Kagame furieux et ému au point d'en perdre la salive !
Principale déclaration : "Ces mêmes personnes-là qui sont impliquées dans le génocide (entendez les Français) ne peuvent pas nous juger".
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Kagame furieux et ému au point d'en perdre la salive !
Principale déclaration : "Ces mêmes personnes-là qui sont impliquées dans le génocide (entendez les Français) ne peuvent pas nous juger".
Arusha, 19 janvier 2012 (FH) - Le rapport d’expertise réalisé dans le cadre de l’instruction ouverte en France sur la « destruction en vol du Falcon 50 » de Juvénal Habyarimana détermine le lieu probable du tir et confirme la nature des missiles employés le 6 avril 1994. En revanche, cette expertise confidentielle de 328 pages, dont l’agence Hirondelle a obtenu une copie, n’identifie pas les auteurs du crime.
Ouverte le 27 mars 1998 à la suite d'une plainte déposée par la famille du pilote français du Falcon 50, l'enquête a abouti, en novembre 2006, à l’émission de neuf mandats d’arrêt contre des proches du président Paul Kagame.
Dès la présentation du rapport aux parties, le 10 janvier, les autorités rwandaises en ont interprété les conclusions comme exonérant le FPR de toute responsabilité dans l’attentat, et plusieurs médias ont conclu à la culpabilité des extrémistes hutus.
Déroulement de l’expertise: Avant de se rendre au Rwanda du 12 au 17 septembre 2010 pour, notamment, examiner les lieux de tir possibles, les experts ont étudié les pièces de la procédure.
Au nombre de ces pièces se trouve une lettre du pilote décédé du Falcon 50, Jean-Pierre Minaberry, qui exprime ses craintes après avoir appris que le FPR était entré en possession de missiles SA7.Un ancien lieutenant des FAR, russophone, dit pour sa part avoir eu entre les mains les tubes lance-missiles (soviétiques) et donne leurs numéros de série.
Les témoignages de plusieurs transfuges du FPR, recueillis en 2003 et 2004, attribuent l’attentat au FPR (certains témoins se sont cependant récusés par la suite). Un rapport établi par une commission d’enquête officielle rwandaise, diffusé en 2009, incrimine en revanche les FAR.
Après lecture des pièces, les experts retiennent six zones de tir potentielles. Trois de ces zones sont dans le secteur du camp militaire de Kanombe, qui abritait notamment le bataillon parachutiste et jouxtait la villa de Juvénal Habyarimana. La quatrième zone, dite « la porcherie », est également proche de la résidence présidentielle. Deux zones se situent dans la plaine de Masaka alors également située en territoire contrôlé par les FAR. La thèse du juge Bruguière est que des éléments du FPR auraient réussi à s’y infiltrer depuis leur cantonnement officiel pour abattre l’avion.
Lors de leur déplacement au Rwanda, les experts entendent douze témoins et effectuent, dans les six zones retenues, les relevés géométriques, topographiques, acoustiques, nécessaires pour tester leurs différentes hypothèses. L’expertise aboutit aux conclusions suivantes :
Détermination de l’arme utilisée : partant de 53 possibilités, l’expertise procède par élimination. Certaines armes sont écartées en raison de la date de leur mise en service, d’autres parce qu’elles ne correspondent pas au type d’impact relevé sur les débris de l’avion, ou bien qu’elles ne peuvent être utilisées de nuit.
Seul le missile sol-air de fabrication soviétiqueSA16 est finalement retenu. Les experts précisent qu’il y avait deux tireurs, éloignés d’une vingtaine de mètres, chacun ayant tiré un missile.
Ils ajoutent que "leur prise de position n'a pas été influencée par la découverte, dans la zone de Masaka, de deux tubes de lancement de missiles SA16", se référant implicitement au témoignage livré en 1999 - et de fait validé - de l'officier russophone des FAR.
Ils rappellent enfin que « la mise en œuvre de ce matériel sol-air nécessite une préparation et un entraînement sérieux. Ce n’est pas un « amateur » ou un néophyte qui peut utiliser correctement ces missiles. Comme nous l’avons précédemment indiqué, 70 tirs d’entraînement, soit 50 à 60 heures, sont nécessaires pour une bonne compréhension du système d’arme afin de devenir un tireur opérationnel.»
Détermination de la zone de tir la plus probable : les experts estiment que les positions de tirs de Masaka sont idéales : « C’est à partir de ces deux positions que la probabilité d’atteinte est la plus élevée de toutes les positions de tirs étudiées », relèvent-ils.
Les positions de Kanombe sont moins bonnes :« La probabilité d’atteinte de l’avion est moins élevée que celle des configurations de tirs Masaka. Elle était suffisante pour que, sur les deux missiles tirés, l’un d‘eux puisse toucher l’avion ».
Cependant, Masaka est finalement écarté: un tir depuis ce lieu aurait percé le réacteur gauche, et n’aurait pas percuté le dessous de l’aile, notent les experts. Surtout, le tir n’aurait pas été entendu de la façon décrite par les témoins de référence du dossier, à savoir un couple belge et leurs invités, qui dinaient ce soir- là dans leur maison située à l’intérieur du camp militaire de Kanombe.
