Mardi 10 janvier 2012 2 10 /01 /Jan /2012 06:02

Trévidic1Paris, 9 janvier (FH) – D'où est venu le tir ? C’est à cette question cruciale que vont devoir répondre les juges anti-terroristes français Marc Trévidic et Nathalie Poux lorsqu'ils présenteront ce mardi les conclusions de l'expertise balistique qu’ils ont ordonnée sur l'attentat commis le 6 avril 1994 à Kigali.

Ouverte le 27 mars 1998 à la suite d'une plainte déposée par la famille du pilote français du Falcon 50 de la présidence du Rwanda, l'enquête est la seule jamais conduite sur le plus grand attentat politique de la fin du XXe siècle, réputé pour avoir déclenché le génocide des Tutsis au Rwanda. Rappel des faits. 

Le mercredi 6 avril 1994 à 20h25, l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana, de retour d'un sommet à Dar-es-Salaam, la capitale de la Tanzanie, est abattu par le tir de deux missiles sol-air alors qu'il était en approche de l'aéroport international de Kanombe, à Kigali.
Les douze occupants sont tués : deux présidents, celui du Rwanda et celui du Burundi ; le chef d'Etat major des forces armées rwandaises et deux autres hauts gradés rwandais ; un conseiller aux Affaires étrangères rwandais ; le médecin personnel du président du Rwanda ; deux ministres burundais ; les trois membres de l'équipage français.

Depuis lors, deux thèses s’affrontent : les Hutus extrémistes ont assassiné leur président, jugé trop timoré, afin de déclencher le génocide ; l'actuel président rwandais Paul Kagame a commandité l'attentat afin d'ouvrir la voie à la conquête du pays par son parti, le Front patriotique rwandais.

Aucune commission d'enquête internationale n'a jamais enquêté sur cet attentat majeur, pas plus que le Tribunal pénal international pour le Rwanda, dont les procureurs ont estimé que l'acte de terrorisme ne relevait pas de leur mandat. La France, soupçonnée par Kigali d'avoir été complice du génocide, est donc seule à avoir ouvert une enquête judiciaire.

En novembre 2006, le juge Jean-Louis Bruguière émet neuf mandats d’arrêt contre des personnalités proches du président Kagamé, qu’il accuse d’avoir commandité l’attentat du 6 avril.
C'est le clash entre Paris et Kigali, qui rompt les relations diplomatiques. Elles ne reprendront que trois ans plus tard, en novembre 2009.

En novembre 2008, la directrice du protocole du président Kagame est arrêtée en Europe. Rose Kabuye est mise en examen par les juges qui ont succédé à Jean-Louis Bruguière, Marc Trévidic et Nathalie Poux, qui la relâchent peu après. Sa mise en examen est assortie d'une levée de son mandat d'arrêt.

Paradoxalement, ce tournant majeur va détendre les relations avec la partie rwandaise. Elle accède ainsi officiellement au dossier d’instruction. A compter de cette date, les accusés rwandais peuvent avoir des avocats. Ils peuvent communiquer des pièces et demander aux juges d'interroger des témoins à décharge. La procédure devient contradictoire.

Les juges français en profitent pour obtenir l’autorisation de pratiquer une expertise balistique in situ, en septembre 2010 à Kigali. Trois mois plus tard, ils négocieront l’audition de six des autres suspects désignés par Bruguière, lors d’une commission rogatoire d’exception pratiquée en « terrain neutre » à Bujumbura.

Les six personnalités rwandaises – parmi lesquelles l’actuel ministre de la Défense James Kaberebe – voient leurs mandats d’arrêt internationaux levés. Elles sont mises en examen et repartent libres. Tout le monde semble satisfait. Les accusés ont pu se défendre ; les parties civiles – dont la veuve de l’ancien président, Agathe Habyarimana – retiennent qu’ils ont été mis en examen pour « complicité d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste ».

« Où que soit la vérité dans ce dossier, le problème est qu’il a été politisé à outrance", indiquait le juge Trévidic à l'agence Hirondelle au printemps 2011. Il ne s’agit pas d’un combat entre États mais d’une enquête judiciaire. Être revenu dans le judiciaire pur, c’est ce qui a apaisé le conflit. »

L’ambition de l'expertise balistique était pour les juges français de s’extraire de l’empilement de témoignages contradictoires accumulés en près de quatorze ans d’enquête, pour tenter de faire reposer la preuve sur des bases tangibles. La connaissance du lieu de tir des missiles pourrait en effet permettre d'identifier le camp des tireurs.

FP/GF
 

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Lundi 9 janvier 2012 1 09 /01 /Jan /2012 02:07

ANGOP Agence Angolaise de Presse

08/01/12 09:30

 

Trévidic1PARIS  - D'où ont été tirés les missiles qui ont abattu à Kigali l'avion du président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994 et par qui? Les conclusions de l'expertise judiciaire qui seront présentées mardi à Paris pourraient être cruciales pour l'aboutissement de l'enquête.

En avril 2010, les juges antiterroristes français Marc Trévidic et Nathalie Poux désignent cinq experts géomètre, en balistique, explosifs et incendie, rejoints plus tard par un acousticien, pour déterminer les lieux possibles des tirs ayant abattu l'avion présidentiel, considéré comme l'acte déclencheur du génocide rwandais.

Vingt mois plus tard et après un déplacement au Rwanda en septembre 2010 pour essayer de reconstituer les conditions de l'attentat, juges et experts vont dévoiler mardi après-midi leurs conclusions aux parties concernées par l'enquête française.

La connaissance du lieu de tir des missiles pourrait être déterminante pour identifier les tireurs. Deux thèses s'affrontent jusque-là.

L'enquête du juge Jean-Louis Bruguière a désigné en 2006 un commando du Front patriotique rwandais (FPR), la rebellion dirigée en 1994 par l'actuel président Paul Kagame, provoquant la rupture par Kigali des relations diplomatiques avec la France.

Selon ces investigations, les hommes du FPR se seraient infiltrés depuis le parlement rwandais à travers le dispositif des Forces armées rwandaises (FAR, loyalistes) sur la colline de Massaka, qui surplombe l'aéroport à l'est de la piste.

A l'inverse, un rapport d'enquête rwandais affirme que les tirs sont partis depuis le camp militaire de Kanombe, importante base des FAR, jouxtant l'aéroport et la résidence présidentielle au sud-est, où il est "impossible d'imaginer" que le FPR ait pu s'infiltrer.
http://www.portalangop.co.ao/motix/fr_fr/noticias/africa/2012/0/1/Attentat-contre-avion-Habyarimana-une-expertise-cruciale-presentee-mardi,0b21e0a3-75f0-4269-9c45-c5411972c23d.html

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Jeudi 29 décembre 2011 4 29 /12 /Déc /2011 17:12

TPIR Arusha, 29 décembre 2011 (FH) – Voici la chronologie des principaux événements de l’année 2011 au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) qui a rendu plusieurs jugements dans des procès phares comme celui de Pauline Nyiramasuhuko, la seule femme à avoir été inculpée par le TPIR. Le tribunal a par ailleurs, pour la première fois, donné son feu vert au renvoi d’une affaire vers la justice rwandaise.

Jugements de première instance

29 mars : un ancien maire et ancien haut fonctionnaire au ministère de la Famille, Jean Baptiste Gatete, est condamné à la perpétuité après avoir été reconnu coupable de génocide et extermination.

17 mai : dans un jugement très attendu, l’ancien chef d’Etat-major de l’armée, le général Augustin Bizimungu écope de la prison à vie après avoir été jugé coupable de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Son collègue de la gendarmerie, le général Augustin Ndindiliyimana s’en tire avec une peine égale au temps déjà passé en détention. Il est donc aussitôt remis en liberté. Deux officiers, le major François-Xavier Nzuwonemeye et le capitaine Innocent Sagahutu, se voient infliger 20 ans d’emprisonnement.

