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TFR-INFO

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La Tribune Franco-Rwandaise

LA CRISE BURUNDAISE À LA LUMIÈRE DU SIXIÈME STRATAGÈME CHINOIS

Par Germain Nzinga Makita

Faire beaucoup de bruit à l’Est pour attaquer à l’Ouest.

Dans le contexte actuel de la région des Grands Lacs, la crise qui secoue le Burundi est un puzzle dont les pièces du conflit sont disséminées dans une stratégie de ruse, qui mêle apparence et réalité pour fixer la force ennemie sur un leurre et pour concentrer ses forces sur son lieu de dispersion. Ainsi donc, derrière la crise burundaise se dessinent de grandes manœuvres politiques qui annoncent une redistribution des cartes suite aux échéances électorales à venir qui devraient se dérouler au Burundi (2015), en RdCongo (2016) et au Rwanda (2017).

Autant les conflits qui déchirèrent jadis le Burundi et le Rwanda de 1993 -1994 furent planifiés pour trouver prétexte d’envahir le Zaïre en vue de chasser Mobutu en 1996 et d’exploiter, deux décennies durant, le sol et le sous-sol congolais, autant les convulsions sécuritaires actuelles du Burundi entraîneront des effets dominos sur ses voisins, avec pour le Congo, la possibilité de voir arriver à sa phase finale le plan de déstabilisation totale initié depuis l’entrée il y a deux décennies de l’AFDL sur son territoire.

Pour ce faire, l’arme de désinformation a déjà commencé à fonctionner à plein régime. L’attention de l’opinion internationale est orientée à dessein sur la crise du Burundi où les violences iront crescendo les jours à venir, touchant le Rwanda voisin, mais avec l’option à long terme d’attaquer par surprise le grand voisin de l’Ouest. Nous sommes en passe d’assister à l’application pure et simple du sixième stratagème chinois qui demande de faire beaucoup de bruit à l’Est (Burundi puis Rwanda) pour attaquer finalement à l’Ouest (RdCongo). Les lignes qui suivent fournissent force détails pour mieux l’appréhender.

Kagame_Nkurunziza_Kabila

  1. Qu’est-ce le sixième stratagème chinois?

Partons d’un exemple pour mieux l’illustrer. Au XIIIe siècle de notre ère, un général du royaume des Song tente de reprendre la ville de Sizhou envahie par les Mongols. Trouvant la ville divisée en partie Est et partie Ouest, il monta son opération militaire en deux étapes. Tout d’abord, il fit approcher ses bateaux et une partie de ses troupes jusqu’au pied de la partie Ouest de la ville et avec grande ostentation, il dirigea une partie de son armée, au travers des montagnes, pour se rapprocher de la ville Est. Lorsqu’au signal, les navires, les drapeaux et les tambours s’agitèrent devant les murailles occupées par les Mongols, ceux-ci se convainquirent de l’imminence de l’attaque et regroupèrent au matin le gros de leurs troupes d’élite et matériels de défense pour renforcer la partie Est, laissant vulnérable la partie Ouest. Au soir, le général Song, ayant réussi sa ruse, attaqua alors par surprise la partie Ouest, brisa les défenses de l’Ouest et entra triomphalement dans la cité obtenant par voie de conséquence la reddition de ses adversaires qui attendaient le péril de l’Est (apparence) alors qu’il est bel et bien venu de l’Ouest (réalité).

Clameur à l’Est et attaque à l’Ouest, telle est la stratégie de ruse dont use Paul Kagame pour semer la confusion dans l’esprit des congolais moins enclins d’évaluer à juste compte la menace réelle et plus portés de commettre l’erreur impardonnable de ne pas se préparer à une attaque surprise. Le stratège rwandais divulgue de fausses informations sur le théâtre des opérations, créant des fausses impressions qui camouflent la véritable direction qu’il entend donner à l’attaque. Il désoriente ainsi l’adversaire, sème le chaos dans ses esprits.

Suite aux agitations qui succèdent depuis des semaines au Burundi voisin, agitations auxquelles le même Kagame n’est pas étranger, il sied de ne pas se laisser leurrer et de ne point concentrer ses défenses sur le flanc Est. Cette clameur faite à l’Est ne dit pas que ce soit bien là le lieu de sa prochaine attaque. Le mentor rwandais sait clairement que cette phase n’est que la première qui prendra par surprise les congolais habitués à la lecture événementielle de ce qui advient à leur pays ou à leur voisin.