Le rapport conclut : « Le faisceau de points de cohérence qui se dégage des études que nous avons conduites nous permet de privilégier comme zone de tir la plus probable, le site de Kanombe (…) Le fait que nous privilégiions ces deux positions ne signifie pas que les missiles n’ont pas pu être techniquement mis en oeuvre dans un périmètre un peu plus étendu. Nous considérons qu’une zone étendue vers l’Est et le Sud, de l’ordre d’une centaine de mètres voire plus, sous réserve d’avoir un terrain dégagé vers l’axe d’approche de l’avion, peut être prise en compte ».
Cette marge d'appréciation est importante puisqu'elle permet d'envisager que les tireurs aient été postés à l'extérieur de l'enceinte du camp militaire de Kanombe.
Les cinq experts commis devaient remettre leur copie en mars 2011. Après plusieurs reports et l’ajout d’un acousticien, la version finale a été livrée aux magistrats le 5 janvier 2012. Les parties sont trois mois pour remettre leurs observations. Les sept inculpés restent pour le moment mis en examen.
GF/ER/JC
© Agence Hirondelle
20. jan 2012
Dans une interview accordée à l’Hebdomadaire belge « Le Vif
l’Express », Johan Swinnen, l’ancien Ambassadeur de la Belgique au Rwanda de 1990 à 1994, a livré son analyse sur le Rwanda, en marge de la publication du rapport d’expertise commandité
par les juges français Trevidic et Poux et à l’aube du 50ème anniversaire de l’indépendance du Rwanda.
Interrogé sur le « rapport Trevidic », l’ancien Ambassadeur a déclaré ne connaitre de ce rapport que les extraits qui ont fait l’objet de fuites dans la presse sur ce qui n’est « qu’un rapport intermédiaire » et a estimé qu’il était « inacceptable » d’« extrapoler comme le font certains en désignant déjà les tireurs ».
Invité ensuite à livrer son intime conviction sur l’auteur de cet attentat, il hésite « Je n’ose me prononcer là-dessus. Les extrémistes Hutu, peut-être. Mais je n’exclus pas un scénario machiavélique du FPR qui aurait considéré les Tutsi du Rwanda comme quantité négligeable. Voulait-il s’emparer de tout le pouvoir ? Comme il était minoritaire, il ne voulait pas entendre parler d’élections, pourtant inscrites dans les accords d’Arusha de 1993. » Avant d’ajouter « mon intime conviction est que nous devons avoir le courage de poser les questions et y répondre ».
Pour lui, la meilleure méthode afin d’avancer « serait une enquête objective et internationalement mandatée » et il considère que « Le problème aujourd’hui, c’est que le débat est tronqué. Quiconque émet une nuance, ou formule une question, se fait vite taxer de révisionniste et négationniste. » Avant d’exprimer son ras le bol de la situation « J’en ai assez de ces antagonismes plus idéologiques que factuels, entre experts, politiques, diplomates, rwandais ou européens. »
Sur la question de la planification du génocide, Johan Swinnen s’interroge, « y’avait-il un plan pour exterminer les Tutsi ? Je ne l’exclus pas, mais honnêtement, je n’ai pas connaissance d’un plan général orchestré jusque dans les moindres détails pour associer en masse les Hutu contre les Tutsi et les Hutu modérés. Même si on doit me taxer de révisionniste… »
Il explique alors ce qui pour lui a provoqué des massacres d’une telle ampleur, « La tension était à son comble. Les rebelles du FPR avaient provoqué le déplacement de plus d’un million de personnes, qui vivaient dans des conditions innommables. Ils sont tous tombés dans le piège de la radicalisation et de l’extrémisme. La haine était partagée entre Hutu et Tutsi !Je suis le seul diplomate à m’être rendu à Mulindi pour dire à Kagame qu’il devait également faire taire sa radio Muhabura, si je voulais avoir des chances de succès dans mes démarches à l’égard de la RTLM. Muhabura était aussi une radio de la mort. »
Durant l’interview, l’ancien Ambassadeur a également répondu à des questions sur le rôle de la MINUAR, les raisons du retrait des belges du Rwanda, les relations entre les bailleurs de fonds et le Rwanda pour lequel il considère malgré des aspects à apprécier à leur juste valeur, qu’« Il y’a une dérive autoritaire. »
L’intégralité de l’entretien est disponible dans le Vif l’Express 20 au 26 janvier 2012.
Ruhumuza Mbonyumutwa
Investigative Desk
UNHCR refused to give us food so that hunger would force us back home. We left all the stores full of food when we ran away to the forest. When will you stop betraying Rwandans?” says a Rwandan refugee living in Cape Town (South Africa), in a plea that has become synonymous with thousands of Rwandan refugees.
Even as this refugee speaks, he sounds terrified, according to UK-based campaign group FAHAMU, which has documented dozens of testimonies of Rwandan refugees in different countries who are unusually suspicious of the UN refugee agency. Many do not even want their names to be published.
Unlike those who prefer anonymity to speak freely, Joseph Twahirwa who works with Geo Pollution Technologies – also in Cape Town, is not scared to speak his mind. He claims to have fled Rwanda in 2002 after a lengthy imprisonment without trial. UNHCR supports operations that force Rwandan refugees to return, says Twahirwa.
