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La Tribune Franco-Rwandaise

Une ancienne ministre agressée il y a 37 ans : "Honte à moi de mon silence!"

L'ancienne ministre déléguée à la condition des femmes Monique Pelletier a témoigné, trente-sept ans après, avoir été agressée par un sénateur sans avoir jamais rien dit.

L'ancienne ministre déléguée à la condition des femmes Monique Pelletier a témoigné, trente-sept ans après, avoir été agressée par un sénateur sans avoir jamais rien dit. (Sipa)

Depuis lundi, tous les regards sont braqués sur le vice-président de l'Assemblée Denis Baupin, dont une enquête menée par France inter et Médiapart a révélé qu'il a harcelé et agressé sexuellement plusieurs femmes - des faits qu'il conteste. A la suite de ces révélations, plusieurs membres des Verts ont réclamé "la fin du silence" sur le sujet. Sur son blog, le secrétaire régional écolo Jean-Sébastien Herpin titrait : "Omerta : fin. Maintenant, on parle." Mardi, 500 militants et élus ont signé une pétition dans Libépour que "l'impunité cesse". 

Les langues se délient

D'autres voix s'élèvent depuis pour dénoncer des comportements sexistes ou du harcèlement. Aurore Bergé, élue LR dans les Yvelines, racontait mardi matin avoir été l'objet de plaisanteries graveleuses de la part de certains de ses collègues moins de 24h après que l'affaire Baupin a éclaté.

Une autre femme a pris la parole : l'ancienne ministre déléguée à la Condition féminine Monique Pelletier (UDF), qui s'est battue dans les années 70 pour pérenniser le droit à l'avortement et a contribué à criminaliser le viol. Dans un tweet, elle explique avoir été agressée par un sénateur durant son mandat de ministre, en 1979.

A l'époque, Monique Pelletier s'attelait à ce qui serait le plus gros combat de sa carrière politique : la reconduction définitive de la loi Veil, votée dans un premier temps pour une période de cinq ans seulement. "Le débat s’annonçait ardu, se souvient l'ancienne ministre auprès du JDD. Toutes sortes de lieux communs circulaient, du genre 'Maintenant que c’est permis, on va avorter pour pouvoir aller au ski'. C'est un climat dont on a très peu parlé à l’époque, et qui était très difficile." La ministre est en première ligne : c'est elle qui défendra le texte devant le Sénat. "Je m'étais battue pour obtenir le fait de défendre ce texte, parce que j’estimais que c’était une femme qui devait le faire."

"Je ne pouvais pas bouger, c’était un baiser complet"

Alors que la séance s'annonce houleuse, Monique Pelletier rend une visite d'usage au président de séance. "C’est la tradition quand on est ministre et qu’on a un débat un peu difficile. Nous parlons de la loi, il me dit que ça va être très dur, qu’il a déjà eu des quantités de sénateurs qui sont venus lui en parler, relate l'ancienne ministre. Je me lève pour prendre congé et je m’adosse à la cheminée pour lui dire encore deux mots sur la manière dont je pense entamer le débat. Là, il se jette sur moi et me fait, alors qu’il avait d’énormes lunettes, un baiser avec la langue." "J’étais contre la cheminée, je ne pouvais pas bouger et c’était 'un baiser complet'!", se rappelle-t-elle.

"Un peu sidérée" par les actes du sénateur, la ministre réagit : "Je lui dis, mais qu’est-ce qui vous arrive, vous êtes malade? Je lui ai exprimé que c’était scandaleux, qu’on ne se jetait pas comme ca sur les gens. Il était tout rouge et avait la queue basse, je peux vous le dire", ironise-t-elle aujourd'hui.