Kagame a déjà identifié son véritable adversaire. Non point Joseph Kabila qui est son fidèle allié ni les institutions républicaines congolaises qui sont toutes infiltrées et à la solde de l’occupant rwandais. Le véritable adversaire contre lequel les rwandais préparent cette surprise, c’est bien la frange intellectuelle congolaise qui refuse de se soumettre puis les classes combattantes du peuple congolais qui, comme elles l’ont démontré à la mi-janvier dernier, se rendent prêtes au sacrifice suprême pour arracher leur souveraineté en 2016, année qui marquera la fin du deuxième et dernier mandat constitutionnel du soldat Kabila et l’ouverture probable d’une nouvelle ère démocratique.

  1. Un mot sur le triumvirat : Kagame, Nkurunziza et Kabila

Un autre préalable pour entrer dans les alcôves de la crise burundaise, c’est de comprendre l’identité des acteurs principaux de ce conflit. Et on ne peut y arriver qu’en faisant un feed-back à l’événement fondateur du génocide rwandais qu’est l’attentat le 6 avril 1994 contre l’avion présidentiel rwandais[1], attentat qui a entrainé la mort et du président Juvénal Habyarimana et du président Cyprien Ntaryamira. Si beaucoup de choses ont été écrites sur le président rwandais, peu d’intérêt a été porté sur le décès concomitant du président burundais, décès qui cache en lui un nombre important de mystères.

Dans son rapport, le juge Jean-Louis Bruguière soulève une partie du voile de ce mystère[2] qui a entrainé pour le Burundi la perte de son président démocratiquement élu mais également des massacres de plus de 100.000 victimes hutues, poussant en même temps en exil à la fin octobre 1993 des centaines de milliers d’autres burundais au Rwanda et dans l’Est de l’ex-Zaïre[3].

Pour la petite histoire, Melchior Ndadaye, d’origine hutue, diplômé de l’Université de Techniques de Banques du conservatoire national des Arts et Métiers et fondateur du Front pour la Démocratie du Burundi (FRODEBU) profite du vent de la perestroïka et du discours de la Baule pour arracher la victoire électorale au scrutin présidentiel et législatif du 1er au 29 juin 1993. Dès son élection démocratique, Ndadaye se décide de conduire son pays sur la voie de la réconciliation nationale. Pour ce faire, il nomme comme premier ministre Madame Sylvie Kinigi, une tutsie de l’Uproma, qui prône une politique d’ouverture et d’entente entre ethnies mais, sans le savoir, torpille en sous-main la politique FPR (encore dans le maquis militaire) qui se base sur les peurs suscitées par les épurations ethniques contre les Tutsis pour pouvoir conquérir le pouvoir à Kigali. L’ouverture et la cohabitation politique de la présidence de Ndadaye est un cinglant démenti à cette opinion et constitue une menace de premier plan contre les visées politiques du FPR dont la stratégie a toujours consisté à contrôler le pouvoir par la violence et le refus des voies démocratiques.

Selon les documents secrets publiés par le partenariat Intwari[4], une réunion d’urgence sera vite organisée au palais présidentiel à Kampala au cours de laquelle sera décidée l’élimination physique du président Melchior Ndadaye. Patrick Mbeko et Honoré Ngbanda nous fournissent la liste de participants à cette rencontre qui au propre comme au figuré ressemble à une conjuration. Il s’agit notamment de « Paul Kagame, des officiers tutsis de l’armée burundaise et ougandaise et surtout trois grandes figures britanniques : la ministre des Affaires étrangères et proche amie de Museveni, la Baronne Linda Chalker, l’homme d’affaires Tiny Rowlands et Margaret Thatcher »[5]. Ce qui va arriver le 21 octobre 1993, à savoir l’assassinat du président et le massacre de milliers de hutus, sera l’application des décisions prises à ladite réunion de Kampala.

Un détail important cependant, le 18 octobre 1993, soit trois jours avant le putsch, Paul Kagame est aperçu à Bujumbura où il fait un séjour discret. Il loge à l’hôtel Méridien[6] et y rencontre Buyoya, le président sortant à qui le FPR apporte un appui décisif dans la déstabilisation des institutions burundaises en place.

