories’ team leader on the Rwanda trips, the MP Stephen Crabb, said last week his group kept a “healthy and appropriate distance between ourselves and the government of Rwanda”.

The human rights abuses have cast a long shadow over the country’s progress. Mr Kagame’s carefully built reputation as a moderniser has been further damaged by a 550-page United Nations report last year which accused the Rwandan army, under his control, of horrific war crimes in the Congo in the mid-1990s, including mass murder and rape of tens of thousands of Hutus, in revenge for the genocide. The Rwandan government “categorically rejects” the report.

Mr Blair’s faith in Mr Kagame appears undiminished. A fortnight before Mr Rugambage’s death in June last year, Mr Blair and his team enjoyed a three-night stay in the presidential suite at the Serena Hotel in Kigali, on one of his many visits to Rwanda’s capital. With its master bedroom and en-suite Jacuzzi, two further bedrooms, and views across the Rwandan hills, the suite is entirely suitable for a figure of Mr Blair’s stature. The suite can cost as much as £2,000 a night.

“Mr Blair is always very polite when he comes here,” said a concierge at the hotel as he showed The Sunday Telegraph around the presidential suite via a secure lift to the fifth floor retreat, “It is very nice for Rwanda to have a good friend like that.”

Mr Blair, who is said to have earned as much as £50million since quitting Downing Street, insisted last night that he had “covered his accommodation costs before he left”.

In a country where half the population gets by on just 80p a day, Mr Blair has enjoyed other presidential comforts. Mr Kagame has also paid for a private jet, leased by the Rwandan government, to fly Mr Blair in and out of the country.

Mr Blair refused to say last week on how many occasions he had flown in a private jet paid for by the Rwandans.

Young, bright and very eager, Team Blair on the ground in Rwanda has staff in the president’s and prime minister’s offices as well as in the Ministry of Finance and in the Rwandan Development Board. Chauffeur-driven around Kigali in new Toyota Corollas, they mentor local workers and help them draw up and implement policy.

AGI’s previous Rwandan head, Jon Reynaga, another former Downing Street aide, quit in the summer, moving to Los Angeles to work on, among other things, the US version of The X Factor. His leaving party was combined with an Office of Tony Blair party — or “OTB” as it said on the invitation — and urged guests to come dressed as “Hollywood glamour and trash”.

“The Blair bunch are an interesting group,” said one aid worker in Rwanda last week. “They are very guarded about what they do. They want to have their cake and eat it. They want to be on the inside of the Rwandan government but only in a technical capacity. They won’t get into sensitive government issues.”

In 2009, not long after AGI was established in Rwanda, Mr Blair led a delegation to Kigali which included Christian Angermayer, a founder of one of Germany’s largest financial services groups. Mr Angermayer also acts as an adviser to Mr Kagame. Mr Blair is in a good position to introduce Rwanda to a lot of wealthy people although there is no suggestion that Mr Blair has benefited financially from his dealings in the country.

He doesn’t need to. Mr Blair earns his money elsewhere. He is paid £2million to advise the US investment bank JP Morgan and a further £500,000 for consultancy work for Zurich International, the Swiss insurer. He also advises the Kuwaiti government, the United Arab Emirates’ sovereign wealth fund, Mubadala, and most recently the Kazakh government, itself no stranger to accusations of human rights abuses.

AGI’s funding is not entirely clear, although none comes from the Rwandan government. Bill Gates’s charitable foundation has made a sizeable donation and so too has the Gatsby Charitable Foundation, which was set up by the Labour peer and former minister Lord Sainsbury of Turville. AGI’s latest accounts show an income of £3.2million with half that — equivalent to £57,000 each — paid to its 22 employees, seven secondees and subcontractors.

In one of the few deals in Rwanda in which Mr Blair is known to have played a major role, he was instrumental in persuading ministers to rent out 10,000 hectares of mainly scrub and bush to a British company with plans to grow a controversial crop called jatropha, which potentially can be harvested and turned into biofuel.

At a time when the deal was in danger of stalling, Mr Blair and his team at AGI stepped in to push it ahead, getting the Rwandans to agree to lease the land to the company Eco-Positive for a rent of a few thousand dollars a year. By 2015, the company hopes to supply one fifth of the country’s diesel, equivalent to about 20 million litres.