“I am witness to that. I saw such cases with my own eyes,” he claims. His other story side of the story is that he has been threatened by people from Rwanda because he is a defence witness at the International Criminal Tribunal for Rwanda. The problem, however, is that with all his troubles, the UNHCR wants him and tens of thousands of Rwanda refugees to return to their country.
Go home, you are safe!
As of December 31, there are an estimated 110,000 Rwandan refugees and asylum seekers – 65,000 of these in this
region alone. Some 10,000 are in Southern African nations, while more than 1,000 have been living in Western African – mainly Senegal. The disturbing number however is the 9,320 seeking asylum –
is several African countries.
In 2009, the agency launched a programme to strip-of all Rwandan refugees such status. The argument is that Rwanda no longer has the problems they ran away from in the first place. Since then,
events have moved so fast as the agency agreed with many of the governments hosting Rwandan nationals, to have them repatriated.
Around mid last year, the UNHCR announced it would evoke the cessation clause of the UN convention on refugees; essentially ending the advocacy role it has been playing for Rwandan refugees. The implementation was set for December 31 until June 2012, in a move that provoked a barrage of criticism for the UN agency. Some quarters even accused the agency of siding with Kigali instead of the people it was established to protect.
A campaign was launched in Europe by opposition groups as the date approached. Groups like FAHAMU and Human Rights Watch collected some 15,000 signatures which were submitted to the agency in protest. Media campaigns were ferocious. Demonstrations in European capitals became the norm.
U-turn amid pressure
On December 09, after a closed-door meeting with 21 African governments in Geneva, UNHCR moved the dates to June 2013. The cessation clause scope also became clearer; it would only target refugees who left Rwanda between 1959 and 1998. The explanation: these people ran away from ethnic and political persecution; 1994 genocide and the insurgency that followed.
In a policy statement released on December 31, UNHCR said these refugees shared the “character of group or large-scale population forced movements as a result of armed conflict” and several other factors. The agency wants them home because the post genocide era has witnessed different changes.
“While various concerns continue to be raised by different actors, such as restricted space for political opposition in the country,” says UNHCR, the many “positive developments are noteworthy”.
Rwanda had wanted the period covered to be up to 2006 – because hundreds others left the country escaping in what the authorities here said are the Gacaca courts. The shift with the new UNHCR position is that it now acknowledges that some people have legitimate concerns.
“Rwandan asylum-seekers should continue to have their claims adjudicated and determined in a fair and just manner,” says the agency in the December 31 policy shift statement.
UNHCR Kampala office
As the tempers cool down with the extension of the cessation clause implementation, one office among UNHCR’s bureaus spread across the globe attracts bitter resentment. Following the death of journalist Charles Ingabire on December 01, the Kampala office (Uganda) came under spotlight.
Ingabire reportedly fled from Rwanda in 2007. In 2010, he apparently - with help from refugee rights groups in Kampala, submitted a request for protection, as his life was purportedly in danger, only to be turned away. He is not alone.
Asylum seekers, mainly journalists who have fled through Kampala narrate disturbing ordeals. “Ask anybody who has ever gone to UNHCR in Kampala, Nairobi and Dar-es-Salaam, they will tell you that as soon as you leave the office, somebody will follow you,” says one exiled journalist. Some prefer to keep quiet than have their names published.
Others claim they have been harassed even at UNHCR offices in Europe. For example, journalist McDowell Kalisa claims he was haunted and still remains in a state of fear of staff at the UNHCR office in Sweden.
Hundreds of Rwandan refugees in Uganda say the agency has declined to provie them with documents that would guarantee them the possibility of resettlement in Uganda, or even relocation. Uganda and Tanzania have for their part forced the refugees out – sometimes at gun point. By July 2010, 3,320 Rwandans in Uganda had filed for asylum, and 98 percent of the applications were denied, according to Marissa Elizabeth Cwik, who has published a major study on Rwandans in Uganda, released May 2011. Rwanda welcomes.
The Chronicles sent three different email addresses of senior staff in the Kampala office but there has been no response since December. After about two weeks of waiting, we sent other emails to several officials at UNHCR’s HQ in Geneva, including the agency’s spokesperson, Mellisa Fleming, but there was no response by press time.
Back in Kigali, the scope of the cessation clause was received with disappointment as government had lobbied hard to have it cover at least up to 2006 or 2002. All in all, the announcement that the implementation would begin was well received.
"This stamp of approval from the UNHCR lights the path homeward for the estimated 100,000 remaining Rwandan refugees," said Foreign Affairs Minister and government spokerperson, Louise Mushikiwabo, in a statement January 03.
"We urge them to take their rightful place in Rwanda's journey of reconciliation, national renewal and socioeconomic development."
Disaster Preparedness and Refugee affairs minister Gen. Marcel Gatsinzi, who has made endless tours of refugee camps convincing Rwandan refugees to come home, was all smiles at a news conference the same day.
"We will do all we can to ensure that they can make their choice based on accurate information, free of fear and in the knowledge that they will be welcomed and supported when they return home," Gatsinzi said.
Don’t force, give them time
Under the new repatriation program, host countries will have the leeway to decide who to accept in their territory as refugees – which could bring situations like those of Uganda and Tanzania. In others, UNHCR is telling governments to choose what to do with these refugees.
