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La Tribune Franco-Rwandaise

Rwanda : La solution finale, selon Nostradamus*

In "RWANDA, DIALOGUE NATIONAL D'OUTRE-TOMBE"

Un livre de Jean-Marie Ndagijimana, Éditions la Pagaie, 2005, 225 pages

15€ sur www.rwandatheque.com

Rwanda : La solution finale, selon Nostradamus*

 

Extrait des pages 212 à 219 de ce livre écrit et publié en 2005.

J’ai juste le temps d’entendre Saint Pierre annoncer Nostradamus. D’habitude, je ne suis pas très porté vers les sciences occultes ou l’astrologie. L’annonce de Nostradamus fait pourtant monter ma curiosité d’un cran. "Que va nous sortir ce savant qui avait prédit les deux guerres mondiales quatre cents ans avant leur avènement ?" me demandé-je.

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Michel de Nostre-Dame alias Nostradamus

Moulé dans un boubou blanc flambant neuf créé par le meilleur styliste de Treichville, un béret à la Kérékou sur la tête, le grand marabout blanc retrousse majestueusement les manches, avant d’adresser le salut de la paix à l’assistance. Il donne l’impression de lire à travers le vide. Sans formalisme, calmement, les yeux fixes et immobiles, sans sourciller, il entre dans le vif du sujet : « De quoi demain sera-t-il fait ? A quoi ressemblera le Rwanda de 2015 ? »

Michel de Nostre-Dame alias Nostradamus aspire une grande bouffée d’air avant d’égrener ses prévisions :

-« Je vois un dirigeant sanguinaire couvert de sang, du sang des innocents ; des monticules de cadavres humains, de squelettes d’adultes et d’enfants ; un peuple frustré, surchauffé et révolté ; des personnes souriant du coin de la bouche applaudissent le tyran. Elles se retournent  furtivement pour pleurer, verser quelques larmes volées, puis applaudissent de nouveau pour donner le change. Et survivre.

Je vois des milices de la défense locale disséminées sur les collines d’un petit pays, se livrant  à la terreur et à la chasse à l’homme ; dans la grande forêt, des rebelles affûtent leurs vieux fusils, préparant l’assaut final imminent depuis plus de dix ans. Le dernier chapitre de la solution finale modèle 2015.

Je vois des hommes et des femmes pleins de sagesse qui, malgré leur opposition au tyran, ont fait vœu de non-violence ; ils envoient des messages de paix au tyran, mais ce dernier rejette dédaigneusement la perche pourtant si généreusement tendue.

Malgré l’insistance du camp de la paix, le tyran répond par des grincements de dents haineux. A force de les écraser les unes contre les autres, quelques dents finissent par tomber de la bouche. Le tyran n’en a cure. Il grince et grince encore les dents pour attiser sa colère et aiguiser sa méchanceté. Dans un dernier accès de folie, il envoie ses commandos les plus aguerris sur les collines.

A un signal donné par les sbires de l’homme fort, une partie de la population, sélectionnée selon des critères connus des seuls miliciens, évacue subitement les lieux désormais encerclés par des hommes armés jusqu’aux dents. Les autres habitants des collines, les yeux hagards et momifiés par la surprise et la vitesse des événements, se rendent compte, hélas trop tard, du piège et de l’odieux maléfice. Ils tentent de se dégager pour suivre les premiers, mais il est trop tard. L’heure de la « répétition générale » a sonné ! Ils appellent cela la « genocide rehearsal. » La roue de l’histoire a recommencé à tourner du mauvais côté.

Les jeux sont faits. Les encerclés sont réduits en bouillie. Déjà le feu finit de dévorer leurs corps inertes ; les cendres sont hâtivement dispersées dans la nature par d’énormes camions bulldozers spécialement réquisitionnés pour cette ignoble opération cyniquement baptisée « opération mains propres », érigée en technique d’effacement des traces de la mort.

Les populations « amies » mises en lieu sûr reviennent sur les collines. Puis plus rien. Rien ne s’est passé ! Des journalistes nationaux et étrangers invités par les services de presse de la présidence ont passé une journée des plus touristiques dans le parc des gorilles des montagnes.