Simon Page, one of the shareholders of Eco-Positive, is a senior executive at JP Morgan although there is no suggestion that Mr Blair, who is a paid adviser to JP Morgan, was ever aware of that fact.

What other deals Mr Blair has worked on is hard to know. His friends Sir Evelyn de Rothschild, a philanthropist and senior figure in the banking industry, and his wife Lady Rothschild, visited Rwanda in September, staying in a suite at the Serena Hotel. “They came accompanied by presidential guards,” said a source. “They are looking to invest in a game lodge in Rwanda — to buy one and modernise it.”

The Rothschilds refused to comment last week on their four-day trip and any deals being struck in Rwanda.

Mr Blair also held talks with Gaddafi in 2008 after leaving Downing Street about “good worthwhile projects for investments” in Africa at a time when Libya had set aside billions of pounds for deals on the continent. It is not clear how much, if any, made its way to Kigali nor whether Mr Blair had any involvement. In 2008, the Libyan regime bought a Rwandan telecoms company while also taking control of a luxury hotel, the Laico Umubano, which, through a quirk of fate, happens to be the preferred lunchtime watering hole for Team Blair on the ground in Kigali. The international community has expressed its revulsion at the killings and other human rights abuses in Rwanda, such as the closure of independent newspapers and the jailing of Mr Kagame’s critics, including a Catholic priest who on Christmas Day last year condemned the regime’s family planning policies. However, Mr Blair, in public at least, has been unwavering in his support.

A little over a month after the killings in September 2010, Mr Blair delivered a congratulatory message to Mr Kagame, following his re-election with 93 per cent of the vote.

“The popular mandate received by President Kagame in the recent Presidential election,” declared Mr Blair at the time, “is testament to the huge strides made under his formidable leadership.”

It is suggested that the relationship with Mr Kagame was put under strain by an alleged plot by the state, uncovered by the Metropolitan Police in May, to assassinate two Rwandan exiles on British soil. Had the killings gone ahead, according to diplomatic sources, all bets would have been off, including £80million a year in aid given to Rwanda by the British government.

Carina Tertsakian, a senior researcher at Human Rights Watch who was forced to leave Rwanda last year, said: “To suggest Tony Blair is helping to prop up Kagame is putting it mildly. He has been very supportive of the Kagame regime from the beginning.

“We are not aware of Tony Blair nor any of his staff working in Rwanda raising the problem of human rights abuses. This effectively is sending a message to Kagame that these human rights violations don’t matter.”

Supporters of Mr Kagame point to the remarkable progress Rwanda has made since the genocide. Sir Tom Hunter, a Scottish billionaire and philanthropist who sits on the presidential advisory council along with Mr Blair and other dignitaries, said last week: “There are many colours of democracy and coming out of a genocide in the near history of 1994 when a million people died in 100 days we cannot expect the democracy we enjoy in Britain to suddenly happen magically in such a short period of time.”

In a statement, Mr Blair’s office defended his role in Rwanda. “Since 2008 the Africa Governance Initiative has supported President Kagame and the government of Rwanda in its efforts to create an effective public administration capable of delivering public services to its citizens and driving the country’s development,” it said.

“Rwanda has made a remarkable recovery from the tragedy of the 1994 genocide in which 800,000 people were murdered … This would not have been possible without the hard work of the people of Rwanda and the vision and leadership of President Kagame and his government.”

The statement went on: “AGI is proud to join them in supporting Rwanda on this journey. This journey is not complete: 50 per cent of Rwandans still live on less than $1.25 a day. President Kagame, his government and its partners recognise that the country’s political development must ultimately go hand in hand with its social and economic development. Tony Blair regularly raises these issues in his discussions with President Kagame.”

Mr Blair will be hoping that the Kagame regime, at least in the future, embraces democracy rather than clamps down on it further. Mr Blair was quick to bring Gaddafi in from the cold, only to see the tyrant revert to type and massacre his own people. He will just have to hope that Mr Kagame, despite Rwanda’s bloody past, can be steered by his team of enthusiastic charity workers down the democratic path. Mr Kagame’s opponents have their doubts.