24 juin : dix ans après l’ouverture de son procès, l’ancienne ministre de la Famille et de la promotion féminine, seule femme détenue par le TPIR, est condamnée à la perpétuité pour crimes de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Pauline Nyiramasuhuko est reconnue coupable, entre autres crimes, d’avoir aidé et encouragé à la perpétration de viols de femmes tutsies à Butare, dans le sud du Rwanda. La même peine est infligée à son fils Arsène Shalom Ntahobali, et à Elie Ndayambaje, un ancien maire. Dans la même affaire, trois anciens responsables administratifs sont condamnés à des peines allant de 25 à 35 ans de détention.

30 septembre : une chambre de première instance acquitte deux anciens ministres et en condamne deux autres à la perpétuité. Les anciens ministres du Commerce et la Fonction Publique, Justin Mugenzi et Prosper Mugiraneza sont jugés coupables d’entente en vue de commettre le génocide ainsi que d’incitation directe et publique à commettre le génocide, pour avoir participé à deux célèbres réunions en 1994. Pour leur part, les anciens ministres des Affaires étrangères et de la Santé, Jérôme Bicamumpaka et Casimir Bizimungu, sont acquittés car ils n’étaient pas présents à ces réunions.

17 novembre : Grégoire Ndahimana, ancien maire de Kivumu (ouest) écope de 15 ans de réclusion pour son rôle dans le massacre de près de 2.000 Tutsis qui avaient cherché refuge à l’église de Nyange, dans sa commune.

21 décembre : Les anciens président et vice-président du MRND, Matthieu Ngirumpatse et Edouard Karemera sont condamnés à la prison à vie après avoir été jugés coupables de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Ils payent les crimes commis par les miliciens Interahamwe pendant toute la durée du génocide et sur l’ensemble du pays. Selon le jugement, ils étaient les chefs suprêmes des Interahamwe, mais n’ont rien fait pour prévenir les crimes ou en punir les auteurs.

Arrêts de la chambre d’appels

1er avril : la chambre d’appel confirme la peine de 15 ans de prison prononcée au premier degré contre le lieutenant-colonel Tharcisse Muvunyi, reconnu coupable d’incitation directe et publique à commettre le génocide.

28 septembre : confirmation de la peine de 25 ans de réclusion contre le lieutenant-colonel Ephrem Setako jugé coupable de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

14 décembre : les juges d’appel réduisent à 35 ans de prison la peine du colonel Théoneste Bagosora, qui avait été condamné à la perpétuité. Il reste coupable de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre mais plusieurs conclusions de la chambre de première instance sont infirmées. L’ancien directeur de cabinet au ministère de la Défense est condamné, non plus pour avoir ordonné des massacres, mais pour faillite à ses responsabilités. Pour sa part, le lieutenant-colonel Anatole Nsengiyumva qui avait été également condamné à la perpétuité voit sa peine réduite à 15 ans. Il est immédiatement remis en liberté, compte tenu du temps déjà passé en détention.

Autres événements importants

25 mai : l’ancien chef milicien présumé Bernard Munyagishari est arrêté en République démocratique du Congo. Il sera transféré au centre de détention du TPIR à Arusha le 14 juin.

27 mai : la juge pakistanaise Khalida Rachid Khan est élue par ses pairs à la tête du TPIR pour un mandat de deux ans.

1er décembre : l’ancien patron de la filière thé au Rwanda, Michel Bagaragaza sort de sa prison suédoise après avoir purgé les trois quarts de sa peine. C’est la première fois dans son histoire que le tribunal d’Arusha accorde une libération anticipée

16 décembre : la chambre d’appel confirme le renvoi devant la justice rwandaise du pasteur pentecôtiste Jean Uwinkindi. La décision de première instance avait été prise le 28 juin. C’est la toute première fois qu’un accusé du TPIR fait l’objet d’une décision de renvoi au Rwanda. L’homme d’Eglise est toujours entre les mains du TPIR en attendant la confirmation d’un amendement de l’acte d’accusation dressé contre lui.

21 décembre : pour la première fois, le Conseil de sécurité appelle les Etats, par la voie d’une résolution, à accueillir sur leur territoire les personnes acquittées par le TPIR ou ayant terminé leur peine.

NI/ER/GF
 
© Agence Hirondelle

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Mardi 27 décembre 2011 2 27 /12 /Déc /2011 04:06

LEMONDE.FR | 24.12.11

CALLIXTE MBARUSHIMANA libéréCallixte Mbarushimana, le 28 janvier 2011 à La HayeAFP/JERRY LAMPEN

La Haye, Correspondance - Callixte Mbarushimana est un habitué des arcanes judiciaires et des procédures kafkaïennes. Une semaine après le non-lieu prononcé par les juges de la Cour pénale internationale (CPI), basée à La Haye, le Secrétaire exécutif des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), accusé de crimes contre l'humanité et crimes de guerre commis en 2009 contre des civils dans le Kivu (est de la République démocratique du Congo), a été libéré, le 23 décembre, et a pris immédiatement un vol pour Paris, où il bénéficie, depuis 2002, du statut de réfugié politique.

A son arrivée à Roissy, vendredi après-midi, le Rwandais a été conduit par la police française devant un juge d'instruction, chargé de lui rappeler sa mise sous contrôle judiciaire. Car si, le 16 décembre, les juges de la CPI ont sanctionné l'absence de preuves solides dans le dossier du procureur et ordonné la libération immédiate de Callixte Mbarushimana, le Rwandais fait toujours l'objet d'une information judiciaire en France ouverte en décembre 2010 et visant sa participation présumée au génocide rwandais de 1994.

Malgré le non-lieu de la CPI, le Secrétaire exécutif des FDLR, une milice composée en partie de hutus exilés en RDC après le génocide rwandais, a dû passer une semaine de plus dans sa cellule de La Haye. Le maintien en détention de M. Mbarishimana a provoqué la colère de son avocat, Arthur Vercken, qui a dénoncé une "détention arbitraire", et celle, plus discrète toutefois, des juges, furieux de voir leur décision non exécutée. Paris a bien donné son feu vert au retour en France de Callixte Mbarushimana, mais ce dernier fait l'objet, comme plusieurs membres des FDLR, d'une interdiction de voyager émise par les Nations unies. Il a fallu plusieurs jours pour lever, provisoirement, ces sanctions.

Cet informaticien rwandais âgé de 48 ans, ancien employé des Nations unies au Rwanda, en Angola et au Kosovo, vient de passer près d'un an dans une cellule de la prison de la Cour pénale internationale, mais ce n'est que le dernier en date des nombreux épisodes de sa saga judiciaire.
En 1999, des juges du Kosovo avaient refusé de l'extrader vers Kigali, où il devait répondre de sa participation supposée au génocide de 1994, faute de preuves, mais son contrat avec l'Onu avait été annulé, ce pourquoi, Callixte Mbarushimana, exilé à Paris, a demandé et obtenu, d'ailleurs, des réparations. Dans le même temps, le procureur du tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), avait abandonné le dossier faute de preuves. L'Onu avait bien demandé à la France de conduire une enquête sur sa participation présumée dans le génocide rwandais, mais à l'époque, Paris rechignait à juger sur son sol les Rwandais exilés.

Ce n'est qu'après la "réconciliation" franco-rwandaise de 2009 que la France montre un début d'intérêt pour les dossiers rwandais, ouvrant finalement une information judiciaire en décembre 2010. Entre temps, M. Mbarushimana avait été arrêté à la demande de la Cour pénale internationale et avait rejoint, le 25 janvier 2011, la prison des criminels de guerre à La Haye. Le procureur, Luis Moreno Ocampo, l'accusait d'avoir commis des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre en 2009 et 2010. Selon l'accusation, Callixte Mbarushimana avait, par le biais de communiqués de presse émis depuis Paris, participé à un plan de reconquête du Rwanda, le FDLR tentant de faire chanter les gouvernements congolais et rwandais en promettant l'arrêt des massacres en échange du pouvoir à Kigali.