In some countries in Southern Africa, governments there have not responded to Rwanda’s calls to have its citizens come home, in part because many have lost all connection to Rwanda. They have businesses while their children have grown up there.
Experts say decreased access to refugees limits UNHCR's ability to educate refugees about their rights, ensuring that the decision to return is voluntary. Because of the many asylum requests that were rejected, Marissa Elizabeth Cwik’s study says this indicates that Uganda is not adequately considering individual cases.
Uganda is said to consider mandated repatriation where in some cases, refugees are bundled into trucks and sent back home. “Forcing involuntary returns increases the chances that such refugees will flee again, causing additional instability in regions that have recently begun recovering from conflict,” said Elizabeth Cwik.
Source: http://the-chronicles.net/index.php/news/365-forced-out-and-then-back.html
Vendredi 13/01/2012
Cette « vérité » semble cependant avoir un fort goût de vérité de circonstance , pour ne pas dire diplomatique, elle oublie un peu vite des éléments qui sont autant d'éléments qui accusent le Président Kagamé.
Le camp qui avait tout à craindre d'élections démocratiques -un homme, une voix - n'était pas celui des Hutus, mais celui des Tutsi, ethniquement minoritaire. Kagamé voulait prendre le pouvoir ; une seule solution : la force, il l'a lui même répété à plusieurs reprises.
Les écoutes ont prouvé que les « tireurs » des missiles ont rendu compte immédiatement après le crash de l'avion à des éléments du FPR, indiquant que leur mission était accomplie.
Jacques Myard rappelle qu'il a été membre de la mission d'information parlementaire qui a enquêté pendant 6 mois, en 1998, sur le génocide rwandais.
Mercredi 18 Janvier
2012
1) Le Rapport parlementaire français date de 1998. Or, depuis, les connaissances que nous avons de la question ont considérablement progressé. C’est ainsi que devant les quatre Chambres du TPIR, des centaines de témoins ont parlé, des milliers de documents ont été présentés, de nombreux experts de toutes disciplines ont déposé des rapports. L’histoire a donc avancé. Vous semblez l’ignorer et c’est pourquoi votre analyse des évènements est obsolète.
Expert dans les principaux procès qui se sont tenus devant le TPIR[1], et étant intervenu en fin de chaque procédure, j’ai très exactement eu à faire le bilan de ces avancées historiographiques. Pour être clair, disons que je fus à plusieurs reprises assermenté par le TPIR, à la demande de la Défense, pour montrer au Tribunal en quoi les avancées scientifiques résultant d’années de procédure contredisaient l’acte d’accusation dressé dans les années 1995-1997, et le rendaient par conséquent obsolète.
Assermenté dans les deux principaux procès des responsables militaires (Militaires I et Militaires II TPIR-98-41-T et TPIR- 2000-56-T), j’ai tout particulièrement travaillé sur la question du « timing » de l’offensive du FPR.
Cette question est en effet fondamentale car, depuis 1994, le FPR soutient qu’il l’a lancée plusieurs jours après l’attentat pour se porter au secours des populations massacrées.
Or, non seulement cette thèse n’a pas prospéré devant le TPIR, mais il a même été établi et cela sans le moindre doute, que cette offensive - qui avait été programmée puisque les forces et les moyens avaient été prépositionnés -, a suivi l’attentat et qu’elle débuta dès la nuit du 6 au 7 avril 1994. Nous avons le nom des chefs de colonnes, leur lieu de concentration dans le nord du Rwanda, leur effectif, leur ordre de marche et le minutage précis de leur progression. Les premiers combats ont commencé à Kigali le 7 avril très précisément entre 5 et 6 heures du matin[2].
Il est insolite de constater que vous semblez l’ignorer ; mais il est vrai que votre association n’a pas eu, comme moi, accès à l’ensemble des travaux du TPIR.
2) Contrairement à ce que vous écrivez, les experts n’ont pas déterminé avec une précision « qui n’est pas contestée » le lieu du tir des deux missiles lequel est d’ailleurs en contradiction avec les témoignages des acteurs de l’attentat. Mais, ce sera au juge de les confronter.
Dans l’immédiat, je vous livre quelques informations qui ont leur importance au sujet de l’expertise acoustique puisque c’est elle qui l’a emporté sur les hésitations des autres experts :
- L’expert acoustique ne s’est pas rendu au Rwanda et il a fait son expertise « en chambre ».
- Il n’a jamais entendu un départ de SA 16.
- Selon certaines informations « officieuses » en cours de vérification, cette expertise aurait été faite sur simulation, avec un missile d’un type voisin du SA 16 et dans un camp militaire français de la région de Vierzon. Pour mémoire, la région de Vierzon est plate alors que celle du lieu de l’attentat est un cirque de collines…, ce qui a tout de même une certaine importance dans la propagation des sons !!!
Si ces informations étaient vérifiées, nous serions donc en plein amateurisme, pour ne pas dire en pleine dérive…
3) Le camp Kanombe n’était pas comme vous l’écrivez, le « sanctuaire » de la garde présidentielle dont le cantonnement principal était situé au centre ville de Kigali, face au CND, casernement de l’APR depuis la signature des Accords d’Arusha.