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Vendredi 11 novembre 2011 5 11 /11 /Nov /2011 18:44

pean-pierre.jpg Vendredi 11 Novembre 2011 13h32

Le 8 novembre dernier, après cinq années de coûteuses procédures, la Cour de Cassation a rejeté le pourvoi formé par l’association SOS racisme qui poursuivait Pierre Péan, auteur d’un livre intitulé « Noires fureurs, Blancs menteurs » et dans lequel il prend le contre-pied de l’histoire officielle concernant le génocide du Rwanda[1] . Pierre Péan ayant gagné ses procès en première instance et en appel, SOS Racisme subit donc une troisième grave défaite, ce qui devrait faire réfléchir ses généreux donateurs.

A travers ce procès emblématique, SOS Racisme a montré son vrai visage, celui d’une organisation militante dont l’acharnement contre Pierre Péan avait pour but de décourager ceux qui oseraient à l’avenir mettre en doute la thèse de Kigali concernant le génocide du Rwanda.

Or, l’histoire « officielle » de ce génocide a été totalement bouleversée à travers quatre jugements rendus par le TPIR (Tribunal pénal international sur le Rwanda)[2]. Expert assermenté dans trois de ces quatre procès, je suis bien placé pour décrypter la portée des jugements rendus et cela, au-delà du véritable « enfumage » auquel se sont livrés les média ayant une fois de plus agi en simples porte-voix du régime de Kigali et de la vision de l’histoire qu’il prétend imposer.

1) Le 28 novembre 2007, la Chambre d’Appel du TPIR a acquitté Ferdinand Nahimana, un des fondateurs de la Radio Télévision des Mille Collines (RTLM) de l’accusation « de commettre le génocide, d’incitation directe et publique à commettre le génocide, de persécution et d’extermination », considérant que la création de RTLM n’entrait en rien dans le plan génocidaire. Or, jusque là, la thèse officielle était que le génocide avait été programmé puisque les « extrémistes hutu » avaient fondé la RTLM pour le préparer.

2) Le 18 décembre 2008 le TPIR a déclaré le colonel Bagosora non coupable « d’entente en vue de commettre un génocide », faisant ainsi voler en éclats les bases mêmes de l’histoire officielle du génocide du Rwanda car le colonel Bagosora fut constamment présenté comme le « cerveau » de ce génocide.

3) Selon le régime de Kigali, le génocide fut planifié par l’Akazu (ou petite maison, ou petite hutte), cercle nébuleux et criminel constitué autour de la belle famille du Président Habyarimana et dont Protais Zigiranyirazo, frère d’Agathe Habyarimana, épouse du président, était le chef. Ce petit groupe aurait comploté et planifié l’extermination des Tutsi dans le but de préserver son pouvoir et son influence. Le procès de M. Zigiranyirazo était donc lui aussi emblématique puisqu’il était censé mettre en évidence le cœur même de la préparation du génocide.

Or, le 18 décembre 2008 en première instance le TPIR a écarté la thèse du complot ourdi par M. Zigiranyirazo et sa belle famille et l’a acquitté du principal chef d’accusation, à savoir d’avoir prémédité le génocide et d’avoir comploté en ce sens avec le colonel Bagosora et Agathe Kanziga épouse du président Habyarimana pour exterminer les Tutsi du Rwanda. Le mythe de l’Akazu s’envolait donc. Le 16 novembre 2009, en appel, M. Zigiranyirazo a été acquitté des dernières accusations pendantes et immédiatement libéré.

4) Dans l’affaire dite Militaires I étaient notamment jugés les anciens chefs d’état-major de l’armée et de la gendarmerie, les généraux Augustin Bizimungu et Augustin Ndindiliyimana. Le 19 mai 2011, ils ont été acquittés du chef principal qui était celui de l’entente en vue de commettre le génocide. Ainsi donc, pour le TPIR, la hiérarchie militaire n’a ni prémédité, ni programmé le génocide. 