"Je n'ai rien dit, rien fait"

Lorsqu'elle ressort du bureau, elle fonce se laver les dents et se rincer la bouche. C'était "la première fois" que cela lui arrivait, et ce jour-là, Monique Pelletier n'a "rien dit, rien fait". "A ce moment-là, je m’apprête à aborder une séance très difficile. J'ai eu un mal fou à obtenir le fait de défendre ce texte et j'ai tout le RPR contre moi. Je ne peux pas lâcher."
Témoigner de ce qui vient de lui arriver reviendrait à annihiler des mois d'efforts, alors l'agression passe au second plan. "C'était une minute trente, dans une vie longue. Si j'avais parlé, on aurait remis la séance, car on aurait dit que dans l'état où j'étais, je n'étais pas en état de soutenir le débat. Et je connais quelqu’un qui se serait précipité pour prendre ma place!", se remémore l'ancienne ministre.

"Aujourd'hui, on peut garder des preuves"

Sur Twitter, 37 ans après, elle écrit pourtant : "Honte à moi de mon silence". Car même après l'échéance du débat passée, elle n'a pas témoigné de ce qui lui était arrivé avant le délai de prescription. "C'était il y a 35, 40 ans, le climat n’était pas du tout le même", argumente-elle. "Je comprends mes collègues qui sortent de leur silence aujourd'hui, et je suis contente d'une chose : les sms, cela reste dans les portables. Aujourd'hui, on peut garder des preuves."
"Dans la même situation aujourd'hui, je ne sais pas quelle aurait été ma réaction", note Monique Pelletier. Peut-être qu'elle n'aurait rien dit, ajoute-t-elle, pensive. Avant de conclure, pourtant : "Je suis de celles qui considèrent que c’est très grave". 

L'ancienne ministre déléguée à la condition des femmes Monique Pelletier a témoigné, trente-sept ans après, avoir été agressée par un sénateur sans avoir jamais rien dit.

L'ancienne ministre déléguée à la condition des femmes Monique Pelletier a témoigné, trente-sept ans après, avoir été agressée par un sénateur sans avoir jamais rien dit. (Sipa)

Depuis lundi, tous les regards sont braqués sur le vice-président de l'Assemblée Denis Baupin, dont une enquête menée par France inter et Médiapart a révélé qu'il a harcelé et agressé sexuellement plusieurs femmes - des faits qu'il conteste. A la suite de ces révélations, plusieurs membres des Verts ont réclamé "la fin du silence" sur le sujet. Sur son blog, le secrétaire régional écolo Jean-Sébastien Herpin titrait : "Omerta : fin. Maintenant, on parle." Mardi, 500 militants et élus ont signé une pétition dans Libépour que "l'impunité cesse". 

Les langues se délient

D'autres voix s'élèvent depuis pour dénoncer des comportements sexistes ou du harcèlement. Aurore Bergé, élue LR dans les Yvelines, racontait mardi matin avoir été l'objet de plaisanteries graveleuses de la part de certains de ses collègues moins de 24h après que l'affaire Baupin a éclaté.

Une autre femme a pris la parole : l'ancienne ministre déléguée à la Condition féminine Monique Pelletier (UDF), qui s'est battue dans les années 70 pour pérenniser le droit à l'avortement et a contribué à criminaliser le viol. Dans un tweet, elle explique avoir été agressée par un sénateur durant son mandat de ministre, en 1979.

A l'époque, Monique Pelletier s'attelait à ce qui serait le plus gros combat de sa carrière politique : la reconduction définitive de la loi Veil, votée dans un premier temps pour une période de cinq ans seulement. "Le débat s’annonçait ardu, se souvient l'ancienne ministre auprès du JDD. Toutes sortes de lieux communs circulaient, du genre 'Maintenant que c’est permis, on va avorter pour pouvoir aller au ski'. C'est un climat dont on a très peu parlé à l’époque, et qui était très difficile." La ministre est en première ligne : c'est elle qui défendra le texte devant le Sénat. "Je m'étais battue pour obtenir le fait de défendre ce texte, parce que j’estimais que c’était une femme qui devait le faire."