Pour comprendre la faiblesse du dossier du procureur, il faut revenir à l'enquête. En raison de l'instabilité dans le Kivu, région de l'est du Congo où évoluent les FDLR, les enquêteurs ont conduit l'essentiel de leurs activités depuis le Rwanda voisin. A plusieurs reprises, Luis Moreno Ocampo a d'ailleurs salué la coopération du président rwandais, Paul Kagame, ennemi juré des FDLR. En septembre 2010, alors même que le Haut-commissariat aux droits de l'homme remettait un rapport soulignant l'implication des FDLR, mais surtout du régime rwandais dans les crimes du Congo, son adjointe, Fatou Bensouda, s'était rendue à Kigali pour assister à l'investiture du chef de l'Etat rwandais, fraîchement réélu.

Comme dans d'autres dossiers, le procureur s'est allié avec les ennemis de ses cibles, faisant peser sur ses actes des soupçons de partialité. Pour les victimes des FDLR, ce non-lieu est une déception. "L'arrestation de Callixte Mbarushimana (...) avait suscité au sein des victimes et des communautés touchées l'espoir de voir justice rendue. Cette décision accentuera sans aucun doute leur souffrances", a déclaré André Kito, de la Coalition pour la Cour pénale internationale, un lobby d'ONG qui milite en faveur de la CPI. Mais la décision des juges, en rectifiant les erreurs du procureur, pourrait cependant redorer un peu le blason de la Cour, dont la crédibilité apparaît fragilisée.

Stéphanie Maupas

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Lundi 26 décembre 2011 1 26 /12 /Déc /2011 04:34

CALLIXTE MBARUSHIMANA libéréLa Haye, 23 décembre 2011 (FH) – Une semaine après la décision de « non-lieu » rendue par les juges de la Cour pénale internationale (CPI), Callixte Mbarushimana a été libéré et a regagné la France, où il bénéficie du statut de réfugié. L’informaticien rwandais est arrivé vendredi, en début d’après-midi, à l’aéroport de Roissy. Dès sa descente d’avion, des policiers français l’ont conduit devant un juge d’instruction, chargé de lui rappeler qu’il fait l’objet d’un contrôle judiciaire, ordonné en décembre 2010, après l’ouverture d’une information judiciaire à Paris pour sa participation présumée dans le génocide rwandais de 1994.

Le 16 décembre, deux des trois juges de la chambre préliminaires ont estimé que le procureur n’avait pas apporté les preuves des crimes contre l’humanité et crimes de guerre allégués contre le Secrétaire exécutif des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), milice toujours active dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), et ont refusé de le renvoyer en procès.

Le procureur de la Cour a engagé plusieurs recours devant la chambre préliminaire et les juges d’appel, mais a été rapidement débouté. Selon la procédure, l’accusation aurait dû demander aux juges de la chambre préliminaire l’autorisation de faire appel. Jusqu’à présent, le procureur n’a pas suivi cette procédure, mais a annoncé son intention de le faire dans les prochains jours.

Callixte Mbarushimana avait été arrêté à Paris en octobre 2010 puis transféré à La Haye le 25 janvier 2011.

SM/GF
 
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Vendredi 23 décembre 2011 5 23 /12 /Déc /2011 12:36

KEN-ROTH.jpgQuel est le sujet de ce rapport ?

Le rapport de mapping de l’ONU a été élaboré par le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et décrit les violations les plus graves des droits humains et du droit international humanitaire commises en République démocratique du Congo (RDC) entre mars 1993 et juin 2003. Il s’agit d’un document dense et détaillé, basé sur des recherches extensives et rigoureuses effectuées par une équipe d’une vingtaine de professionnels congolais et internationaux en matière de droits humains sur une période de 12 mois. Le rapport examine 617 des incidents les plus graves survenus dans tout le Congo sur une période de 10 ans et fournit des détails sur des cas graves de massacres, de violence sexuelle et d’attaques contre des enfants, ainsi que d’autres exactions commises par une série d’acteurs armés, notamment des armées étrangères, des groupes rebelles et des forces du gouvernement congolais.

Le rapport indique que les femmes et les enfants ont été les principales victimes de la plupart des actes de violence recensés par l’équipe. Afin de « refléter comme il convient l’ampleur de ces actes de violence commis par tous les groupes armés » contre les personnes les plus vulnérables, le rapport consacre des chapitres spécifiques aux crimes de violence sexuelle contre les femmes et les filles, ainsi qu’aux violences contre les enfants. Il consacre également un chapitre au rôle joué par l’exploitation des ressources naturelles par rapport aux crimes commis au Congo.

Le rapport conclut que la majorité des crimes documentés peuvent être qualifiés de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. En référence à une série particulière d’événements qui se sont déroulés entre 1996 et 1997, le rapport soulève la question de savoir si certains crimes commis par l’armée rwandaise et son allié congolais, le groupe rebelle de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL), contre des réfugiés hutus rwandais et des citoyens hutus congolais (voir ci-après pour d’autres détails) pourraient être qualifiés de crimes de génocide. Le rapport précise qu’il appartiendrait à un tribunal compétent de rendre une telle décision.

L’objectif du projet de mapping n’était pas  d’« établir de responsabilités individuelles ni à jeter le blâme. » Au contraire, le rapport indique que le projet de mapping « se veut un premier pas, après un violent conflit, vers un processus de vérité parfois douloureux mais nécessaire » et qu’il cherche à « [regarder] vers l’avenir en identifiant plusieurs chemins que pourrait emprunter la société congolaise pour composer avec son passé, lutter contre l’impunité et faire face aux défis présents de façon à empêcher que de telles atrocités ne se reproduisent. » Une partie importante du rapport est consacrée à une évaluation du système de justice congolais actuel, au cadre juridique pour juger ces crimes et aux options de justice transitionnelle.

Pourquoi ce rapport est-il important ? 

Le rapport de mapping de l’ONU est un rappel puissant de la gravité des crimes commis au Congo et de l’absence choquante de justice. Le rapport remarque que la période couverte par le projet de mapping est  « probablement l’un des chapitres les plus tragiques de l’histoire récente de la RDC. » Ces dix années, indique-t-il, ont été « marquées par une série de crises politiques majeures, de guerres et de nombreux conflits ethniques et régionaux qui ont provoqué la mort de centaines de milliers, voire de millions, de personnes. » Il note que « rares ont été les civils, congolais et étrangers, vivant sur le territoire de la RDC qui ont pu échapper à ces violences. »

Il s’agit de la première fois que ces crimes, perpétrés par une diversité d’acteurs, sont analysés, rassemblés et organisés méthodiquement dans un rapport officiel de l’ONU. Nombre des événements mentionnés ont été documentés auparavant, notamment par l’ONU elle-même et par des organisations non gouvernementales, mais d’autres avaient largement été passées sous silence. Suivi d’une action nationale et internationale ferme, ce rapport pourrait constituer une contribution majeure à la fin de l’impunité et rompre le cycle de violence au Congo et plus largement dans la région des Grands Lacs.

Existe-t-il des différences entre la version qui a été divulguée à la presse en août et la version officielle publiée par l’ONU le 1er octobre ?