A travers ces quatre jugements[3], c’est donc l’histoire « officielle » du génocide du Rwanda qui est réduite à néant. En effet, si ce génocide ne fut ni prémédité, ni programmé, c’est donc qu’il fut « spontané ».

Or, l’évènement majeur et déclencheur qui provoqua la folie meurtrière fut l’assassinat du président Habyarimana dans la soirée du 6 avril 1994, puisque les massacres commencèrent dès la nouvelle de l’attentat connue, quand les partisans du président assassiné attribuèrent ce crime au FPR, donc à leurs yeux aux Tutsi et à leurs alliés hutu, les « Hutu modérés » des journalistes.

Ceux qui ont abattu l’avion du président Juvenal Habyarimana portent donc l’immense responsabilité d’avoir directement ou indirectement provoqué le drame du Rwanda. Or encore, selon le juge français Bruguière et le juge espagnol Merelles, le président Kagamé aurait ordonné cet attentat et ils donnent même les noms de ceux qui auraient tiré les deux missiles ayant abattu l’avion présidentiel.

Voilà ce qui dérange les « amis » de Kigali, dont SOS Racisme. D’autant plus que Théogène Rudasindwa, ancien directeur de cabinet de Paul Kagamé, exige d’être entendu par le TPIR et par un juge français afin, selon ses propres termes, de pouvoir « divulguer tous les détails sur l’attentat du 6 avril 1994 » dont il impute la responsabilité à l’actuel chef de l’Etat rwandais. L’heure de vérité approche donc, et inexorablement.

Bernard Lugan

11/11/11


[1] Pour la déconstruction de cette histoire officielle, on se reportera à mon livre Rwanda : contre-enquête sur le génocide. Privat, 2007.

[2] Pour les détails, explications et développements concernant ces procès, l’on se reportera à l’Afrique réelle n°4

[3] Les prévenus ont été condamnés pour d’autres motifs que celui de préméditation du génocide. Voir à ce sujet les commentaires de ces jugements dans l’Afrique réelle.

 

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Jeudi 10 novembre 2011 4 10 /11 /Nov /2011 19:37

9. nov | Par Jean Mitari

Huit prisonniers sierra-léonais purgeant leur peine au Rwanda se plaignent de « traitements inhumains » dont ils feraient l’objet depuis leur arrivée dans les prisons rwandaises. Condamnés par le tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL) pour les atrocités commises pendant la guerre civile, ces huits prisonniers se disent « privés de soins médicaux, menacés de mort par les gardiens, battus, torturés, mal-nourris et contraints à des travaux durs de menuiserie et maçonnerie notamment», selon un article publié le 16 octobre 2011 par « The Exclusive Newspaper », un journal Sierra-léonais.

RwandaPrison-300x265.jpg Les huit condamnés du tribunal spécial pour la Sierra Leone qui purgent leurs peines au Rwanda sont, trois anciens responsables du Front révolutionnaire uni (RUF), trois autres du Conseil révolutionnaire des forces armées (AFRC) et deux responsables des Forces de défense civile (CDF) pendant la guerre. Ils purgent des peines allant de 15 à 52 ans de prison au Rwanda, où ils ont été transférés en 2009 après leurs jugements et condamnations.

Le TSSL a été établi en 2002 par les Nations unies pour juger les plus importants responsables des crimes commis durant la guerre civile (1991-2001) en Sierra-Leone. Le seul autre procès du TSSL encore en cours se tient aux Pays-Bas, pour des raisons de sécurité, il s’agit de celui de l’ancien président libérien Charles Taylor qui est jugé à La Haye, pour son implication dans la guerre civile en Sierra Leone. Ces prisonniers sierra-léonais condamnés par le TSSL ont été transférés en 2009 à la prison de Mpanga, dans le Sud du Rwanda, en vertu d’un Mémorandum d’entente signé entre la Cour et Kigali. Cette prison avait été spécialement conçue pour accueillir les condamnés du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) jugés à Arusha (Tanzanie) pour leur participation au génocide de 1994. En mars dernier le Rwanda a signé un accord avec le TSSL pour accueillir les condamnés qui ne peuvent rester à Freetown faute d’établissement pénitentiaire aux normes des Nations Unies.