"Je ne pouvais pas bouger, c’était un baiser complet"

Alors que la séance s'annonce houleuse, Monique Pelletier rend une visite d'usage au président de séance. "C’est la tradition quand on est ministre et qu’on a un débat un peu difficile. Nous parlons de la loi, il me dit que ça va être très dur, qu’il a déjà eu des quantités de sénateurs qui sont venus lui en parler, relate l'ancienne ministre. Je me lève pour prendre congé et je m’adosse à la cheminée pour lui dire encore deux mots sur la manière dont je pense entamer le débat. Là, il se jette sur moi et me fait, alors qu’il avait d’énormes lunettes, un baiser avec la langue." "J’étais contre la cheminée, je ne pouvais pas bouger et c’était 'un baiser complet'!", se rappelle-t-elle.

"Un peu sidérée" par les actes du sénateur, la ministre réagit : "Je lui dis, mais qu’est-ce qui vous arrive, vous êtes malade? Je lui ai exprimé que c’était scandaleux, qu’on ne se jetait pas comme ca sur les gens. Il était tout rouge et avait la queue basse, je peux vous le dire", ironise-t-elle aujourd'hui.

"Je n'ai rien dit, rien fait"

Lorsqu'elle ressort du bureau, elle fonce se laver les dents et se rincer la bouche. C'était "la première fois" que cela lui arrivait, et ce jour-là, Monique Pelletier n'a "rien dit, rien fait". "A ce moment-là, je m’apprête à aborder une séance très difficile. J'ai eu un mal fou à obtenir le fait de défendre ce texte et j'ai tout le RPR contre moi. Je ne peux pas lâcher."
Témoigner de ce qui vient de lui arriver reviendrait à annihiler des mois d'efforts, alors l'agression passe au second plan. "C'était une minute trente, dans une vie longue. Si j'avais parlé, on aurait remis la séance, car on aurait dit que dans l'état où j'étais, je n'étais pas en état de soutenir le débat. Et je connais quelqu’un qui se serait précipité pour prendre ma place!", se remémore l'ancienne ministre.

"Aujourd'hui, on peut garder des preuves"

Sur Twitter, 37 ans après, elle écrit pourtant : "Honte à moi de mon silence". Car même après l'échéance du débat passée, elle n'a pas témoigné de ce qui lui était arrivé avant le délai de prescription. "C'était il y a 35, 40 ans, le climat n’était pas du tout le même", argumente-elle. "Je comprends mes collègues qui sortent de leur silence aujourd'hui, et je suis contente d'une chose : les sms, cela reste dans les portables. Aujourd'hui, on peut garder des preuves."
"Dans la même situation aujourd'hui, je ne sais pas quelle aurait été ma réaction", note Monique Pelletier. Peut-être qu'elle n'aurait rien dit, ajoute-t-elle, pensive. Avant de conclure, pourtant : "Je suis de celles qui considèrent que c’est très grave". 

L'ancienne ministre déléguée à la condition des femmes Monique Pelletier a témoigné, trente-sept ans après, avoir été agressée par un sénateur sans avoir jamais rien dit.

L'ancienne ministre déléguée à la condition des femmes Monique Pelletier a témoigné, trente-sept ans après, avoir été agressée par un sénateur sans avoir jamais rien dit. (Sipa)

Depuis lundi, tous les regards sont braqués sur le vice-président de l'Assemblée Denis Baupin, dont une enquête menée par France inter et Médiapart a révélé qu'il a harcelé et agressé sexuellement plusieurs femmes - des faits qu'il conteste. A la suite de ces révélations, plusieurs membres des Verts ont réclamé "la fin du silence" sur le sujet. Sur son blog, le secrétaire régional écolo Jean-Sébastien Herpin titrait : "Omerta : fin. Maintenant, on parle." Mardi, 500 militants et élus ont signé une pétition dans Libépour que "l'impunité cesse". 

Les langues se délient

D'autres voix s'élèvent depuis pour dénoncer des comportements sexistes ou du harcèlement. Aurore Bergé, élue LR dans les Yvelines, racontait mardi matin avoir été l'objet de plaisanteries graveleuses de la part de certains de ses collègues moins de 24h après que l'affaire Baupin a éclaté.