L’association Carbon-Arrhes a pour la circonstance été désignée par le tyran pour servir de guide aux gentils représentants de la presse sans frontières. Le patron blanc de Carbon-Arrhes en personne, grand mercenaire de l’humanitaire devant l’éternel, a mis un point d’honneur à accompagner personnellement les communicateurs afin de les soustraire à toute influence malveillante des petites organisations autochtones des droits de l’homme qui pullulent dans le pays.

De retour du parc des gorilles, les braves journalistes, sourire aux lèvres, rejoignent leurs hôtels de luxe, la conscience tranquille. Le lendemain matin, ils publient des articles rédigés longtemps à l’avance, vantant les mérites et l’ordre rétabli par le tyran soudain transformé en libérateur de son peuple. Rien vu, rien filmé, rien entendu, rien écrit. Bienvenu dans le monde de la rue tournante ! Génocide parfait, mais génocide quand même. Jusqu’à quand le restera-t-il ?

Des expatriés résidents informés des atrocités « refilent le tuyau » à quelques journalistes incrédules.

Les nuits qui suivent le grand nettoyage, je vois le tyran passer de l’arrogance à la peur et ses nuits se transformer en cauchemars ! En effet  la saison des pluies a succédé à la saison sèche et les coulées d’eau ont mis à mal les signes cachés des horreurs ensevelies sous le sol argileux des mille collines. Une colline, puis deux, puis dix, puis cent, puis mille. Des cadavres à moitié calcinés refont surface. Des milliers, des dizaines de milliers, un million, plus d’un million, deux millions de corps fraîchement assassinés narguent le regard médusé et incrédule des plus complaisants des journalistes.

Un certain Etienne le Forgeron du Journal « La Terre » parvient à tromper la vigilance des carbon-arrhistes. Caméra au poing, il sillonne les collines ensanglantées, à la traque des moindres preuves. Sa présence suffit à elle seule pour jeter le trouble dans le camp des mercenaires carbon-arrhistes déroutés par la marche forcée de ce journaliste chevronné qui ne s’en laisse pas conter.

Le délégué d’Equity International a, la veille encore, achevé la lecture du dernier « Spécial Rwanda » vantant l’homme providentiel qui préside aux destinées du pays des mille collines. Cet article d’une cinquantaine de pages est inséré à l’intérieur du très luxueux et très sérieux hebdomadaire « Vieux Peuple - L’Idiot », le bien intelligemment nommé ! Il tombe des nues en découvrant les manchettes de ce même magazine relatant dans les moindres détails le spectacle terrifiant des corps déterrés par les eaux de pluie.

Ça y est, la vérité éclate enfin au grand jour ; ces crânes, ces squelettes et ces restes humains carbonisés crient vengeance et réclament justice. Muet mais triste, inanimé mais expressif, leur regard aux orbites décharnées emplit l’atmosphère de ses cris de détresse. Enfin le monde commence à se réveiller. Mais à quel prix ?

Les âmes sensibles du Nord qui font face à un réveil tardif multiplient motions et manifestations, demandant la mise aux arrêts du tyran, un peu pour se donner bonne conscience.

Debout, les peuples du monde se mobilisent. Les imprimeries tournent à plein régime, submergées de commandes d’éditeurs de journaux et de livres. C’est la nouvelle cuvée des best-sellers dans le monde de l’édition. La cuvée 2015. La tragédie des collines vertes est une manne dont il faut profiter, très vite, tant que le sujet est encore chaud et médiatisé. Plus tard, il sera trop tard d’en parler. L’histoire évolue, il faut donc évoluer avec. Réécrire l’histoire si nécessaire. Se dédire, pourquoi pas, corriger le tir, rétablir la vérité, être enfin en paix avec sa conscience. S’il en reste quelques miettes !

A travers le monde, même les plus mercenaires parmi les mercenaires de la presse et des droits humains se concertent pour faire évoluer leur ligne éditoriale. Il y a des marchés à prendre en cas de bouleversements politiques majeurs ! 2015 n’est pas 1994 et la Cour Pénale Internationale n’est pas le Tribunal Pénal International pour le Rwanda, après tout !

Dans le pays de l’Oncle protecteur, les tambours ont changé de rythme et de mains. Le parti de la Justice a succédé aux Démocrates et aux Républicains.