Les actes de torture sont courants dans les établissements carcéraux rwandais. Ces établissements sont qualifiés par bon nombre d’observateurs de « prisons-mouroirs »  en raison du taux de mortalité qui  y est très élevé.

Par exemple des agents de la Police Nationale du Rwanda ont tué au moins 20 détenus pour le seul mois de novembre 2007, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié à cetteépoque. Selon les rapports du « Bureau de la démocratie, des droits humains et du travail » du Département d’État des États-Unis d’Amérique, des dizaines de milliers de détenus arbitrairement arrêtés et illégalement détenus dans les prisons rwandaises surchargées sont morts sans jugement dans les mains de l’État. Ce Département a recensé 860 décès en 1997, 3.300 décès en 1998, 1.148 décès en 1999, 1100 décès en 2000, 708 décès en 2001. Comme bon nombre de prisonniers n’étaient pas officiellement enregistrés, ces chiffres alarmants ne révèlent que le bout de l’iceberg. Ceux qui ne meurent pas vivent dans des conditions particulièrement inhumaines et subissent à la longue les effets débilitants du surpeuplement carcéral, sans compter ceux qui succombent suite à des tortures. Les témoignages de ceux qui ont pu sortir de ces prisons et s’exiler sont bouleversants.

Certains des décès attribués à la police semblent constituer des exécutions extrajudiciaires, selon Human Rights Watch. Leur rapport de 2007 totalisant 37 pages et est intitulé « Il n’y aura pas de procès : Détenus abattus par la police et imposition de punitions collectives », est basé sur des douzaines d’entretiens avec des familles de victimes, des témoins et autres personnes.

Les prisonniers politiques, nombreux dans les prisons rwandaises, ne sont pas non plus épargnés par ces traitements inhumains et tortures, selon plusieurs sources. C’est le cas entre autres de NTAGANDA Bernard Président du parti PS Imberakuri. Son parti ne cesse de déplorer les tortures dont fait l’objet leur président, condamné le 11 février dernier par la Haute cour de Kigali à quatre ans de prison ferme. Arrêté en juin dernier, l’opposant a toujours clamé son innocence, affirmant que les poursuites engagées contre lui étaient politiquement motivées.  Ce dernier est emprisonné dans des conditions inhumaines : il est gardé en isolation totale dans un trou-cachot sans lumière et l’interdiction de recevoir sa ratio alimentaire de la part de sa famille et amis. Son parti soupçonne sérieusement le gouvernement de Kigali de chercher à « tuer Ntaganda par la faim, la torture physique et le désespoir ».

Victoire Ingabire , une autre opposante incarcérée elle aussi au Rwanda, n’est pas en reste, on ne cesse de dénoncer les conditions de sa détention dans la célèbre prison rwandaise « LE 1930″.  Déjà dès son arrestation en octobre 2010, « elle a passé deux nuits assise et menottée », avait indiqué son parti le FDU, soulignant que « son matelas et des draps » avaient été confisqués. »La nourriture qui lui avait été portée pour son déjeuner a été retournée intacte le soir même. « L’eau et le seau (lui) ont été refusés. Les conditions de détention de Madame Ingabire Umuhoza, avaient été qualifiées d’ »intolérables et immorales » par son parti. Pourtant à ce jour, pendant que son procès, que nombreux qualifient de « comédie judiciaire » (car on ne sait distinguer le juge du procureur), suit son cours, les conditions de sa détention ne se sont pas améliorées. La trésorière du parti FDU-Inkingi, Alice Muhirwa, a dénoncé il y a une semaine dans une interview à la presse, des conditions déplorables de sa détention, notamment,  » isolement, intimidations, insultes, harcèlement, etc..« .

Suite à ces nouvelles accusations venant de prisonniers sierra-léonais, les autorités pénitentiaires rwandaises ont pris le devant pour démentir. Le Commissaire général du Service correctionnel du Rwanda, le général Paul Rwarakabije, dans un entretien au quotidien progouvernemental New Times s’est chargé lui-même de désavouer les ex combattants. « Les prisonniers se plaindront toujours, mais la réalité est que nous leur avons accordé plus que ce qui est nécessaire. Ils reçoivent fréquemment des visites de leurs proches et ont droit à des visites conjugales (de leurs épouses). Ce sont des prisonniers internationaux et nous les traitons de façon spéciale », a affirmé l’ancien chef des Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), toujours actives dans l’Est de la RDC.