Une autre femme a pris la parole : l'ancienne ministre déléguée à la Condition féminine Monique Pelletier (UDF), qui s'est battue dans les années 70 pour pérenniser le droit à l'avortement et a contribué à criminaliser le viol. Dans un tweet, elle explique avoir été agressée par un sénateur durant son mandat de ministre, en 1979.

A l'époque, Monique Pelletier s'attelait à ce qui serait le plus gros combat de sa carrière politique : la reconduction définitive de la loi Veil, votée dans un premier temps pour une période de cinq ans seulement. "Le débat s’annonçait ardu, se souvient l'ancienne ministre auprès du JDD. Toutes sortes de lieux communs circulaient, du genre 'Maintenant que c’est permis, on va avorter pour pouvoir aller au ski'. C'est un climat dont on a très peu parlé à l’époque, et qui était très difficile." La ministre est en première ligne : c'est elle qui défendra le texte devant le Sénat. "Je m'étais battue pour obtenir le fait de défendre ce texte, parce que j’estimais que c’était une femme qui devait le faire."

"Je ne pouvais pas bouger, c’était un baiser complet"

Alors que la séance s'annonce houleuse, Monique Pelletier rend une visite d'usage au président de séance. "C’est la tradition quand on est ministre et qu’on a un débat un peu difficile. Nous parlons de la loi, il me dit que ça va être très dur, qu’il a déjà eu des quantités de sénateurs qui sont venus lui en parler, relate l'ancienne ministre. Je me lève pour prendre congé et je m’adosse à la cheminée pour lui dire encore deux mots sur la manière dont je pense entamer le débat. Là, il se jette sur moi et me fait, alors qu’il avait d’énormes lunettes, un baiser avec la langue." "J’étais contre la cheminée, je ne pouvais pas bouger et c’était 'un baiser complet'!", se rappelle-t-elle.

"Un peu sidérée" par les actes du sénateur, la ministre réagit : "Je lui dis, mais qu’est-ce qui vous arrive, vous êtes malade? Je lui ai exprimé que c’était scandaleux, qu’on ne se jetait pas comme ca sur les gens. Il était tout rouge et avait la queue basse, je peux vous le dire", ironise-t-elle aujourd'hui.

"Je n'ai rien dit, rien fait"

Lorsqu'elle ressort du bureau, elle fonce se laver les dents et se rincer la bouche. C'était "la première fois" que cela lui arrivait, et ce jour-là, Monique Pelletier n'a "rien dit, rien fait". "A ce moment-là, je m’apprête à aborder une séance très difficile. J'ai eu un mal fou à obtenir le fait de défendre ce texte et j'ai tout le RPR contre moi. Je ne peux pas lâcher."
Témoigner de ce qui vient de lui arriver reviendrait à annihiler des mois d'efforts, alors l'agression passe au second plan. "C'était une minute trente, dans une vie longue. Si j'avais parlé, on aurait remis la séance, car on aurait dit que dans l'état où j'étais, je n'étais pas en état de soutenir le débat. Et je connais quelqu’un qui se serait précipité pour prendre ma place!", se remémore l'ancienne ministre.

"Aujourd'hui, on peut garder des preuves"

Sur Twitter, 37 ans après, elle écrit pourtant : "Honte à moi de mon silence". Car même après l'échéance du débat passée, elle n'a pas témoigné de ce qui lui était arrivé avant le délai de prescription. "C'était il y a 35, 40 ans, le climat n’était pas du tout le même", argumente-elle. "Je comprends mes collègues qui sortent de leur silence aujourd'hui, et je suis contente d'une chose : les sms, cela reste dans les portables. Aujourd'hui, on peut garder des preuves."
"Dans la même situation aujourd'hui, je ne sais pas quelle aurait été ma réaction", note Monique Pelletier. Peut-être qu'elle n'aurait rien dit, ajoute-t-elle, pensive. Avant de conclure, pourtant : "Je suis de celles qui considèrent que c’est très grave". 

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