J’ai bien connu le camp Kanombe quand je vivais au Rwanda. Je puis certifier qu’à cette époque - peut-être y eut-il des changements ensuite -, il n’avait rien d’une caserne de la Légion étrangère… et on y pénétrait facilement à condition de ne pas franchir l’entrée principale. A mon époque toujours, c’était un vaste espace en partie clôturé par deux rangs de barbelés souvent détendus, ouvert vers Masaka sur des friches et des taillis. J’y ai chassé la perdrix sur ses limites hautes vers la colline Masaka, et la bécassine dans le vallon séparant la colline Kanombe de celle de Masaka.
Ceci pour dire qu’effectivement,il n’est pas exclu qu’un commando FPR ait pu s’y introduire. Mais les acteurs de l’attentat parlent tous de Masaka.
Or, vous faites totalement l’impasse sur ces témoignages extrêmement détaillés qui figurent pourtant au dossier et que le juge confrontera au rapport des experts.
Afin de précéder votre question, je porte à votre connaissance, car vous semblez définitivement ignorer les travaux du TPIR, que l’un de ces témoins, Abdul Ruzibiza, a fait sous serment devant la Cour les mêmes déclarations que celles antérieurement faites au juge Bruguière et que, quelques semaines avant sa mort, il les confirma devant la justice française, revenant ainsi sur une précédente rétractation. Depuis, d’autres témoins ou acteurs se sont déclarés qui, tous, confirment l’hypothèse avancée par le juge Bruguière.
Nous sommes d’accord sur un point : l’avion présidentiel a bien été abattu par deux missiles Sam7. Or, et là encore, et vous semblez l’ignorer, la traçabilité de ces deux missiles a été établie. Grâce à la coopération judiciaire de la Russie nous savons en effet que ces deux missiles portables SAM 16 dont les numéros de série étaient respectivement 04-87-04814 et 04-87-04835 faisaient partie d’un lot de 40 missiles SA 16 IGLA livrés à l’armée ougandaise quelques années auparavant. Or, vous n’êtes pas sans savoir que Paul Kagamé et ses principaux adjoints furent officiers supérieurs dans l’armée ougandaise avant la guerre civile rwandaise et que, de 1990 à 1994, l’Ouganda fut la base arrière mais aussi l’arsenal de l’APR. Sur ce point également, les travaux du TPIR permettent des certitudes.
De plus, comme cela a été établi, une fois encore devant le TPIR, l’armée rwandaise ne disposait pas de tels missiles.
Le FPR a tenté de faire croire qu’en 1991, quand il était chef d’état-major des FAR, le colonel Serubuga en aurait commandé à l’Egypte. Cet argument a été balayé de la manière la plus formelle par le TPIR qui a admis qu’il s’agissait d’un faux, ou plus exactement d’une tentative de manipulation à partir d’une facture pro forma (je donne la photocopie du document dans mon livre page 297) que l’on avait tenté de faire passer pour une facture authentique. Cette curieuse méthode attira d’ailleurs une réponse cinglante du président de la Chambre que je cite pages 261-264 de mon livre.
Voilà, cher Monsieur, quelques éléments de réponse qui, j’en suis sûr, n’entameront pas vos certitudes militantes.
Que peuvent en effet les preuves face à une croyance quasi religieuses puisque vous êtes persuadé d’être le Bien contre le Mal ? L’historien dont la position a évolué au fur et à mesure du dossier a, quant à lui, toujours à l’esprit cette phrase de Beaumarchais que je vous invite à méditer : « Je ne blâme ni ne loue, je raconte ».
Bernard Lugan
14/01/12
[1] Expert assermenté dans les affaires Emmanuel Ndindabahizi (TPIR-2001-71-T), Théoneste Bagosora (TPIR-98-41-T), Tharcisse Renzaho (TPIR-97-31-I), Protais Zigiranyirazo. (TPIR-2001-73-T), Innocent Sagahutu (TPIR-2000-56-T), Augustin Bizimungu (TPIR- 2000-56-T). Commissionné dans les affaires Edouard Karemera (TPIR-98-44 I) et J.C Bicamumpaka. (TPIR-99-50-T). La synthèse de ces rapports et des travaux du TPIR a été faite dans Bernard Lugan (2007) Rwanda : Contre-enquête sur le génocide et l’actualisation du dossier dans l’Afrique Réelle, n°4, avril 2010, disponible par PDF à la revue www.bernard-lugan.com
[2] Pour la chronologie détaillée de cette question, je vous renvoie à mon livre (Rwanda : Contre-Enquête sur le Génocide à partir de la page 84.) Depuis la parution de ce livre, la chronologie a encore été affinée.
par Hervé Cheuzeville, mercredi 11 janvier 2012, 15:00
http://www.facebook.com/ibukabose
Ce matin, j’éprouve un sentiment d’indignation, d’effarement, de révolte. J’ai l’impression que tous les efforts consentis depuis des années, par moi-même mais aussi par d’autres que moi, souvent plus qualifiés, afin de faire éclater la vérité, ont été anéantis par quelques flashs d’information claironnant depuis hier soir les résultats biaisés d’une enquête de complaisance.