Il n’y a pas de différence substantielle. Le rapport n’a pas été sensiblement altéré. La version officielle publiée le 1er octobre comporte des éclaircissements supplémentaires sur la définition juridique du crime de génocide, ainsi que des arguments pour et contre la qualification de certains des événements de 1996 et 1997 de crimes de génocide. Le rapport présente certains des facteurs qui pourraient amener un tribunal à qualifier certains de ces crimes de crimes de génocide, ainsi que des considérations contraires qui pourraient conduire un tribunal à conclure à l’absence d’intention spécifique, élément requis pour établir qu’un crime de génocide a été commis.  Le rapport déclare qu’ « une enquête judiciaire complète portant sur les événements qui se sont produits au Zaïre en 1996 et 1997 sera nécessaire afin qu’un tribunal compétent puisse décider de ces questions. »  

La version officielle inclut les commentaires du gouvernement congolais. D’autres gouvernements ont eu l’opportunité de publier leurs réponses sur le site web du Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

Le gouvernement rwandais, en particulier, a protesté énergiquement contre le rapport et a menacé de retirer ses 3 000 Casques bleus de la mission conjointe de maintien de la paix Union Africaine - ONU au Darfour si le rapport était publié et si l’allégation de crimes de génocide commis par ses troupes au Congo n’était pas supprimée du document. L’ONU a résisté à ces pressions et le 24 septembre, le Président du Rwanda, Paul Kagame, a renoncé à sa menace. 

Quelle est l’origine de ce rapport ? Pourquoi l’ONU a-t-elle décidé maintenant d’examiner les crimes passés commis au Congo ?

L’ONU avait déjà auparavant enquêté sur certains des crimes décrits dans le rapport, notamment en 1997 quand Kofi Annan, alors Secrétaire général, avait désigné une équipe d’enquêteurs pour examiner les crimes graves commis au Congo de mars 1993 à décembre 1997. Mais ces enquêtes ont été bloquées à plusieurs reprises par le gouvernement congolais, dirigé alors par Laurent Désiré Kabila (père de Joseph Kabila, le président actuel), qui était arrivé au pouvoir avec l’aide du Rwanda et de l’Ouganda.

En dépit de ces tentatives pour bloquer l’équipe enquêtrice, l’ONU avait quand-même publié les conclusions préliminaires de l’équipe en 1998, selon lesquelles certains des massacres commis en 1996 et 1997 par l’armée rwandaise et ses alliés rebelles congolais, l’AFDL, pouvaient constituer un génocide. Du fait que son travail avait été sérieusement entravé, l’équipe a demandé d’autres investigations et a réclamé que les preuves et autres informations sensibles qu’elle avait obtenues soient entreposées dans un endroit sûr jusqu’à ce qu’une enquête plus approfondie soit possible.

En septembre 2005, la mission de maintien de la paix de l’ONU au Congo, la  MONUC, a découvert trois fosses communes à Rutshuru, dans la province du Nord Kivu, dans l’est du Congo, liées à des crimes commis en 1996 et 1997. Cette macabre découverte était un rappel des horreurs qui avaient eu lieu et de l’absence persistante de justice. Elle a servi de déclencheur à la réouverture des enquêtes. Le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, avec le soutien du Secrétaire général de l’ONU, a démarré le projet de mapping, baptisé ainsi parce qu’il devait documenter les crimes les plus graves commis dans un laps de temps et une zone géographique définis, et élargi le mandat pour inclure les violations des droits humains et du droit humanitaire international commises au cours de la seconde guerre du Congo, entre 1998 et 2003.

En mai 2007, le Président Joseph Kabila a approuvé le projet de mapping et en juillet 2008, une équipe est arrivée au Congo pour entamer le travail. Cette fois, l’équipe a pu travailler librement.

Pourquoi le gouvernement rwandais est-il si contrarié par ce rapport ?

Le gouvernement rwandais, ainsi que d’autres gouvernements désignés dans le rapport, sont évidemment sensibles aux allégations de crimes commis par leurs troupes. Si le rapport documente des crimes atroces perpétrés par de nombreux groupes armés au Congo, certains des crimes les plus graves, selon le rapport, ont été commis par l’armée rwandaise (l’Armée patriotique rwandaise, APR) et ses alliés, le groupe rebelle congolais de l’AFDL, au Congo en 1996 et 1997.

Le rapport indique que les attaques commises par l’APR et l’AFDL « révèlent plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crimes de génocide. » À tout le moins, conclue-t-il, « les informations recueillies à ce jour permettent de confirmer fermement que ces [attaques] étaient bien des crimes contre l’humanité. »

Le gouvernement rwandais a reçu une copie préalable du rapport en juillet et a cherché depuis à le rejeter et à le discréditer, affirmant que les accusations de génocide sont absurdes et irresponsables et que le rapport a été fait à l’instigation de personnes qui sont opposées au gouvernement rwandais. Le gouvernement rwandais a exercé de fortes pressions sur le Secrétaire général Ban Ki-moon, pour stopper la publication du rapport, en plus de sa menace de retirer ses 3 000 Casques bleus du Darfour. Il a aussi encouragé d’autres pays africains à dénoncer le rapport. Dans un communiqué daté du 24 septembre, le gouvernement ougandais a lui aussi rejeté le rapport et a déclaré que celui-ci sapait l’engagement de l’Ouganda à continuer de contribuer aux opérations de maintien de la paix. 

De telles réactions ne servent qu’à entraver les efforts pour mettre un terme à l’impunité dans la région des Grands Lacs et pour trouver une solution durable au conflit persistant au Congo. En cherchant à empêcher la publication d’un rapport aussi important en recourant aux menaces et à l’intimidation, les gouvernements rwandais et ougandais ne font que soulever d’autres questions quant au comportement de leurs troupes et donne l’impression qu’ils ont quelque chose à cacher. Le rapport mérite une réponse sérieuse, et non un démenti général selon lequel des crimes pourtant bien documentés n’auraient prétendument jamais eu lieu.

Mais n’y a-t-il pas eu un génocide contre les Tutsis au Rwanda ? Comment peut-il y avoir eu aussi un génocide contre les Hutus ?

En 1994, plus de 500 000 personnes ont été brutalement massacrées lors d’un génocide au Rwanda planifié par des politiciens hutus extrémistes et autres autorités contre la minorité tutsie. Les extrémistes ont été vaincus en 1994 par le Front patriotique rwandais (FPR) dominé par les Tutsis et dirigé par Paul Kagame, l’actuel président rwandais, ce qui a mis fin au génocide. Craignant des attaques en représailles, plus d’un million d’Hutus rwandais ont fui le Rwanda pour se réfugier dans l’est du Congo [qui s’appelait alors le Zaïre]. Les réfugiés étaient accompagnés d’individus ayant pris part au génocide – notamment des membres de l’ancienne armée rwandaise et des milices interahamwe – qui ont pris le contrôle des camps de réfugiés établis par la communauté de l’aide internationale près de la frontière entre le Rwanda et le Congo. En 1996, le gouvernement rwandais, soutenu par l’Ouganda, a envahi l’est du Congo pour détruire les camps, et de concert avec le groupe rebelle congolais constitué  à la hâte, l’AFDL, ils ont marché sur la capitale, Kinshasa, renversant le Président Mobutu Sese Seko, qui avait soutenu les extrémistes hutus.

Le rapport de mapping explique qu’après que l’armée rwandaise et ses alliés congolais ont franchi la frontière pour pénétrer dans l’est du Congo en 1996, ils ont lancé « des attaques en apparence systématiques et généralisées » contre les Hutus dans ce que le rapport décrit comme une « apparente poursuite impitoyable et des massacres de grande ampleur de réfugiés hutus », entraînant la mort de « plusieurs dizaines de milliers » de personnes. Le rapport déclare que« l’usage extensif d’armes blanches (principalement des marteaux) et l’apparente nature systématique des massacres de survivants, dont des femmes et des enfants, après la prise des camps [de réfugiés] pourrait indiquer que les nombreux décès ne sont pas imputables aux aléas de la guerre ou assimilables à des dommages collatéraux. » Il ajoute que « parmi les victimes, il y avait une majorité d’enfants, de femmes, de personnes âgées et de malades, souvent sous-alimentés, qui ne posaient aucun risque pour les forces attaquantes. »

Le rapport décrit aussi le massacre systématique de Hutus congolais qui n’avaient joué aucun rôle dans le génocide au Rwanda mais qui ont été pris pour cible lors de réunions publiques et à des barrières mises en place par l’armée rwandaise ou leurs alliés congolais de l’AFDL, puis emmenés à l’écart et tués. Le rapport établit que « les multiples attaques contre les Hutus établis au Zaïre [Congo], qui ne faisaient pas partie des réfugiés semblent confirmer que c’étaient tous les Hutus, comme tels, qui étaient visés. » Il conclut que les recherches ont révélé « plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crimes de génocide. »

C’est le ciblage présumé d’individus sur la base de leur appartenance ethnique – indépendamment du fait qu’ils soient rwandais ou congolais, combattants ou civils – qui soulève la question d’une éventuelle commission de « crimes de génocide » au Congo. Le crime de génocide a une définition juridique très spécifique, à savoir la commission d’un certain nombre d’actes (notamment des meurtres et des dommages corporels ou psychiques graves) « dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ».[4] Le terme « génocide » ne renvoie pas à l’ampleur des crimes, mais au ciblage intentionnel d’un groupe avec l’objectif spécifique de l’éliminer en partie ou totalement.