Le président Cyprien Ntaryamira qui succèdera au président assassiné signera lui aussi son arrêt de mort dès lors qu’il se décidera de soumettre au gouvernement belge un mémorandum sur la coopération en matière de sécurité, par l’entremise de son émissaire spécial Joseph Ntamahungiro, arrivé à Bruxelles la dernière semaine de mars 1994. Sur base de son mémorandum, le président burundais a obtenu l’envoi immédiat d’une mission de reconnaissance au Burundi. Ce qui s’approchait d’une reprise de la coopération militaire avec la Belgique, interrompue lors du génocide de 1972.

Cette reprise de coopération qui formait en même temps la condition sine qua non du sauvetage du processus de la démocratisation amorcée par Melchior Ndadaye constituait, dans le contexte de l’époque, une nouvelle menace aux visées politiques du FPR qui avait besoin plutôt d’un embrasement généralisé non seulement du Burundi mais aussi de toute la sous-région, lequel embrasement compromettrait le processus de paix au Rwanda voulu par les Accords d’Arusha et provoquerait tensions et troubles au Kivu qui justifieraient une intervention armée au Zaïre.[7]

L’assassinat de Cyprien Ntaryamira, annoncé des mois avant par des services secrets burundais, laissera la voie libre à ces visées expansionnistes du FPR et nous fournira en même temps la clef de compréhension de l’identité de celui qui sera élu au suffrage indirect de par son rôle de leader de CNDD, j’ai cité Pierre Nkurunziza, le président actuel du Burundi. Si l’objectif de Kagame est de placer des hommes de confiance à Kinshasa (2001) et à Bujumbura(2005) pour sécuriser son plan d’expansion et d’occupation dans la sous-région des Grands Lacs, nous avons tout intérêt à nous demander la nature des accords qui lient ces trois présidents Kagame, Kabila et Nkurunziza qui ont décidé de former un nouvel axe politique.

Un regard rétrospectif nous ouvre les yeux sur une foule de détails historiques. Les origines troubles de Pierre Nkurunziza né d’un père hutu et d’une mère tutsie[8] ; la campagne militaire de Pweto en septembre 2000 où Pierre Nkurunziza commandait un bataillon du CNDD/FDD aligné en première ligne aux cotés des unités des Forces Armées Congolaises sous les ordres de Joseph Kabila ; les révélations selon lesquelles le commandant Nkurunziza partageait la même tente militaire durant la bataille de Pweto au cours de laquelle d’importants stocks d’armes de FARDC ont été transférés aux armées tutsies de RCD[9] ; le fait que Kabila et Nkurunziza aient été exfiltrés de Pweto par un hélicoptère envoyé par le gouverneur Moise Katumbi; la vérité qu’après cette exfiltration, ces deux soldats aient été aperçus ensemble à Lubumbashi d’abord puis plus tard à Ndola en Zambie lors de l’assassinat de Mzee L.-D. Kabila[10] nous poussent à reconsidérer l’image fabriquée que sieur Pierre Nkurunziza a voulu se donner aux fins de masquer beaucoup de facettes de sa vraie personne.

Et lorsque Pierre Nkurunziza sera élu président burundais en 2005 par un vote indirect, nous nous demandons par quelle magie il a bien pu contourner les prescrits de l’Accord d’Arusha[11] et nous commençons alors à nous interroger sérieusement sur la véritable identité de celui qui a eu à succéder aux deux présidents assassinés pour la simple raison que leur profil ne convenait point au projet du FPR. Qui est-il donc l’actuel président burundais pour qu’il puisse donner entière satisfaction à Kagame et à ses puissants parrains occidentaux[12] ? Considérant tous les éléments ci-haut cités, nous ne sommes pas loin de penser que Paul Kagame, Pierre Nkurunzinza et Joseph Kabila sont tous trois des frères siamois quand bien même le premier détient en réalité le monopole du pouvoir de commandement sur les deux autres pour la simple raison qu’ils sont ses propres créatures politiques. Ils forment un triumvirat politique qui, dans les prochains mois, ne lésinera pas sur ses moyens pour imposer en Afrique des Grands Lacs un nouvel ordre politique ou plutôt « un nouveau désordre politique »[13] qu’ils vont instrumentaliser pour conserver et renforcer leur pouvoir.

  1. Quand un probable génocide burundais vise à préparer l’invasion du grand voisin de l’Ouest

Le vendredi 8 mai 2015 à 13h (locale), alors que toute la presse était aux Nations Unies pour assister à la sortie de la crise au Burundi, Pierre Nkurunziza a officellement déposé sa candidature pour un troisième mandat. Ce, en dépit des accords d’Arusha et des pressions internationales exercées sur lui. Il a confirmé également que le scrutin prochain fixé à la date du 26 juin ne sera pas modifié et cela alors qu’un glissement du calendrier électoral aurait permis à toutes les parties de sortir de la crise sans perdre la face. Le président Nkurunziza a choisi de gouverner par défi et s’est mis à flirter avec les vieux démons qui les décennies passées ont fait du Burundi le théâtre des violences ethniques et politiques.