On l’aura compris, c’est la publicité donnée aux conclusions des « experts » désignés par le juge français Marc Trévidic qui me met hors de moi. Ainsi donc, si j’en crois ce qui a été abondamment relayé par les médias français, l’avion dans lequel les présidents rwandais et burundais, leurs entourages respectifs et l’équipage français, en ce funeste soir du 6 avril 1994, ce Falcon 50 aurait été abattu par des « extrémistes hutu » (pour reprendre la terminologie douteuse utilisée par nos grands médias). Il n’aurait donc pas été descendu par les hommes de Paul Kagame, l’homme fort arrivé au pouvoir dans les mois qui suivirent cet élément déclencheur d’épouvantables massacres et de la reprise de la guerre au Rwanda.
Ces mêmes grands médias ainsi que les relais traditionnels de la propagande kagamiste en France et en Belgique nous « rappellent » que ces conclusions contredisent une thèse officielle depuis 1994, à savoir celle qui indique que c’est le FPR de Paul Kagame qui serait à l’origine du tir de missiles contre l’avion présidentiel. Il n’y a rien de plus mensonger ! Ces conclusions remettent au contraire à l’honneur la thèse officielle qui a prévalu durant les années qui ont suivi le génocide rwandais. En effet, durant toute la fin des années 90 et jusqu’au début des années 2000, c’est bien cette thèse d’un acte commis par les « extrémistes hutu » qui était considérée comme la plus crédible et qui était reprise par les grands médias internationaux. Ce n’est que peu à peu que la gangue de mensonges accumulés pendant des années a commencé à se craqueler. Tout doucement, on a commencé à évoquer une autre possibilité : celle d’une action d’hommes du FPR, sur ordre de Paul Kagame. Il est vrai que cette version-là fut largement diffusée à la suite du travail accompli par le juge Bruguière, prédécesseur du juge Trévidic. Bruguière n’avait pas hésité à lancer des mandats d’arrêt internationaux à l’encontre de proches de Paul Kagame, faute de pouvoir inculper Kagame, protégé par son immunité de chef d’Etat. La procédure lancée par le juge Bruguière amena le dictateur rwandais, rendu furieux, à rompre les relations diplomatiques avec la France, le 24 novembre 2006.
La thèse selon laquelle Paul Kagame a donné l’ordre d’abattre l’avion du président Habyarimana n’émane pas de la seule ordonnance du juge Bruguière. De nombreux témoins rwandais, dont certains issus des rangs du FPR, l’ont aussi défendue. Le dernier en date n’est autre que le Dr Théogène Rudasingwa, qui fut secrétaire-général du FPR et qui était major dans l’armée de Kagame au moment des faits. Monsieur Rudasingwa a fui aux Etats-Unis et c’est depuis ce pays qu’il a publié une confession choc, en octobre 2011. Dans ce document, il révélait que Kagame lui-même lui avait confirmé avoir donné l’ordre d’abattre l’avion. Dans un communiqué publié hier, il s’étonne de ne pas avoir été entendu par le juge Trévidic, malgré sa pleine et entière disponibilité pour témoigner.
Afin d’essayer d’y voir clair, il convient de reprendre un certain nombre d’éléments importants.
1. Selon la thèse mettant en cause les « extrémistes hutu », le président Habyarimana aurait été assassiné car il avait fait de trop grandes concessions lors des négociations d’Arusha. Les extrémistes, craignant de voir le FPR entrer au gouvernement de transition, auraient décidé de s’emparer du pouvoir. Pour cela, il fallait éliminer le président. Tous les témoins sur place confirment la panique et l’inorganisation qui régnaient au sein de ce qui restait du gouvernement rwandais dans les heures qui suivirent la mort d’Habyarimana. Ceux qui devaient prendre les rênes du pouvoir le lendemain avaient été visiblement pris au dépourvu par l’évènement. Leur état d’impréparation et d’inorganisation était total. Pour avoir vécu un certain nombre de coups d’Etat militaires, je sais qu’une telle opération ne s’improvise pas. Elle est toujours planifiée des semaines, voire des mois à l’avance. L’organigramme du nouveau pouvoir est généralement prêt avant même que le coup d’Etat n’ait eu lieu. Cela n’a pas été le cas au Rwanda le 6 avril 1994. Le sommet de l’Etat a été décapité par l’attentat et des hommes de seconde importance se sont retrouvés propulsés sur le devant de la scène sans y avoir été préparés, tel ce colonel Bagosora qui n’était que directeur du cabinet du ministre de la défense. Par contre, l’offensive générale lancée par le FPR le soir même de l’attentat était loin d’être improvisée. Sans avoir étudié dans une école de guerre, je sais qu’une offensive générale doit nécessairement être minutieusement préparée, des mois à l’avance. La logistique, en particulier, doit être en place (carburant, munitions, moyens de transport et de communication). La coordination entre les différentes unités, entre les différents services, doit être scrupuleusement réglée. Et enfin, les hommes doivent être prêts et ils doivent se trouver rassemblés aux endroits voulus au moment voulu. Cette offensive générale du FPR ne peut donc pas avoir été décidée en réaction à la mort du président Habyarimana, mais bien en prévision de cette mort.