Suite à la grogne des détenus sierra léonais, le TSSL a dépêché des émissaires à Kigali, qui ont été reçu ce lundi 7 novembre par le ministre rwandais de l’intérieur Moussa Fasil. Au cœur des débats bien sûr, les accusations de maltraitance et torture qu’auraient subies les prisonniers sierras léonais. Ces émissaires du TSSL ont pu également visiter la prison de Mpanga où sont détenus les prisonniers mécontents de leurs conditions. Cependant rien n’a filtré après cette visite de la prison.

Le Rwanda fait régulièrement la une des médias, en raison des nombreuses violations des Droits de l’Homme dont il est constamment accusé notamment par des ONG telles que Amnesty International, Human Rights Watch ou Reporters sans Frontières.

Dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières publié  chaque année, le Rwanda se trouve régulièrement au bas du classement (169 cette année), juste devant l’Erythrée (173e et dernière position cette année), la Corée du Nord (172e) et le Turkménistan.

Dans un tel climat de violation constante des droits fondamentaux des citoyens ordinaires, journalistes ou opposants politiques, comment les droits de détenus condamnés parfois à de lourdes peines peuvent-ils être assurés ?

Par Jean Mitari

http://www.jambonews.net/actualites/20111109-rwanda-les-autorites-carcerales-accusees-de-torture-et-mauvais-traitements/

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Mercredi 9 novembre 2011 3 09 /11 /Nov /2011 06:49

Dr Sosthène Le tribunal de Bordeaux a jugé que la manifestation devant l'hôpital en janvier 2010 avait porté atteinte à la présomption d'innocence de l'urgentiste.

Le docteur Sosthène Munyemana qui travaille aux urgences de l'hôpital Saint-Cyr, accusé d'avoir participé au génocide rwandais en 1994, a gagné son procès qu'il avait intenté contre l'association Cauri, le collectif girondin. Hier, le tribunal de grande instance de Bordeaux a jugé que la présomption d'innocence du médecin n'avait pas été respectée au cours d'une manifestation organisée par le collectif, devant les grilles de l'hôpital de Villeneuve, le 30 janvier 2010.

Les magistrats bordelais ont estimé que les pancartes et banderoles brandies, sur lesquelles étaient inscrits « Pas d'asile pour le génocidaires » ou « Pas d'impunité pour les génocidaires », ainsi que les tracts distribués et les propos tenus dans ces colonnes par les manifestants allaient donc à l'encontre de la législation sur la présomption d'innocence.

Procès équitable

« La protection de la présomption d'innocence se trouve être une exigence fondamentale de nature à garantir l'exercice d'une véritable défense dans un procès pénal pour en conserver le caractère équitable. Or, en l'espèce, la notion même de procès équitable est remise en cause par la durée exceptionnelle qui s'est écoulée entre les faits imputés au demandeur et le jugement définitif de ces faits. Les publications au sujet des faits, exceptionnels par leur horreur, qui se sont déroulés au Rwanda, restent soumises au principe de la présomption d'innocence, alors même que les exigences de vérité et celles des historiens justifieraient que la justice puisse enfin se prononcer sur l'imputabilité de ces faits », indique le tribunal dans son jugement qui condamne l'association à payer les frais de justice du plaignant (1 500 €) et à s'acquitter d'une publication judiciaire.

« Contexte passionnel »

Joint hier soir, l'urgentiste rwandais s'est réjoui de cette décision. « Je dois féliciter la justice qui a su distinguer les choses malgré le contexte passionnel de cette affaire ». Sosthène Munyemana, qui a toujours clamé son innocence depuis qu'une première plainte a été déposée contre lui en 1995, attend aujourd'hui que la justice fasse « toute la lumière sur le fond de cette affaire ».