Le Front patriotique rwandais s’est vu à juste titre attribuer le mérite d’avoir mis fin au génocide au Rwanda, mais cela ne l’exonère pas de la responsabilité de crimes que ses propres forces ont pu commettre au cours des mois et des années qui ont suivi, tant au Rwanda qu’au Congo. La justice pour des dizaines de milliers de citoyens congolais et de réfugiés rwandais est essentielle pour obtenir une paix durable dans la région africaine des Grands Lacs.

Ce rapport traite-t-il davantage du Rwanda que du Congo ? 

Il s’agit d’un rapport sur le Congo et les atrocités effroyables subies par les Congolais de la part d’acteurs tant nationaux qu’étrangers. Il fait état de bien d’autres atrocités, en plus de celles commises par l’armée rwandaise et ses alliés. Il comporte une quantité considérable d’informations relatives aux crimes commis par des groupes rebelles congolais et par les forces armées nationales du Congo, ainsi que par des forces armées ougandaises, burundaises, angolaises, tchadiennes et zimbabwéennes et d’autres groupes rebelles étrangers.

On dit souvent qu’au moins 5 millions de personnes sont mortes au Congo. Le rapport évoque-t-il ces décès ?

Des enquêtes de mortalité détaillées réalisées par l’International Rescue Committee ont conclu que près de cinq millions personnes sont mortes au Congo depuis 1998 à cause du conflit, dont la grande majorité du fait de la malnutrition et du manque d’accès aux traitements médicaux. Le rapport de mapping s’intéresse spécifiquement aux meurtres et autres exactions infligées délibérément aux civils. Il ne documente pas les nombreuses centaines de milliers d’autres décès survenus comme conséquence indirecte des violences.

Ce rapport documente-t-il des crimes de violence sexuelle ?

Le rapport de mapping de l’ONU a établi que les femmes et les enfants ont été les principales victimes d’une grande partie des violences et consacre un chapitre aux crimes de violence sexuelle contre les femmes et les filles. Il a établi que : « Entre 1993 et 2003, la violence sexuelle fut une réalité quotidienne qui ne laissa aucun répit aux Congolaises. Qu’elles soient écolières ou mères de famille, fiancées, mariées ou veuves, simples paysannes ou épouses de dirigeants politiques, d’anciens membres de l’armée ou des fonctionnaires, militantes de partis d’opposition, travailleuses humanitaires ou membres d’associations non gouvernementales, elles ont subi sans discrimination de classe sociale ou d’âge, et pour une variété de motifs, des violences sexuelles sous leurs formes les plus diverses. »

L’équipe de mapping a aussi pu confirmer à une échelle massive des cas de violence sexuelle qui n’avaient pas été documentés auparavant ou seulement de façon limitée, en particulier le viol de femmes et d’enfants réfugiés hutus en 1996 et 1997.

Le rapport fait-il référence à l’exploitation des ressources naturelles ?

Oui, le rapport consacre un chapitre à cette question. Il remarque à ce sujet : « Il aurait été impensable de  dresser l’inventaire des violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises sur le territoire de la RDC entre mars 1993 et juin 2003 sans examiner, même brièvement, le rôle qu’a joué l’exploitation des ressources naturelles dans la commission de ces crimes. Dans un nombre important d’événements, la lutte entre les différents groupes armés pour l’accès, et le contrôle, aux richesses de la RDC a servi de toile de fond aux violations perpétrées à l’encontre des populations civiles. » Le chapitre documente la façon dont le désir de contrôler les minerais, le bois et autres ressources a agi comme un puissant facteur de motivation pour les parties au conflit congolaises et étrangères.

C’est un rapport historique. Quel est son intérêt pour le Congo d’aujourd’hui ?

Le rapport a une pertinence immédiate pour la situation au Congo aujourd’hui et il constitue un rappel sévère des conséquences de l’impunité. Nombre des types d’atrocités commises contre les civils documentées dans ce rapport se poursuivent. Les forces de sécurité congolaises et une multitude de groupes armés utilisent toujours les mêmes tactiques et stratégies d’exactions, encouragées par le fait qu’il n’y a eu aucune obligation de rendre des comptes pour les atrocités précédentes.

Cela a été particulièrement manifeste dans une série de viols commis contre plus de 300 femmes et filles à Walikale, dans l’est du Congo, en août 2010, qui ont été largement rapportés par la presse. Le rapport de l’ONU souligne le lien direct entre le manque d’obligation de rendre des comptes pour les auteurs de ces crimes et la continuation de crimes graves perpétrés à l’encontre des populations civiles. La création de mécanismes de justice pour commencer à exiger des comptes aux auteurs de ces crimes sera essentielle pour mettre fin à ce cycle de violence.

Quelle est la réponse du gouvernement congolais au rapport ?

L’ONU a soumis une copie du projet de rapport au gouvernement congolais en juin 2010. Le gouvernement congolais a communiqué à l’ONU des commentaires détaillés, qui ont été incorporés dans la version finale. Le 1er octobre, le gouvernement congolais a déclaré dans un communiqué qu’il accueillait favorablement la publication du rapport et qu’il était « consterné devant cette horreur indicible et étendue des crimes que le peuple congolais a endurés. » La déclaration poursuit : «  Les victimes méritent justice. Elles méritent que leurs voix soient entendues par nous leurs dirigeants, mais également par la communauté internationale dans son ensemble. »  Le gouvernement a annoncé qu’il était « déterminé à tout mettre en œuvre en vue d’amener les coupables devant la justice et obtenir des réparations pour les victimes ». Il a appelé  à une conférence au Congo avec des experts juridiques et des bailleurs de fonds internationaux, pour discuter en détail des options juridiques présentées dans le rapport de mapping afin de déterminer une marche à suivre.

La société civile congolaise a soutenu fermement le rapport. Le 3 septembre, une coalition de 220 organisations de défense des droits humains à travers le pays a publié un communiqué de presse saluant le rapport et réclamant que des mécanismes judiciaires appropriés soient mis en place pour que les auteurs des crimes soient tenus de rendre compte de leurs actes et pour rendre justice aux victimes. Selon les propres termes d’un défenseur des droits humains, « [le rapport] répond à notre plaidoyer fait pendant longtemps pour le rétablissement de l’équilibre moral dans la société congolaise sur la base des idéaux nobles de justice, d’équité, de paix, de fraternité et de solidarité nationale tels que définis dans la constitution du 18 février 2006, en faveur de tout Congolais et tout être humain vivant en RDC. » 

 

Pourquoi personne n’a-t-il été traduit en justice pour ces crimes s’ils étaient déjà bien connus à cette époque ?