Comme une traînée de poudre, la Vérité sort des ténèbres et s’élance fièrement par monts et vallées, mettant en déroute le mensonge sur tous les fronts, tordant le cou à l’impunité érigée en maître, et brisant sur son passage le mur épais de l’indifférence. Rien ne lui résiste plus. La grande puissance a entendu la voix de la sagesse et de la Justice. Elle a décidé de ne plus couvrir de ses énormes ailes métalliques étoilées les nombreux crimes abjects de son désormais encombrant protégé.

Le tyran est lâché et tel un château de sable, sa caserne de la mort s’écroule au premier passage du vent. Les hélicoptères estampillés UN se posent par centaines sur l’aéroport de la petite capitale verte.

Les langues se délient. Les sourds-muets décrivent ce qu’ils ont vu, les aveugles racontent ce qu’ils ont entendu. Les hommes de main dénoncent les donneurs d’ordres, le bourreau accuse le fusil, le fusil dénonce le bourreau, les obus dénoncent le canon, la gâchette dénonce le doigt qui l’a appuyée. Les herbes des champs et les arbres géants de la grande forêt hurlent les noms des criminels, les rivières se fondent en cris mortuaires tandis que les oiseaux du ciel entonnent l’Alléluia en signe d’espoir.

Le Grand Afandi, qui en a vu d’autres, ne se démonte pas. Il n’est pas question de rendre gorge ni de s’immoler comme une victime facile. Il résiste, vitupère, accuse de trahison la puissance protectrice, déclare la guerre au monde entier, puis dans un sursaut d’orgueil et en désespoir de cause, il s’en prend à son entourage immédiat désormais composé, selon lui, de traîtres.

L’Afandi-adjoint, puis l’adjoint de l’adjoint et l’adjoint de l’adjoint de l’adjoint passent sous la guillotine. La femme de l’adjoint se rebelle. Elle est décapitée avec ses enfants. Suivi quelques heures plus tard de la femme et des enfants de l’adjoint de l’adjoint, puis de ceux de l’adjoint de l’adjoint de l’adjoint.

Mais l’Afandi a oublié une chose : sa femme est la sœur de l’adjoint de l’adjoint de l’adjoint ! Celle-ci s’émeut timidement du sort réservé à son frère ainsi qu’à ses neveux et nièces. Le cercle se referme sur l’Afandi. Ça y est, le danger est déjà dans la maisonnée. Alors il tue sa femme et ses propres enfants, puis se donne la mort. Disparaître plutôt qu’affronter la justice des hommes. Comme à Rucunshu ! L’orgueil honteux plutôt que la justice des hommes.

Mais il oublie que le Grand Juge l’attend de pied ferme. Il ne transige pas, Lui. Il n’attend pas le procès-verbal d’éventuels enquêteurs onusiens salariés, stipendiés ou manipulés par le justiciable. Il a, dans sa sagesse et dans toute sa clairvoyance, tout vu et tout entendu. L’Afandi ne pourra pas compter sur la protection de quelque puissance terrestre que ce soit.

Le Grand Juge céleste ne connaît ni droit de veto ni embargo utilisé comme dernier recours pour enterrer la Vérité. On n’enterre pas la Vérité. Les rapports célestes ne peuvent pas, eux, être enfermés dans les tiroirs des Nations Désunies ! Et on ne tue pas impunément ni indéfiniment les enfants du Grand Manager de l’Univers.

Le jour du Jugement dernier, l’ONG Carbon-Arrhes ne sera pas là pour blanchir les crimes du tyran.

Moi, Nostradamus, je propose à l’honorable assemblée d’adresser la prière suivante au Très Haut. « Oh ! Grand Dieu, réagis vite ; ne laisse pas égorger tes enfants dispersés sur les collines d’Afrique. Insuffle du sang nouveau aux enquêteurs, aux juges, aux journalistes, aux dirigeants des nations du monde, ouvre leur les yeux et les oreilles afin qu’ils voient et entendent les cris stridents de ces femmes, de ces vieillards et de ces enfants égorgés. Protège ce peuple du Rwanda condamné globalement et sommairement sans jugement par les mercenaires de l’humanitaire embrouillés par la couardise et la complaisance. Lève la fatwa collective lâchement jetée contre des innocents, et n’accorde plus de répit aux forces du mal.