Dans son édition du 7 mai 2015, soit un jour avant, La Libre Belgique a révélé un complot ourdi contre le peuple burundais. Me Bernard Maingain[14] y fait des confidences ultrasensibles. Il reconnait notamment avoir exfiltré deux collaborateurs du général Adolphe Nshimirimana qui n’est rien d’autre que l’ancien chef des renseignements et le bras droit de l’actuel président burundais. Ces deux agents exfiltrés accusent ledit général d’avoir acheté des armes pour les redistribuer dans les collines  et de mettre sur pied l’opération Kiriba qui consiste à envoyer les milices Imbonerakure (milice pro-Nkurunziza) s’entrainer en Rdc en vue de préparer la déstabilisation régionale.

Ces accusations qui ont été transmises au Conseil de sécurité au courant de ce week-end dernier sont accablantes et révélatrices d’un malaise très profond. Selon les précisions livrées par Colette Braeckman, les Imbonerakure sont des jeunes miliciens armés par les autorités locales qui, dans la région de Kiriba, auraient établi leur jonction avec des groupes d’interhahamwe[15], aujourd’hui appelés FDLR (Forces Démocratiques pour la libération du Rwanda) qui seraient venus du Congo voisin où ils sont pourchassés par l’arme[16].

L’élite congolaise devra prendre très au sérieux le titre très évocateur du billet de cette journaliste belge mettant un lien entre les événements actuels du Burundi et ceux du Rwanda de 1994 lorsqu’on sait combien elle est bien introduite dans les milieux tutsi rwandais et combien ses écrits sont prémonitoires de grands événements qui succèdent dans la région interlacustre. Alors que nous nous interrogeons encore sur la destination réelle des armes et munitions cachées sur des collines de Burundi, l’actuel président Pierre Nkurunziza vient enfoncer le clou dans un récent meeting qu’il a fait devant ses partisans Imbonerakure dans le Nord du pays.

Le chef de l’Etat burundais aurait en effet déclaré : «  … Le moment fatidique est arrivé. Vous avez entendu hier ce qui a été dit par les antagonistes qui ont déclaré qu’ils allaient nous imiter en envahissant les rues. On doit donc sortir les houes que nous vous avons données, je suis sur que vous vous êtes organisés en conséquence. Concernant les autres armes nécessaires comme les balles et les tenues, il faut voir Gérard Ndabire. Il faut aussi garder à l’esprit que les antagonistes ne sont pas seulement ceux de la société civile et les opposants, mais aussi ceux qui étaient avec nous et qui se sont levés contre nous.»[17]

Le décor d’un massacre de masse est planté, avec de nombreux scenarii pour la stabilité de la sous-région des Grands Lacs.

Premier scénario, Pierre Nkurunziza réussit à précipiter les élections en juin 2016, à prendre de court l’opposition burundaise jusque là concentrée sur la question des préalables constitutionnels et au final à emporter haut la main ce scrutin électoral, le fusil pointé sur les électeurs comme sa police le fait déjà sur les manifestants pacifiques qui réclament à cor et à cri le respect des dispositions constitutionnelles. C’est le schéma de vote par le bout du canon, semant terreurs et intimidations qui est en plein essai au Burundi et qui demain pourra servir de modèle à la RdCongo (2016) et au Rwanda (2017). A leur tour, les deux autres triumvirs (Kabila et Kagame)[18] attendent anxieusement l’issue favorable ou défavorable, le succès ou l’infortune de leur frère d’arme pour réajuster leur propre tir.

Second scénario, c’est celui du soulèvement généralisé du peuple burundais qui, en dépit de l’importance de chars et fusils pointés contre lui, réussit à braver le péril CNDD et à chasser le dictateur comme ce fut le cas en Tunisie, en Egypte et plus récemment au Burkina Faso. Les forces du changement appuyées par une armée professionnelle qui refuse de prendre partie pourra ressusciter alors le rêve enterré de Melchior Ndadaye et de Cyprien Ntaryamira qui miroitaient tous ensemble de réunir les conditions démocratiques d’un Burundi réconcilié et souverain. Les deux autres triumvirs sont acculés soit à faire marche en arrière pour respecter à leur cœur défendant la constitution de leur pays soit à s’entêter en disant que le Congo ou le Rwanda ne sont pas le Burundi.