2. Des éléments du FPR se trouvaient depuis des mois à Kigali, en vertu des accords d’Arusha. Ils étaient stationnés au CND, le parlement rwandais, et des convois escortés par les forces de l’ONU leur permettaient d’aller et venir entre le territoire occupé par le FPR, au nord du pays, et la capitale. Il n’est donc pas inconcevable de penser que des soldats du FPR, probablement déguisés en soldats gouvernementaux, aient pu s’approcher de l’aéroport afin de tirer des missiles contre l’avion en phase d’atterrissage.
3. Les missiles : il a été établi que ces missiles étaient d’origine soviétique. Or, l’armée rwandaise n’en était pas équipée. Par contre, l’armée ougandaise en avait. Rappelons ici que le FPR est une émanation de la NRA , l’armée du président ougandais Museveni. C’est une faction de cette armée, composée de soldats et d’officiers d’origine rwandaise, portant l’uniforme ougandais, utilisant des armes provenant des armureries ougandaises, qui a attaqué le Rwanda, à partir du territoire ougandais, le 1er octobre 1990, déclenchant ainsi la guerre qui devait amener le FPR au pouvoir. Durant toute la durée de cette guerre, le FPR a disposé de bases en Ouganda, il a recruté en Ouganda et il a reçu son armement, son équipement et ses renforts de ce pays. Et-il donc inconcevable de penser que les missiles sol-air qui ont abattu l’avion du président Habyarimana aient été fournis au FPR par l’Ouganda ?
4. Les conclusions du rapport d’experts du juge Trévidic indiquent que les missiles auraient été tirés depuis le camp militaire de Kanombe. Il convient d’expliquer ici la configuration topographique de Kigali. Cette ville s’est progressivement étendue sur différentes collines, qui sont devenues les différents quartiers composant la capitale rwandaise. Kanombe n’est pas seulement un camp militaire. C’est avant tout un quartier de Kigali situé sur une colline dénommée Kanombe, se trouvant à proximité immédiate de l’aéroport. S’il est difficile d’admettre que des soldats du FPR aient pu tirer les missiles depuis le camp militaire de Kanombe, il est par contre possible qu’ils aient opéré depuis la colline de Kanombe. Cela ne contredirait en rien les conclusions du rapport d’experts.
Ceci étant posé, il convient aussi de rappeler dans quel contexte ce rapport d’experts est rendu public. Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, la diplomatie française, à l’initiative du ministre Kouchner, ami et propagandiste de Kagame, a tenté de renouer avec le Rwanda. Claude Guéant s’est rendu à Kigali en 2009 pour négocier avec le dictateur rwandais les termes de la réconciliation franco-rwandaise. Cela tombait à pic pour Kagame : il était de plus en plus isolé, ses alliés anglo-saxons et ses amis scandinaves commençaient à prendre leurs distances avec son régime. Kagame émit une condition sine qua non au rapprochement avec Paris : l’effacement du contentieux juridique créé par l’ordonnance du juge Bruguière. Tout fut donc mis en œuvre, en France, pour décrédibiliser le travail de ce juge, afin de permettre l’annulation des mandats d’arrêts internationaux visant les proches du général-président. Il fut convenu que le remplaçant de Bruguière aurait la possibilité de mener son enquête sur le terrain. Jusqu’alors, Kagame s’était toujours opposé à la moindre investigation sur la mort de son prédécesseur. Nul doute que ses services, fort compétents en la matière, aient soigneusement préparé la venue des experts du juge Trévidic, et qu’ils leur aient fourni des éléments savamment concoctés.
La prochaine étape de ce processus sera certainement l’annulation des mandats d’arrêts internationaux lancés par le juge Bruguière.
Des militaires français sont morts le 6 avril 1994 : Jack Héraud, pilote du falcon 50, Jean-Pierre Minaberry, co-pilote et Jean-Marc Perrine, mécanicien de l’avion. D’autres Français furent mystérieusement assassinés dans leur résidence dès le lendemain : les adjudants-chefs Maier et Didot ainsi que Gilda, l’épouse de ce dernier. Il est probable qu’ils en savaient trop pour avoir vu ce qui s’était réellement passé la veille. Depuis près de 18 longues années, les familles de ces citoyens français attendent que toute la lumière soit faite sur les circonstances de ces décès. Les Burundais se demandent aussi quand seront élucidées les circonstances de la mort du président Cyprien Ntaryamira, de Bernard Ciza, ministre du plan et de Cyriaque Simbizi, ministre de la communication. Enfin, le peuple rwandais dans son ensemble continue à espérer que la vérité finisse un jour par éclater au sujet de cet attentat qui coûta la vie au président Juvénal Habyarimana, au général Déogratias Nsabimana, chef d’Etat-Major, au colonel Elie Sagatwa, chef du cabinet militaire de la présidence, au major Thaddée Bagaragaza, responsable de la maison militaire de la présidence, à Juvénal Renzaho, conseiller du président pour les affaires étrangères et au Dr Emmanuel Akingeneye, médecin personnel du chef de l’Etat. Car au-delà de la mort de toutes ces personnes, il s’agit de comprendre qui a donné l’ordre d’abattre l’appareil, qui a commis ce crime et comment. Car la réponse à ces questions permettrait aussi de savoir qui porte la plus grande responsabilité dans les massacres de grande ampleur qui ont suivi l’attentat. C’est cet attentat, suivi par la rupture de la trêve, qui a réuni les conditions pour que de tels massacres puissent avoir lieu.