Traque-les jusque dans leurs derniers retranchements, afin que le respect de la vie remplace la peur et la haine. Donne la force aux Justes afin que, débarrassés de la peur, mais sans haine ni vengeance, ils s’investissent courageusement dans la défense de leurs semblables. Fais d’eux des soldats de la paix, de l’égalité, de l’équité et de la justice.  Que le Respect de la Vie devienne comme un baobab érigé en maître absolu sur les collines et dans les vallées du Pays d’Imana. Votre énergique et opportune intervention est seule capable de faire échec à mes plus que probables prévisions apocalyptiques. »

Comme les autres participants, Saint Pierre applaudit à tout rompre. Il reprend la parole pour souhaiter bon anniversaire à Nostradamus. 500 ans déjà ! En chœur, l’assemblée entonne  « Happy birthday Nostradamus  – Joyeux anniversaire Nostradamus», les uns en français, les autres en anglais, et d’autres en kinyarwanda, mais sans dissonance ni cacophonie ! Quelle harmonie malgré autant de différence !

C’est le seul miracle auquel il m’est donné d’assister depuis mon bref séjour au paradis. Ainsi donc la différence  peut être harmonieuse !

- « Ô sage Nostradamus, poursuit Saint Pierre, que tes paroles soient entendues par les colombes porteuses de la paix et que celles-ci s’empressent de propager ton message sur les collines rouges-vertes du Rwanda. Ne dit-on pas « Aide toi et le Ciel t’aidera ? » Ainsi en ira-t-il de l‘avenir du Rwanda. Je rendrai bien sûr compte au Très Haut qui t’a d’ailleurs suivi en simultané par Heavenet, mais il appartient aux Rwandais de faire que tes prévisions ne soient pas trahies par le comportement futur de ce peuple jadis béni des dieux.

De partout fusent les applaudissements. Les délégués Célestes se donnent l’accolade, tandis que les «Purgatoriens» se serrent la main. Pour les «Géhenniens», l’heure du retour en enfer a sonné. Ils sont reconduits sans ménagement vers leur géhenne incandescente. Après avoir contribué à la réussite de la conférence en victimes expiatoires, ils n’ont même pas droit au verre d’amitié ni au gâteau d’anniversaire offert aux participants par le protocole céleste. Dur, dur d’être géhennien !

Saint Pierre résume la quintessence des débats. Il annonce l’organisation prochaine d’une deuxième conférence pour dégager les conclusions finales.

Dans la salle, l’atmosphère est franchement électrique. Quelques «Purgatoriens» tentent vainement de serrer la main à leurs anciens amis «Paradisiens», mais se heurtent à la rigueur du protocole. D’accord pour échanger les idées, mais pas question pour les deux catégories de fraterniser. Les «Purgatoriens» ont encore une dette à payer. La patience leur est vivement recommandée, d’autant que le Gardien des Cieux a promis leur libération imminente.

Arrive enfin l’heure de la photo de famille. Les «Paradisiens» se placent instinctivement à la droite de Saint Pierre, tandis que les «Purgatoriens» sont relégués à sa gauche. Anciens rois, présidents, savants, philosophes, les délégués Hutu, Tutsi, Twa, entourent l’Apôtre, dans une ambiance fraternelle qui devrait inspirer les Rwandais vivants. Cette photo de famille est d’ailleurs destinée à provoquer le déclic dans l’imaginaire collectif rwandais.

L’envie de me faufiler dans le groupe pour la photo de famille me submerge, mais mon guide qui ne me quitte pas d’un pouce me retient par le bras. N’eut été la fermeté de sa main, j’aurais volontiers commis un impair protocolaire quitte à le payer très cher."

RWANDA : RÉCONCILIATION NATIONALE D'OUTRE-TOMBE (Réédition avril 2016)

*N.B. : Bien évidemment, Nostradamus n'a jamais écrit de prédictions sur le Rwanda. Le livre "RWANDA, DIALOGUE NATIONAL D'OUTRE-TOMBE" étant un livre de fiction, l'intégralité de son contenu émane de l'auteur qui s'est mis dans la peau des personnalités participant au "dialogue d'outre-tombe".

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