Troisième scénario, c’est celui du soulèvement du peuple burundais et d’un massacre subséquent qui finit par tourner contre le gouvernement burundais l’opinion internationale et la coopération avec les bailleurs de fond. Voulant gouverner par défi mais manquant d’argent pour payer les salaires de la fonction publique, le climat de précarité politique et sécuritaire se prolonge avec des tentatives de coup d’Etat telle que celle du général Niyombare[19], qui a annoncé ce mercredi 13 mai 2015 un coup d’état contre le président Nkurinziza en déplacement à Dar-Es-Salam pour la rencontre de chefs d’état de la région pour la situation du Burundi. En dépit du tweet du même Nkurinziza qui précise que la tentative du coup d’état a échoué et que la situation est sous contrôle, tout témoigne de la volatilité de la situation en cours. La communauté internationale risque dans les prochains jours de chercher à voir un peu plus clair dans le fouillis. Les organisations non gouvernementales de Droit de l’Homme commencent à lever le petit doigt contre le vrai commanditaire de ce chaos burundais. Pierre Nkurunziza devient ainsi gênant pour Paul Kagame qui le fait assassiner par sa propre garde rapprochée en vue sauver ses propres meubles. Un autre pouvoir démocratiquement élu est mis en place qui prend l’option de reprendre l’œuvre de démocratisation amorcée par Melchior Ndadaye. De nouveau le même Kagame le met à mal en y organisant un climat d’insécurité jusqu’à l’affaiblir et à chasser du pouvoir (si pas l’assassiner) le successeur de Nkurunziza et, comme jadis après l’assassinat de Cyprien Ntaryamira, il veillera à placer son pion pour sécuriser ses frontières et ses desseins d’expansionnisme.

Quatrième scénario, c’est celui qui a été prédit par le stratège militaire congolais Jean-Jacques Wondo[20], à savoir le retour aux affaires de Pierre Buyoya, candidat malheureux au secrétariat de la Francophonie mais reconnu aussi comme expert de putsch militaire à Bujumbura qui ne cache pas jusqu’à ces jours ses appétits pour le pouvoir. Tutsi d’origine et à la base de tous les coups tordus contre les tentatives de démocratisation du Burundi ces deux dernières décennies, Buyoya qui a gardé une forte main mise sur les officiers supérieurs de l’Armée et sur les services de sécurité burundais demeure sans aucun doute une équation politique à plusieurs inconnues.

  1. Et voici le temps de mener beaucoup de bruit à l’Est (Burundi) pour attaquer à l’Ouest (RdCongo)…

Le retour probable de ce politicien burundais, Pierre Buyoya, au pouvoir conforterait énormément le plan secret que nourrit Paul Kagame et consorts pour le futur du Congo. En 1996, il a travaillé dans le trio Museveni – Buyoya – Kagame pour la mise en œuvre du projet d’invasion et d’occupation du Congo-Kinshasa. Dans les prochains mois, au cas où Pierre Nkurunziza arrivait à tomber, c’est éventuellement le nouveau triumvirat Kagame-Buyoya-Kabila qui pourra mettre sous coupe réglée l’avenir démocratique du Congo aux prochaines échéances électorales de 2016.

Pendant que les congolais se préparent en toute naïveté à aller au dialogue avec Kabila[21] et que ce dernier s’apprête à nommer une pointure de l’opposition au poste de premier ministre[22], il se sert de la diversion pour caresser l’opinion congolaise dans le sens du poil et lui faire croire que tout évolue pour le mieux au pays Lumumba pendant que la terre brule au Burundi et que cet incendie du voisin est précurseur de celui de la maison Congo. En réalité, toute activité politique au Congo jusqu’au dernier rendez-vous PPRD à Kingataki ce mercredi 13 mai 2015 n’est que du leurre et de mascarade politiques. Kagame et Kabila sont en train d’appliquer ce principe de guerre selon lequel celui qui sait quand et où s’engager fait en sorte que l’autre ignore où et quand se défendre.

L’année fatidique 2016 s’approche et la résistance congolaise affute ses armes et s’impatiente. Elle se demandant bien d’où, comment et quand son adversaire attaquera pour reconquérir la magistrature suprême congolaise.