Le manque de justice pour ces crimes a été un échec majeur des gouvernements de la région des Grands Lacs et de la communauté internationale, et a sans aucun doute contribué à la poursuite des attaques contre les civils au Congo. Les tentatives successives pour enquêter sur ces crimes ont été bloquées, et les rapports des organisations de défense des droits humains nationales et internationales faisant état de l’ampleur des crimes ont été ignorés. La culpabilité pour ne pas être intervenu afin de stopper le génocide au Rwanda en 1994 a conduit de nombreux gouvernements à fermer les yeux sur les crimes effroyables commis par les forces rwandaises au Congo et, par extension, sur les crimes commis par d’autres forces armées sur le territoire congolais. Les populations civiles ont payé le prix fort pour cette politique désastreuse.

Le gouvernement congolais a tenté de chercher recours auprès de la Cour internationale de justice (CIJ) pour crimes d’agression et violations majeures du droit humanitaire international par le Rwanda, l’Ouganda et le Burundi au cours de la deuxième guerre du Congo, de 1998 à 2003. La CIJ a rendu un jugement en décembre 2005, qui concluait que les forces armées ougandaises avaient perpétré des violations généralisées des droits humains au Congo entre 1998 et 2003 et avaient violé le principe de non-recours à la force dans les relations internationales et le principe de non-intervention. La Cour a ordonné à l’Ouganda de payer des réparations pour un montant d’environ 6 milliards de dollars au Congo. Aucune somme n’a encore été versée.

Le même tribunal a déclaré qu’il ne pouvait pas juger dans une affaire similaire intentée par le gouvernement congolais contre le Rwanda, étant donné que le Rwanda ne reconnaît pas la CIJ et qu’il n’est pas un État partie aux conventions de l’ONU contre la torture et à d’autres instruments relatifs aux droits humains. En particulier, le Rwanda s’est référé à sa réserve concernant l’Article IX de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide[5]. La CIJ peut seulement accepter une affaire si elle a le consentement des deux parties. Le Rwanda n’a pas donné son consentement, se mettant ainsi à l’abri de ce qui aurait probablement été un résultat similaire aux conclusions de la Cour sur l’Ouganda.

En 2003, lors de l’Assemblée générale de l’ONU, le Président Joseph Kabila a demandé qu’une cour pénale internationale pour le Congo enquête sur les crimes et exige des comptes à leurs auteurs. Son appel  a trouvé écho auprès des groupes de la société civile congolaise. Ces appels ont été ignorés.  

La Cour pénale internationale (CPI) peut-elle juger les crimes décrits dans le rapport de mapping ?
La CPI a été créée pour juger les cas de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre qui ont eu lieu à partir de juillet 2002, quand le Statut de Rome, qui a créé la Cour, est entré en vigueur. Nombre des événements décrits dans le rapport de mapping sont survenus avant cette date. Toutefois, certains des crimes commis dans la seconde moitié de 2002 et en 2003, tels que ceux commis dans le district de l’Ituri, relèvent du mandat de la CPI. En avril 2004, le gouvernement congolais a référé la situation au Congo à la CPI. Le Bureau du Procureur a déterminé, deux mois plus tard, qu’il avait compétence pour les crimes commis au Congo après le 1er juillet 2002, et des enquêtes sont en cours depuis lors. Trois dirigeants de groupes armés congolais ont été arrêtés à la suite d’inculpations prononcées par la CPI et sont en cours de jugement à La Haye. Le procureur de la CPI mène également d’autres enquêtes dans les provinces du Kivu dans l’est du Congo sur les crimes commis depuis juillet 2002.

Le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) peut-il enquêter sur ces crimes ?

Le mandat du TPIR est de juger les crimes de génocide et autres violations graves du droit humanitaire international commises au Rwanda en 1994. Il peut aussi juger les crimes commis par des Rwandais dans des États voisins durant la même période, mais la plupart des crimes commis par les forces rwandaises documentés dans le rapport de mapping de l’ONU ont eu lieu après 1994 et donc ne relèvent pas du mandat du tribunal. Permettre au tribunal de se charger de ces cas exigerait de modifier son mandat. De plus, le tribunal doit avoir terminé ses procès d’ici la fin 2011 en première instance et il ne prend pas de nouvelles affaires. Il semble peu probable qu’il y ait suffisamment d’intérêt au niveau international pour élargir le mandat du tribunal et pour le faire fonctionner au-delà de sa date actuelle d’achèvement.

Dans ce cas, quel tribunal devrait juger ces crimes ?

C’est là une des questions clés auxquelles le rapport de mapping de l’ONU cherche à répondre, et il présente plusieurs options. L’équipe de mapping a constaté que le système judiciaire congolais manque de capacité à court – ou moyen- terme pour poursuivre les crimes qu’elle a documentés, en dépit des réformes judiciaires récentes initiées par le gouvernement avec le soutien de bailleurs de fonds internationaux. Parmi les options qu’il expose, le rapport exprime une forte préférence pour la création d’un modèle hybride : une chambre judiciaire mixte intégrée dans le système judiciaire congolais avec des juges et autres personnels congolais et internationaux pour rendre justice aux victimes. Ce modèle suit des recommandations similaires de la part de nombreux rapporteurs spéciaux de l’ONU et organisations de la société civile congolaise. Human Rights Watch soutient également ce modèle.

La « chambre mixte » proposée serait en grande partie calquée sur le modèle de la Chambre pour les crimes de guerre en Bosnie mise en place début 2005 au sein de la Cour d’État de Bosnie.[6] Il s’agirait d’une institution nationale intégrée dans le système judiciaire congolais et appliquant les lois et procédures congolaises, mais disposant de ses propres magistrats, de son propre parquet (pour les enquêtes et poursuites), de son propre greffe, ainsi que ses propres bureaux pour la défense et les victimes. Elle jugerait exclusivement les crimes de guerre passés et présents, les crimes contre l’humanité et les actes de génocide, et inclurait temporairement du personnel non congolais. Établir une « chambre mixte » au sein même du système judiciaire national serait conforme au principe selon lequel c’est aux États qu’il incombe au premier chef de réprimer les violations graves des droits humains perpétrées sur leur territoire. Créée par les autorités congolaises et intégrée dans le système judiciaire national, la « chambre mixte » serait la propriété du Congo. Elle pourrait également profiter au système judiciaire congolais à plus longue échéance grâce à un renforcement des capacités et s’inscrirait donc dans la droite ligne des efforts internationaux actuels visant à renforcer l’État de droit au Congo. La mise en place d’une chambre mixte au sein du système judiciaire congolais avec le soutien d’experts judiciaires internationaux pourrait procurer au système judiciaire national l’élan dont il a besoin pour s’attaquer à l’impunité endémique dont bénéficient les auteurs des crimes les plus graves.

De plus, étant donné le contexte politique tendu entourant les crimes documentés dans le rapport de mapping de l’ONU, la présence de personnel international dans la « chambre mixte » confèrerait la crédibilité et la légitimité nécessaires à ses enquêtes sur les crimes dont les auteurs présumés seraient des ressortissants étrangers.

Quelles sont les suites à donner à la publication de ce rapport ?

Les crimes graves documentés dans le rapport de mapping ne peuvent plus être ignorés. Le rapport exige une réponse sérieuse de la part de l’ONU et de ses États membres, notamment du gouvernement congolais et d’autres gouvernements africains dont les forces armées ont participé aux atrocités. Jusqu’à maintenant, pareille réponse a fait cruellement défaut.

Le Conseil de sécurité de l’ONU, en tant que principal organisme de l’ONU responsable pour les menaces à la sécurité et à la paix internationales, devrait débattre officiellement du rapport et insister pour que tous les pays dont des ressortissants ont participé aux crimes apportent leur aide aux efforts pour rendre la justice. Le gouvernement congolais devrait rapidement donner suite à sa proposition d’organiser une réunion avec des experts et des bailleurs de fonds compétents au Congo pour envisager les options en matière judiciaire et non-judiciaire exposées par le rapport et décider de la marche à suivre. 

Le personnel de Human Rights Watch a-t-il participé à l’exercice de mapping ?