Le juge Marc Trévidic porte donc une lourde responsabilité. Il devrait prendre le temps de recueillir tous les témoignages, y compris celui du Dr Rudasingwa, qui ne demande qu’à témoigner, et ceux d’autres anciens membres du FPR. Il devra faire preuve d’indépendance pour résister aux fortes pressions politiques et diplomatiques. Et surtout, les grands médias devraient se garder de toutes conclusions hâtives et avoir davantage d’esprit critique. La tragédie rwandaise dépasse beaucoup d’autres grands drames par son ampleur, sa magnitude et surtout son horreur. Les victimes, toutes les victimes, doivent avoir le droit au respect et à la vérité.
Hervé Cheuzeville, 11 janvier 2012
(Auteur de trois livres: "Kadogo, Enfants des guerres d'Afrique centrale", l'Harmattan, 2003; "Chroniques africaines de guerres et d'espérance", Editions Persée, 2006; "Chroniques d'un ailleurs pas si lointain - Réflexions d'un humanitaire engagé", Editions Persée, 2010)
Paris, 10 janvier 2012 (FH) – Six experts - géomètres, balistique, explosifs,
incendie et acoustiques – accompagnés des juges anti-terroristes Marc Trévidic et Nathalie Poux ont présenté mardi aux parties concernées les conclusions d'un rapport de 400 pages visant à
établir la provenance des tirs de missiles ayant abattu, le 6 avril 1994, l'avion transportant notamment le président rwandais Juvénal Habyarimana.
Durant trois heures et demie d'explications détaillées, ils se sont efforcés de
lever un coin du voile dans la seule enquête judiciaire jamais menée sur l'attentat réputé avoir déclenché le génocide rwandais de 1994.
La réunion s'est tenue à huis clos dans une salle du palais de justice de Paris en
présence de représentants des trois parties à l'instruction: des membres "directs" des familles des pilotes français victimes de l'attentat et leurs avocats, les deux avocats des membres du FPR
mis en cause, et l'avocat de la famille du président Habyarimana.
Après avoir été commenté par les experts et les deux juges, le rapport a été remis
aux parties, qui ont trois mois pour faire leurs observations. Les sept accusés du FPR restent pour l'heure mis en examen.
D'après les avocats et les proches du FPR mis en cause par Jean-Louis Bruguière, le
premier des juges chargé de l'enquête en mars 1998, le rapport - dont le contenu n'a pas été officiellement rendu public - plaide sans équivoque en leur faveur.
"C'est une excellente nouvelle : des experts indépendants et compétents écartent de
façon définitive toute responsabilité du Front patriotique rwandais (FPR) dans l'attentat [du 6 avril 1994]" a déclaré mardi à l'agence Hirondelle l'ambassadeur rwandais en France, Jacques
Kabale.
"Masaka [où séjournaient les rebelles du FPR à Kigali en avril 1994] est exclu à 100 %, et Kanombé [où résidaient les Forces armées rwandaises] a été confirmé. L'avion a été abattu par les
extrémistes Hutu sans aucun doute possible !", affirme encore Jacques Kabale, qui s'était rendu au Palais de justice de Paris aujourd'hui pour recueillir les premiers commentaires des avocats du
FPR au sortir de la présentation à huis clos.
"Les résultats présentés aujourd'hui constituent la confirmation de la position tenue de longue date par le Rwanda sur les circonstances qui entourent les événements du mois d’avril 1994. Grâce à
la vérité scientifique ainsi établie, les juges Trévidic et Poux ferment avec éclat le chapitre de ces 17 années de campagne visant à nier le génocide et à faire porter aux victimes la
responsabilité de leur sort" a par ailleurs déclaré dans un communiqué Louise Mushikiwabo, Ministre rwandaise des Affaires Etrangères et porte-parole du gouvernement.
Bernard Maingain, l'un des avocats des membres du FPR, exprimait lui aussi sa satisfaction à la sortie de l'audition. "Nos clients ont été entendus. La défense a pu s'exprimer grâce au travail de
deux magistrats très indépendants et très compétents. Tous les éléments que nous avons pu apporter ont carbonisé le dossier monté par le juge Bruguière, marqué par d'incroyables manipulations.
Maintenant cette expertise est arrivée, qui devrait rapidement conduire au non lieu pour nos clients."
"Sur un certain nombre de points, les experts ont été catégoriques, reconnaît l'avocat de la veuve du président assassiné, maître Philippe Meilhac. Mais aujourd'hui, beaucoup de gens se
réjouissent un peu vite. C'est un rapport qui demande approfondissement. Les experts avaient retenu six lieux possibles pour le départ du tir, et l'on sait que l'acousticien, arrivé sur le tard,
a orienté de façon déterminante les conclusions des autres experts en optant pour l'option Kanombe".
Philippe Meilhac ajoute que le rapport ne sera définitif que quand les parties
auront demandé et obtenu des compléments d'enquête.
"Mme Habyarimana n'a demandé qu'une chose : que justice soit faite. Alors à ceux qui chantent victoire aujourd'hui, je leur demande de
nous aider à trouver qui a commis cet attentat !", conclut Me Meilhac.
FP/G
© Agence Hirondelle
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