Du coté des ennemis du Congo, ayant observé la détermination avec laquelle la diaspora et le peuple congolais tiennent à défendre l’intégrité territoriale et la souveraineté nationale, ce triumvirat trouve hasardeux et téméraire d’affronter un adversaire qui n’a plus peur de la mort et qui est engagé dans une offensive déterminée sur le terrain qu’il a choisi, à savoir le terrain de la Constitution de 2002 qui demande de respecter l’esprit et la lettre l’article 220 qui fixe l’exercice de la fonction présidentielle à deux mandats successifs et non renouvelables.

En provoquant des désordres et violences politiques avec des milliers de morts au Burundi, le stratège Paul Kagame sait qu’il va tourner le regard du monde entier vers cette partie de la sous-région où gronderont les canons et les hurlements de victimes sous les machettes et les houes, levant l’épouvantail du génocide des tutsis par des hutus. Mettant alors à profit le sixième stratagème qui consiste à faire beaucoup de bruit à l’Est, il sait que son objectif principal et final, sera d’attaquer la démocratie naissante à en RdCongo.

Pendant que la violence aura fait suffisamment de bruit au Burundi, lui se mettra déjà en toute discrétion à lever à l’Ouest de nouvelles rebellions et mettra en alerte maximale les forces d’attaque déjà infiltrées sur le territoire congolais. Ceci fait, il passera à la seconde phase en exportant ce conflit dans son propre pays et ensuite au Congo-Kinshasa. Les troubles au Rwanda et au Congo rendront la situation socio-politique invivable, mettant les deux pays au bord du chaos et appelant du coup le nécessaire état d’urgence impliquant de laisser ces deux présidents à leur poste présidentiel pour éviter le basculement total.

Mais Kagame ne s’arrêtera pas là. Au contraire, il continuera à jeter de l’huile au feu en facilitant la jonction entre les miliciens Interhahamwe et ceux Imborenakure accusés faussement d’être des milices hutus contre les tutsis. Ce qui ne manquera pas de fournir au même Kagame le prétexte de se lancer dans la phase III de son opération qui est la poursuite de ces génocidaires, les poussant ainsi à trouver refuge au Congo pour pouvoir entrer sur ce territoire qu’il a toujours considéré comme l’inévitable base-arrière stratégique de la croissance économique de Kigali, devenu soit dit en passant la plaque tournante de la bourse africaine de coltan, d’or et de diamant pendant que le pays de mille collines ne détient que le café comme produit d’exportation.

Pour tout dire, le triumvirat sous la houlette de Kagame avance méthodiquement et s’adapte aux nouvelles circonstances tant il est vari que le contexte actuel de la résistance qui a commencé à comprendre son modus opératoire devient plus vigilant et plus alerte. La ruse a toujours été sa meilleure arme. La ruse et la surprise pour être plus complet. Il s’affaire à ce que l’adversaire ne s’imagine pas quand, où et comment il va attaquer. Il tente de s’adapter sans hésitation ni distraction de manière flexible au rythme de l’adversaire qui commence à vouloir défendre ses positions. Lui se mue… Il change… Il joue au caméléon pour prendre les couleurs de son environnement et dissimuler ses intentions profondes. Si l’adversaire ne s’attend pas à son attaque, alors il attaquera. S’il l’attend, il n’attaquera point.

Lorsque l’opinion congolaise l’attendra d’intervenir à l’Est où sont signalées de nouvelles incursions des forces militaires rwandaises et cette nouvelle milice Raia Mutomboki dans la cité de Punia dans la province de Maniema, cette clameur orientale lui servira de ruse pour frapper à l’Ouest, probablement par Moanda[23] où ses officiers déjà présents étudient minutieusement le terrain avant d’accueillir les troupes que des vols cargo peuvent larguer très facilement et de là organiser des colonnes pour monter plus facilement sur la capitale, le siège des institutions républicaines. La flexibilité d’action et l’agilité des manœuvres constituent son point fort et lui permettent de « ne pas se laisser imposer le jeu et de s’emparer de l’initiative afin de dicter soi-même des règles favorables. »[24]

Voilà à quoi nous devons veiller les jours qui viennent : ne pas nous laisser distraire dans cette guerre faite de désinformation et de ruse. Il nous faut voir au-delà des apparences et tracer le véritable itinéraire que suit l’action politique et militaire du triumvirat ci-haut cité pour ne pas nous laisser dicter les règles d’un jeu politique qui nous ôterait l’initiative. De souveraine, notre liberté d’action deviendra piteusement contrainte et imposée du dehors prolongeant ainsi ad vitam notre servitude.