Non. Le projet de mapping et la rédaction du rapport ont été réalisés exclusivement par le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. L’équipe de l’ONU a consulté de nombreuses organisations non gouvernementales nationales et internationales, dont Human Rights Watch, et s’est référé à leurs publications relatives aux événements en question. Celles-ci comprenaient des rapports publiés par Human Rights Watch, dont certains sont cités en annexe du rapport de mapping. L’équipe de mapping a aussi eu recours à un large éventail d’autres sources et a mené elle-même des enquêtes détaillées, interrogeant 1 280 témoins. Dans de multiples cas, les propres conclusions de Human Rights Watch correspondent à celles du rapport de mapping de l’ONU.

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Mercredi 21 décembre 2011 3 21 /12 /Déc /2011 06:34

CALLIXTE MBARUSHIMANA libéréLa Haye, 20 décembre 2011 (FH) – Les juges de la chambre d’appel de la Cour pénale internationale (CPI) ont rejeté tous les recours intentés par le procureur dans l’affaire Mbarushimana.

Le procureur avait notamment fait appel de la décision de « non-lieu » et de mise en libération prise par la chambre préliminaire le 16 décembre en faveur du suspect Callixte Mbarushimana. La chambre d’appel n’a pas encore motivé sa décision, mais a estimé « irrecevable et inadmissible » certains aspects des recours déposés par le procureur.

Secrétaire exécutif des forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), une milice composée en partie d’extrémistes hutus exilés dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) après le génocide de 1994 au Rwanda, Callixte Mbarushimana était poursuivi pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis en 2009 et 2010. Dans leur décision du 16 décembre, les juges ont estimé que le procureur n’avait pas apporté les preuves de ses allégations.

« Calixte Mbarushimana est toujours dans sa cellule, avec ses bagages », a expliqué maître Arthur Vercken, qui estime que la détention de son client « est arbitraire depuis le 16 décembre ». Callixte Mbarushimana doit retourner en France où il bénéficie du statut de réfugié.

Avant de donner son feu vert, Paris attend que le comité des sanctions de l’Onu lève l’interdiction de voyager qui pèse sur lui.

Arrêté le 11 octobre 2010 à Paris, Callixte Mbarushimana avait été transféré à La Haye le 25 janvier 2011. Calixte Mbarushimana fait aussi l’objet d’une information judiciaire ouverte en décembre 2010 à Paris pour sa participation présumée dans le génocide de 1994.

SM/GF
© Agence Hirondelle

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Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 06:12

Victoire-et-sa-fille-Raissa.jpgVictoire Ingabire, une mère de famille. Ici, le jour de son départ à Kigali, avec sa fille Raïssa.

 

victoire-ingabire-flyer fdu Victoire Ingabire, candidate aux présidentielles de 2010

 

Victoire menottée Victoire Ingabire menottée. Otage de Paul Kagame, elle ne courbe pas l'échine et continue de se battre pour la liberté du peuple rwandais. Au prix fort!

 

Victoire-menottee3.jpgUn an et deux mois se sont écoulés depuis l'arrestation brutale et arbitraire de la candidate aux présidentielles de 2010. Entretemps, Ben Ali est parti en exil, Hosni Moubarak croupit en prison, Mouammar Kadhafi a été exécuté comme un vulgaire bandit et son corps traîné dans le sable du désert, loin de ses tentes luxueuses. Pendant ce temps, le rwandais Paul Kagame poursuit imperturbablement ses atrocités : assassinats des opposants et des journalistes, persécution des réfugiés rwandais, provocations diplomatiques des pays amis du Rwanda. La communauté internationale le laisse faire, jusqu'au jour où sa folie ne sera plus maîtrisable. Mais ce sera peut-être trop tard pour les peuples de la région. Les patriotes, les combattants de la liberté et les vrais amis de notre peuple ne doivent pas lâcher la pression.

Victoire Ingabire Umuhoza n'est pas une criminelle.

Sa place n'est pas en prison. Cette femme, cette mère de famille, cette militante, obsédée par la liberté, l'égalité, la paix et la concorde entre toutes les composantes de la population rwandaise, doit être immédiatement libérée, sans condition. Paul Kagame, grand prédateur des libertés, criminel contre l'humanité contre les peuples du Rwanda et de RDC, doit en répondre devant un tribunal international, à l'instar de ses amis Laurent Gbagbo et Omar el Beshir. Les préconisations du Rapport Mapping du 1er Octobre 2010 sur les crimes de masse commis en RDC entre 1993 et 2003 ne doivent pas rester lettre morte. Les rescapés de ces atrocités doivent plus que jamais se mobiliser pour amener le Conseil de Sécurité des Nations Unies à adopter rapidement la résolution créant le tribunal ad hoc chargé de poursuivre et de juger Paul Kagame et ses complices. Les pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU, en particulier les membres permanents de cette institution, doivent jouer pleinement leur rôle. Le droit international humanitaire ne peut pas faire l'objet d'une application discriminatoire à l'endroit des millions de rwandaiss et de congolais victimes de l'Armée Patriotique Rwandaises de Paul Kagame.

Ambassadeur Jean-Marie Ndagijimana

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Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 06:03

Victoire menottée Selon Monsieur KAGAME, Madame Victoire INGABIRE UMUHOZA ne saurait plus à quel saint se vouer, ses conseils seraient en train de la lâcher, a tel point qu’elle voudrait demander pardon et bénéficier de la grâce présidentielle.

Rien d’étonnant que le président KAGAME fasse de telles déclarations, car à y regarder de près, c’est plutôt lui qui en réalité est à bout de ses forces, par rapport au procès de la présidente des FDU, et ce, malgré sa capacité de nuire : faire disparaître les gens, les tuer, les empoisonner, les torturer, les harceler de la façon la plus abjecte. Toute personne qui a suivi son speech au cours de cette conférence de presse à Kampala, quand il parlait de Madame Victoire INGABIRE, a vite compris que Monsieur KAGAME  ne faisait que relayer ce qu’on qualifierait de « amakuru y’ibyifuzo » - « wish news » - « nouvelles fiction » ! Abattu par la façon dont cette combattante pour la démocratie, cette mère courage qui se défend de façon  méthodique et  intelligemment argumentée, il n’était sans doute jamais arrivé au président KAGAME de penser que quand Madame INGABIRE Victoire allait s’exprimer devant la cour, elle serait la porte parole des millions de sans voix rwandais que le pouvoir du FPR a rendu muets.
Fidèle à sa ligne argumentaire dépourvu de toute distinction, Monsieur KAGAME a rembarré, jouant au procureur, lorsqu’un journaliste lui a posé une question sur ce procès. Il aurait pu répondre diplomatiquement en insistant sur le fait que le pouvoir judiciaire est indépendant des pouvoirs exécutif et législatif, que lui aussi attend le prononcé de l’arrêt, que dès lors il ne pouvait se prononcer là-dessus. Mais au lieu de cela,  il s’est perdu dans des explications peu claires, tel un témoin à charge qui a mal appris sa leçon de la part des fabricants de fausses preuves. Ceci rappelle justement le fameux couac à propos des heures où les emails que soi-disant Madame INGABIRE Victoire aurait envoyés à certains témoins formés par le DMI et les bureaux du procureur MUKURARINDA Alain pour la charger. Il s’est avéré que les réponses ont été reçues aux heures antérieures à celles où les courriels auxquels elles étaient supposées faire suite ont été envoyés ! Puis à la partie adverse de tenter d’expliquer  que ces heures différées affichées par les ordinateurs sont la conséquence des décalages horaires, selon les pays où l’expéditeur et le destinataire se trouvaient ! Plus comédien de mauvais goût que le système judiciaire rwandais, allez savoir…

Même si l’indépendance du pouvoir judiciaire ne peut être nulle part un acquis total, pour la simple raison que les juges prononcent les arrêts sur base des lois et de la constitution de chaque pays, lorsque ce ne sont pas eux-mêmes qui les font ; tout de même cet acharnement qui pousse le pouvoir de Kigali à se ridiculiser à ce point démontre qu’il n’y a pratiquement pas de preuves sérieuses confirmant ce dont on accuse la présidente des FDU. Si vraiment Madame INGABIRE Victoire avait suivi la mode actuellement en vigueur au Rwanda de demander pardon à Monsieur KAGAME quand on est prisonnier, afin d’être libéré, le monde entier aurait déjà pu lire cette lettre de demande de pardon. En réalité ce que Monsieur KAGAME  a dit dans cette conférence de presse à Kampala, c’est une expression de son souhait. Le fait d’avoir chargé cette combattante de la démocratie avec tant de véhémence, devant toute cette assemblée, allant jusqu’à affirmer que l’avocat de Madame INGABIRE est en train de la lâcher, c’est une manipulation très calculée où se mêle une pression terrorisante, en espérant jouer sur la vulnérabilité mais surtout l’isolement dans laquelle on l’a confinée. Et pourquoi ne pas espérer ainsi la mettre en conflit avec son conseil Maître EDWARDS !

