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LA TRIBUNE FRANCO-RWANDAISE (TFR)

Actualités, opinions, études, analyses, diplomatie et géopolitique de la Région des Grands lacs.

Le Cameroun frappé à son tour par Boko Haram

Un double attentat suicide a été perpétré mercredi 22 juillet à Maroua, dans l’extrême nord du Cameroun. « Une femme est entrée dans le marché central comme si elle vendait des dattes et s’est faite exploser à 14 h 25 au niveau du marché aux tissus », raconte un officier joint sur place. « Puis six secondes après, dans les environs immédiats, là où sont déchargés les camions, une autre femme s’est faite exploser », précise-t-il.

Le bilan, toujours évolutif mercredi soir, de cet attentat attribué à Boko Haram est officiellement de 13 morts, dont les deux terroristes, et de 32 blessés, certains très grièvement touchés. Il aurait pu être bien supérieur s’il avait été commis aux heures d’affluence matinale. Les auteurs de l’attaque sont « deux fillettes de moins de 15 ans » affirme le gouverneur de la région, Midjiyawa Bakary. L’officier du Bataillon d’intervention rapide (BIR) précédemment cité donne aux jeunes filles quelques années de plus.

Lire aussi : Boko Haram : qui sont les femmes kamikazes ?

Dix jours plus tôt, le 12 juillet, selon le même mode opératoire, Boko Haram avait mené ses premiers attentats suicides au Cameroun, dans la localité de Fotokol, plus au nord, avec le même bilan meurtrier.

Renseignement et dénonciation

Après avoir interdit le port du voile intégral il y a une semaine, le gouverneur de la région promet davantage de mesures sécuritairesFouilles des véhicules, bouclages de zones et surveillance des individus sont amenés à être renforcés. « La guerre n’est plus frontale. Il faut s’adapter à la nouvelle donne. Le Cameroun ayant un concept de défense populaire, nous continuons d’appeler les populations à collaborer par le renseignement et la dénonciation », annonce Midjiyawa Bakary.

Un soldat dans la ville camerounaise de Fotokol, en février, après des affrontements avec des islamistes de la secte Boko Haram.

Un soldat dans la ville camerounaise de Fotokol, en février, après des affrontements avec des islamistes de la secte Boko Haram. Crédits : Reinnier KAZE / AFP

« Ces premiers attentats à Maroua ne sont pas une surprise mais ils vont amener, je crois, les gens à être plus vigilants avec ceux qu’ils ne connaissent pas », admet le professeur Issa Saïbou, le directeur de l’Ecole normale supérieure. Maroua est une cible de choix, cette capitale de région abrite le commandement des opérations de l’armée camerounaise contre Boko Haram.

Lire aussi : Boko Haram met en lumière les fragilités du Cameroun

Fin juin à N’Djamena, le général Jean-Pierre Palasset, alors commandant de l’opération française « Barkhane », estimait que les actions militaires des pays de la région avaient permis de détruire « 30 à 40 % des capacités de Boko Haram », mais que « ce groupe armé terroriste demeure et de loin celui ayant la plus forte létalité. »

Ces derniers attentats démontrent une fois de plus que les djihadistes, dont les dernières concentrations se trouveraient entre la foret de Sambisa, les îles et les rives du Lac Tchad et les Monts Mandara, ont conservé une immense capacité de nuisance et ont su réadapter leurs modes d’action après une série de défaites militaires.

« Soi-disant violations des droits de l’homme »

Ces dernières semaines, les attaques ont été quasi quotidiennes au Nigeria, où deux explosions ont fait des dizaines de morts mercredi ; deux attentats ont fait plus de 50 morts à N’Djamena, la capitale du Tchad ; le sud est du Niger a également été visé. Au Cameroun, les incursions demeurent régulières. « Ils sont installés le long de la frontière, de Waza jusqu’au lac Tchad. L’armée nigériane effectue des bombardements aériens mais c’est assez inefficace, tant qu’elle n’intervient pas au sol », constate une source militaire camerounaise.

Au sein des pays frontaliers du Nigeria en guerre contre Boko Haram, après la vague d’espoir suscitée par l’élection de Muhammadu Buhari, les premières impatiences se font entendre. De bonne source, le Tchadien Idriss Déby s’agace de ne pas voir son nouvel homologue nigérian montrer l’allant militaire de ses promesses de campagne. L’Etat Major de l’armée nigériane qui avait démontré toute son impéritie vient à peine d’être relevé, plus d’un mois et demi après la prise de fonction de ce général à la retraite. La Force multinationale mixte constituée d’armées de la région qui devait être opérationnelle à la fin juillet risque de devoir attendre.

En visite à Washington, le nouveau président nigérian a reçu un soutien appuyé de Barack Obama. La Banque mondiale a levé mercredi 2,1 milliards de dollars (1,9 milliard d’euros) pour « reconstruire le nord-est du Nigeria, ravagé ces six dernières années par l’insurrection de Boko Haram », selon un communiqué du porte-parole de Muhammadu Buhari. Ce dernier a toutefois regretté que les Etats-Unis aient refusé de livrer des armes aux soldats nigérians en raison « de soi-disant violations des droits de l’homme ».

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