Prenons en grande considération l’avis d’André Beaufre : « le vainqueur d’un conflit est celui qui sait maitriser l’interaction des volontés des protagonistes, c’est-à-dire son jeu, celui de son adversaire et la confrontation de deux qui s’adaptent au changement de circonstances. C’est à partir de cette dynamique évolutive qu’il conviendrait de concevoir et de conduire toute stratégie… Dans ce face-à-face tactique, l’action de l’un lie celle de l’autre, mais le stratège qui le comprend effectue un premier pas vers la victoire. »[25] Des signes avant-coureurs s’accumulent à l’Est qui nous indiquent la direction des efforts déployés par le triumvirat pour entrainer notre désintégration morale et pour nous faire accepter les nouvelles conditions de gouvernance qu’il veut nous imposer. D’où l’urgence du monitoring de l’esprit adverse pour pouvoir nous élever au-dessus de ses desseins et nous rendre capables de lui dicter notre initiative et parvenir enfin à la victoire de l’instauration d’un Etat de droit. Qu’on se le dise !

GERMAIN NZINGA MAKITU

[1] A. de BROUWER, « Rompre le silence autour de l’attentat terroriste du 6 avril 1994 et le TPIR » dans le Colloque organisé sur le thème Le suivi des travaux de commissions parlementaires d’enquête, Paris, éd. Duboiris, avril 2003.

[2] Jean-Louis Bruguière va publier en 2008 un Rapport d’enquête sur le génocide au Rwanda et l’attentat contre l’avion de Juvénal Habyarimana. Dans ce rapport, le juge anti-terroriste essaie établir un lien entre une tentative d’assassinat du président Melchior Ndadaye en 1993 par les militaires burundais et le chef de la rébellion rwandaise FPR qui était leur conseiller.

[3] G. MUSABYIMANA, Rwanda, le triomphe de la criminalité politique, Paris, L’Harmattan, 1994, p. 263.

[4] Mémorandum envoyé au secrétaire général de l’Onu, le 15 février 2008, par le Partenariat-Intwari présidé par le général Emmanuel Habyarimana, ancien ministre de la Défense de Paul Kagame. Ce mémorandum a été cité par P. MBEKO & H. NGBANDA, Stratégie du chaos et du mensonge, p. 109.

[5] P. MBEKO & H. NGBANDA-NZAMBO, Stratégie du chaos et du mensonge. Poker menteur dans l’Afrique des Grands Lacs, Paris, Ed. De l’Erablière, 2014, pp. 109-110

[6] Ibid., p. 112.

[7] P. MBEKO & H. NGBANDA-NZAMBO, op.cit., p. 114.

[8] Cette double appartenance tutsie et hutue constitue bien souvent une source de confusion et d’équivoque. Le concerné peut bien surfer sur la lignée paternelle hutu tout en travaillant en réalité pour les intérêts de la lignée maternelle tutsie. Cette confusion qui se vérifie entre les deux groupes ethniques se vérifie aussi au niveau du problème de double nationalité burundaise ou rwandaise où le sujet peut user d’un passeport du pays hôte pour travailler aux intérêts de son pays d’origine.

[9] Pour plus de détails, lire J.-J. WONDO, Les armées au Congo-Kinshasa. Radioscopie de la Force publique aux FARDC, Monde Nouveau/Afrique Nouvelle, 2013. P.p.239-240.

[10] Ces nombreux détails historiques sont puisés dans le travail bien documenté d’un chercheur congolais Jean-Jacques WONDO, Burundi, vers le retour (im)prévisible de Buyoya au pouvoir- Joseph Kabila inquiet dans http://www.desc-wondo.org

[11] Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi du 28 aout 2000 Chapitre Ier Article 17 alinéa a qui stipule : « La Constitution stipule qu’à l’exception de la toute première élection présidentielle, le Président de l République est élu au suffrage universel direct, chaque électeur ne pouvant voter que pour un seul candidat. Le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages exprimés. »