Le médecin villeneuvois se dit « parfaitement serein ». En dépit des accusations graves qui pèsent contre lui, d'un rapport publié par African Rights et d'une fiche Interpol, Sosthène Munyemana n'a jamais été mis en examen. A ce jour, il a été seulement entendu à titre de témoin assisté par un juge d'instruction. Enfin, en octobre 2010, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux avait rejeté sa demande d'extradition.

http://www.sudouest.fr/2011/11/09/sosthene-munyemana-remporte-une-manche-548535-3900.php

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Mercredi 9 novembre 2011 3 09 /11 /Nov /2011 06:40

La cour d'appel de Versailles a renvoyé au 13 décembre la décision concernant la demande d'extradition par Kigali d'un ancien juge rwandais, Manasse Bigwenzaré, accusé par le Rwanda d'être impliqué dans le génocide de 1994. Ancien magistrat rwandais, Manasse Bigwenzaré, âgé de plus de 80 ans, avait été interpellé en juin dans le Val-d'Oise, où il vit en maison de retraite, dans le cadre d'un mandat d'arrêt international de Kigali notamment pour "crime contre l'humanité" et "génocide".
Naturalisé français en juin 2010, il avait obtenu le statut de réfugié politique en 2003 après avoir fui le Rwanda dès le 8 avril 1994, selon son avocate Me Florence Bourg. Estimant que le statut de réfugié politique de l'octogénaire était un "élément essentiel" dans la procédure, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles a demandé au président de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) d'envoyer avant le 26 novembre des observations écrites sur ce cas.
M. Bigwenzaré reste sous contrôle judiciaire jusqu'à la nouvelle audience en décembre. http://lci.tf1.fr/filnews/france/renvoi-de-la-decision-sur-la-demande-d-extradition-d-un-ex-juge-6813764.html

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Mercredi 9 novembre 2011 3 09 /11 /Nov /2011 05:58

Rudasingwa Theogene Washington, 7 novembre 2011 (FH) – Théogène Rudasingwa, directeur de cabinet de Paul Kagamé avant d’entrer en dissidence en 2004, « exige » d’être entendu par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) ou toute autre juridiction indépendante pour « divulguer tous les détails » sur l’attentat du 6 avril 1994, dont il impute la responsabilité à l’actuel chef de l’Etat rwandais. « Je ne le demande pas, je l’exige », a-t-il déclaré vendredi à l’Agence Hirondelle.

Secrétaire général du FPR en 1994, puis ambassadeur du Rwanda aux Etats-Unis (1996-1999) et, enfin, l’homme dans l’antichambre du pouvoir de Paul Kagamé (2000-2004), Théogène Rudasingwa vit en exil aux Etats-Unis depuis 2005. Le 1er octobre 2011, il a rendu public sur sa page Facebook une confession en anglais, dans laquelle il accuse Paul Kagamé d’être « personnellement responsable de l’attentat » contre l’avion du président Habyarimana.

« Je confirme que Kagamé m’a dit en juillet 1994 qu’il était responsable de l’attentat. Je divulguerai tous les détails devant le TPIR, devant un juge français, ou devant toute autre juridiction internationale. D’autres preuves confortant mon témoignage seront également produites dans ce cadre par d’autres témoins de l’époque », a affirmé Rudasingwa à l’Agence Hirondelle.

Il a ajouté qu’il souhaitait « comparaître aussi tôt que possible », précisant : « Je l’exige en tant que témoin de l’un des événements cruciaux du XXe siècle, dont les conséquences tragiques perdurent près de 20 ans plus tard ».

En France, une enquête a été ouverte en 1998 suite aux plaintes des familles des membres d’équipages français décédés dans l’attentat. D’abord menée par le juge Bruguière, qui avait conclu en 2006 à la responsabilité du FPR, l’instruction est désormais entre les mains de deux juges anti-terroristes, Nathalie Poux et Marc Trévidic.

Les résultats d’une expertise balistique effectuée à leur demande in situ, à Kigali, en septembre 2010, sont toujours attendus.

Le Bureau du Procureur auprès du TPIR s’est toujours refusé à enquêter sur l’attentat du 6 avril 1994, bien que la mort violente du président rwandais soit considérée comme l’événement déclencheur du génocide de 1994.

Agence Hirondelle

GF/JC/ER

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