Cette tactique de Monsieur KAGAME  a parfois porté ses fruits. C’est ainsi qu’en avril 2006 il a dit aux journalistes de l’agence Hirondelle à propos de Monsieur Pasteur BIZIMUNGU qui moisissait dans la prison 1930 de Kigali : « je pourrais considérer toute demande de pardon en faveur de l’ancien président BIZIMUNGU. Mais comment puis-je pardonner quelqu’un qui ne l’a pas demandé » ? – a-t-il insisté, s’adressant à un journalise. Quelque temps après, cet ex-farouche ténor du FPR a dû s’incliner car son successeur était en train de le faire mourir à petit feu dans cette geôle. Ceux qui ont pu écouter le résumé du déroulement du procès de Madame INGABIRE par le journaliste de la BBC GAHUZAMIRYANGO hier mardi le 13 décembre 2011 ont très bien compris qu’elle n’a aucune intention de demander pardon ! Aussi a-t-elle insisté auprès de ceux qui en ont la compétence au sein de son parti pour qu’ils fassent un démenti clair et net à ce sujet.  Désormais c’est chose faite.

 

Marie Madeleine BICAMUMPAKA

 

SOURCE

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Samedi 17 décembre 2011 6 17 /12 /Déc /2011 05:27

CALLIXTE MBARUSHIMANA libéréICC-CPI-20111216-PR757

Situation : République démocratique du Congo


Affaire : Le Procureur c. Callixte Mbarushimana

Ce 16 décembre 2011, la Chambre préliminaire I de la Cour pénale internationale (CPI) a décidé à la majorité (Mme Sanji M. Monageng, juge présidente, ayant une opinion dissidente) de ne pas confirmer les charges dans l’affaire Le Procureur c. Callixte Mbarushimana et d’ordonner la remise en liberté de l’intéressé, une fois prises les dispositions nécessaires.

La majorité de la Chambre, composée de Mme la juge Sylvia Steiner et de M. le juge Cuno Tarfusser, a conclu qu’il n’y avait pas suffisamment d’éléments de preuve donnant des motifs substantiels de croire que Callixte Mbarushimana pouvait être tenu pénalement responsable, au sens de l’article 25-3-d du Statut de Rome, de huit chefs de crimes de guerre et de cinq chefs de crimes contre l’humanité portés contre lui par le Procureur.

Cette décision n’empêche pas le Procureur de demander ultérieurement la confirmation des charges à l’encontre de Callixte Mbarushimana si cette demande est étayée par des éléments de preuve supplémentaires. L’Accusation, tout comme la Défense, pourrait également interjeter appel de la décision refusant la confirmation des charges et ordonnant la remise en liberté de l’intéressé.

Conclusions factuelles

Ayant examiné les éléments de preuve qui lui ont été présentés, la Chambre a conclu qu’il existait des motifs substantiels de croire qu’entre le 20 janvier 2009, au moins, et le 31 décembre 2009, un conflit armé ne présentant pas un caractère international a eu lieu dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), entre d’une part les forces armées du Gouvernement de la RDC, appuyées à certaines occasions par les forces armées rwandaises (RDF) ou les forces de la Mission de l’Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo, et d’autre part au moins un groupe armé organisé, les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda - Forces combattantes Abacunguzi (FDLR).

La Chambre a conclu qu’il existait des motifs substantiels de croire que les troupes des FDLR avaient commis plusieurs crimes de guerre à différents endroits et à différents moments, en particulier à Busurungi et dans les villages voisins en mars 2009 (meurtres) ainsi qu’entre le 9 et le 12 mai 2009 ou vers ces dates (attaques de civils, meurtres, mutilations, viols, traitements cruels, destructions de biens et actes de pillage), à Manje le 20 juillet 2009 ou vers cette date (attaques de civils, meurtres, traitements cruels et destructions de biens), à Malembe du 11 au 16 août 2009 ou vers cette date (attaques de civils et destructions de biens), et à Mianga le 12 avril 2009 ou vers cette date (attaques de civils, meurtres et destructions de biens).

Bien que la Chambre ait conclu qu’il existait des motifs substantiels de croire que des actes constituant des crimes de guerre aient été perpétrés dans cinq des vingt-cinq incidents recensés par le Procureur, la majorité des juges a conclu que les éléments de preuve ne suffisaient pas pour qu’elle soit convaincue de l’existence de motifs substantiels de croire que ces actes s’inscrivaient dans le cadre d’un comportement équivalent à « une attaque dirigée contre la population civile » menée en application ou dans la poursuite de la politique d’une organisation ayant pour but une telle attaque, au sens de l’article 7 du Statut de Rome définissant les crimes contre l’humanité. Par conséquent, la majorité de la Chambre a conclu qu’il n’existait pas de motifs substantiels de croire que des crimes contre l’humanité ont été commis par les troupes des FDLR.

La majorité de la Chambre (la juge présidente ayant une opinion dissidente) a également conclu que Callixte Mbarushimana n’avait pas contribué à la commission des crimes allégués, et encore moins de façon « significative ».

Contexte

La RDC a ratifié le Statut de Rome, instrument fondateur de la CPI, le 11 avril 2002. Le 3 mars 2004, le Gouvernement de la RDC a déféré à la Cour la situation (c’est-à-dire les événements relevant de la compétence de la Cour) sur son territoire depuis l’entrée en vigueur du Statut de Rome, le 1er juillet 2002. Après un examen préliminaire, le Procureur a ouvert une enquête le 21 juin 2004.

Le 28 septembre 2010, la Chambre préliminaire I a décidé de délivrer sous scellés un mandat d’arrêt à l’encontre de Callixte Mbarushimana. Les scellés ont été levés le 11 octobre 2010. Le 25 janvier 2011, les autorités françaises ont remis l’intéressé à la CPI. Il a alors été transféré au quartier pénitentiaire de la Cour à La Haye. Dans le document de notification des charges, le Procureur a énoncé à l’encontre de Callixte Mbarushimana cinq chefs d’accusation de crimes contre l’humanité (meurtre, actes inhumains, viol, torture et persécution) et huit chefs de crimes de guerre (attaque de civils, meurtre, mutilation, traitement cruel, viol, torture, destruction de biens et pillage). L’audience de confirmation des charges s’est tenue du 16 au 21 septembre 2011.

Outre Callixte Mbarushimana, trois personnes ont été remises à la Cour dans le cadre de la situation en RDC : Thomas Lubanga Dyilo, Germain Katanga et Mathieu Ngudjolo Chui. Un mandat d’arrêt a également été délivré à l’encontre d’une quatrième personne, Bosco Ntaganda, mais n’a toujours pas été exécuté.

Les enquêtes se poursuivent concernant la situation en RDC.

Par FRANCE-RWANDA TRIBUNE - Publié dans : DH-Justice - Communauté : Afrique des Grands Lacs
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