[12] Depuis son coup d’état constitutionnel, les réactions de ces puissances sont mitigées. Les américains se contentent de regretter «  l’occasion manquée » de la démocratie tandis que les européens se disant « préoccupés » refusent de s’engager dans le débat constitutionnel. Tout cela ressemble au jeu du « pas vu pas pris » qui se résume en ceci : si Nkurunziza passe, quitte à tordre les bras aux accords d’Arusha et à la Constitution, mais en préservant l’ordre public, on fermera les yeux. S’il échoue, si la répression est trop médiatisée et le désaveu trop général, il fera face aux sanctions. Autrement dit, on jouera sur les effets et non sur les causes. Su le fait d’avoir raté l’obstacle et non sur l’erreur d’avoir entamé la course. Cfr C : BRAECKMAN, « Pas vu pas pris » du 29 avril 2015 dans http://www.blog.lesoir.be

[13] Nous empruntons la formule de Matthieu PETITHOMME, Les élites postcoloniales et le pouvoir politique en Afrique subsaharienne. La politique contre le développement, Paris, L’Harmattan, 2009, p. 160.

[14] Avocat belge et travaillant depuis de nombreuses années sur des dossiers politiques et économiques dans les Grands Lacs.

[15] Est-il possible que Pierre Nkurunziza ait pu entrainer ses milices Imbonerakure sur le territoire congolais sans l’accord tacite de Paul Kagame qui quadrille la zone par ses services secrets ou de Joseph Kabila qui venait d’éloigner les FDLR à Kinsangani pour sécuriser la même zone? Quant aux FDLR, tout chercheur sérieux sait que c’est depuis longtemps qu’ils ne constituent plus une menace pour la sécurité rwandaise. Au contraire Paul Kagame s’en sert toutes les fois qu’il veut provoquer une crise sécuritaire pour une dessein politique. Leur jonction ne peut donc que servir les intérêts de ce triumvirat qui est devenu le vrai commanditaire de ces forces négatives.

[16] C. BRAECKMAN, Burundi : des révélations inquiétantes qui rappellent le Rwanda de 1994 dans http://www. blog.lesoir.be

[17] Ibid.

[18] Point n’est besoin de rappeler la hargne avec laquelle ces deux dictateurs sont en train de lutter contre la constitution de leur propre pays respectif. Dans son interview au micro de François SOUDAN, Paul Kagame donne cette réponse prémonitoire : « …les lois fondamentales bougent, s’adaptent et s’amendent sans cesse dans l’intérêt des populations concernées. En sera-t-il de même au Rwanda ? C’est vraisemblable. Je ne connais pas un seul pays au monde où la Constitution est immuable. » Cfr Interview de Paul Kagame : je ne conseille à personne de se mêler des affaires intérieures du Rwanda du 15 avril 2014 dans http://www.jeuneafrique.com

[19] Ex-compagnon d’armes du président Nkurinziza, ex-Chef-d’état-major de l’armée burundaise nommé en décembre 2014 Chef de Service National de Renseignement (SNR) puis limogé trois mois plus tard.

[20] J.-J. WONDO, Burundi, vers le retour (im)prévisihble de Buyoya au pouvoir-Joseph Kabila inquiet ? du 7 mai 2015 dans http://www.desc-wondo.org

[21] La plupart de grands partis d’opposition souscrivent à ce plan de dialogue même si pour apaiser leurs bases et l’opinion nationale, ils exigent des préalables au dialogue. Ils acceptent de dialoguer avec un acteur politique qui n’a jamais tenu parole dans les précédents dialogues et qui cette fois-ci le fera juste pour masquer sa volonté de se maintenir au pouvoir au-delà de 2016.

[22] L’interview d’Eve Bazaiba Masudi le week-end dernier a crevé l’abcès du secret de l’agitation qui marque l’UDPS. Selon la secrétaire générale de MLC, Félix Tshisekedi aurait reçu de la part du pouvoir en place de grosses sommes d’argent et se prépare à être nommé au poste de premier Ministre congolais.

[23] C’est de cette manière que nous comprenons la véhémence avec laquelle Paul Kagame et Joseph Kabila se sont mis à courtiser Edouardo Do Santos, le président angolais, à qui sont concédées tant de faveurs économiques, notamment la réouverture de la ligne aérienne angolaise Kinshasa – Loanda ; le projet commun d’exploitation pétrolier etc. L’objectif du rusé, c’est d’obtenir le quitus angolais au moment de l’attaque à l’Ouest dont la porte d’entrée est exiguë   avec le territoire angolais.

[24] P. FAYARD, Comprendre et appliquer Sun Tzu. Une pensée stratégique chinoise : une sagesse en action, 2e édition, Paris, Dunod, 2007, p. 32.

[25] A. BEAUFRE, Introduction à la stratégie, Paris, Fayard, 2012.

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