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Publié par La Tribune Franco-Rwandaise

Photo Faustin TWAGIRAMUNGU

La CPC prend position sur le rapport du Groupe d’experts de l’ONU sur la RDC et réaffirme sa détermination à oeuvrer en faveur du changement politique au Rwanda

1.La Coalition des Partis politiques rwandais pour le Changement a pris connaissance, avec beaucoup d’intérêt, du rapport final du Groupe d’experts des Nations Unies sur la République Démocratique du Congo (RDC), rendu public en date du 12 janvier 2015. Elle apprécie sans réserve tous les efforts consentis par l’ONU en vue de résoudre, par des voies pacifiques, la question des réfugiés rwandais se trouvant sur le territoire de la RDC.

2.Consciente de ses responsabilités, la CPC voudrait apporter sa contribution à double titre : d’une part, en veillant à ce que cette problématique des réfugiés soit mieux comprise par la Communauté internationale et, d’autre part, en s’assurant que l’approche de résolution retenue soit celle d’une solution globale et définitive, touchant l’ensemble des réfugiés rwandais, où qu’ils se trouvent. En effet, la CPC reste convaincue de l’impérieuse nécessité de situer d’abord le problème dans le vrai contexte qui en est la source, à savoir : un pouvoir dictatorial en place au Rwanda depuis plus de 20 ans, sous l’égide du Président Paul Kagame et de son parti, le Front Patriotique Rwandais (FPR).

3.Il va de soi que toute solution viable passe par l’avènement d’un changement démocratique au Rwanda, axé sur l’instauration d’un espace politique pluraliste et un véritable État de droit où les libertés et les droits de la personne humaine soient pleinement respectés. Il faut, en effet, que les conditions soient enfin réunies pour le retour au Rwanda, dans la dignité et dans la sécurité, de tous les réfugiés et exilés rwandais, ainsi que pour la coexistence pacifique à l’intérieur du pays, seul fondement d’une véritable réconciliation entre les Rwandais, ainsi que pour le rétablissement des relations de bon voisinage avec les autres peuples de la région.

De l’accablante responsabilité du régime du FPR-Kagame

4.Le FPR-Inkotanyi a pris le pouvoir au Rwanda en juillet 1994 après avoir sapé et anéanti les accords de paix d’Arusha du 4 août 1993 censés mettre fin au conflit de pouvoir entre le régime du Président Habyarimana et ses opposants, aggravé par la guerre déclenchée par le FPR en 1990 depuis l’Ouganda, avec l’appui de ce pays et de certaines puissances occidentales.

5.Les accords de paix d’Arusha prévoyaient notamment le partage du pouvoir politique et militaire entre les principales forces politiques rwandaises. Ils préconisaient en outre l’avènement d’une démocratie pluraliste et l’instauration d’institutions citoyennes permettant à tous les Rwandais de jouir pleinement de leurs droits civils, politiques, économiques et sociaux dans leur indissociabilité.

6.Pour assouvir ses ambitions politiques d’accéder au pouvoir sans partage, le FPR et ses complices ont planifié et exécuté, en date du 6 Avril 1994, l’assassinat du Président Habyarimana Juvénal du Rwanda et de son homologue Burundais Cyprien Ntaryamira. Ce crime impuni jusqu’à date est reconnu par tous les observateurs avertis comme l’élément déclencheur du génocide et des massacres ayant fait au Rwanda plus d’un million de victimes en 1994.

7.Comme cela s’est avéré plus tard, la conquête du pouvoir absolu au Rwanda par le FPR-Inkotanyi s’accompagnait de visées hégémoniques sur la RDC - notamment sur sa région de l’Est qui, depuis 1996, est le théâtre de conflits armés et de crimes écononomiques en tous genres orchestrés par des groupes mafieux décidés à exploiter illégalement les richesses naturelles de la RDC.

De la présence des réfugiés rwandais en RDC

8.Les atrocités de la guerre et l’horreur du génocide consécutif à l’assassinat du Président Habyarimana en 1994 ont provoqué un déplacement massif de réfugiés rwandais d’une ampleur jamais observée dans le monde contemporain. Plus de 4 millions de personnes ont traversé la frontière de la RDC alors que d’autres milliers passaient par la frontière de la Tanzanie et du Burundi. La prise en charge de tous ces réfugiés hutus est devenue très vite trop pesante pour la communauté internationale et principalement pour le HCR, dont le budget s’en trouvait asphyxié.

9.En 1996, profitant de cette situation embarrassante pour le HCR et soutenu par les principaux bailleurs de l’ONU, le gouvernement de Kigali a fait valoir que ces réfugiés devaient rentrer au Rwanda, prétextant que la paix y était revenue et qu’il était plus facile de leur apporter de l’aide dans leur propre pays. La communauté internationale a fait semblant d’ignorer qu’en Avril 1995, le régime du FPR-Kagame avait massacré, au vu et au su de l’opinion publique, plus de 8000 Hutus déplacés de guerre à l’intérieur du pays, après les avoir rassemblés dans le camp de Kibeho. Faut-il rappeler que ces massacres, par ailleurs suffisamment documentés, se sont déroulés en présence des casques bleus de l’ONU qui n’ont rien fait pour empêcher ce carnage?

10.Depuis 1996, le calvaire interminable des réfugiés Hutus a commencé par la destruction, à l’arme lourde, de tous les camps de réfugiés à l’est de la RDC par les troupes du Général Kagame qui se livrèrent ensuite à une chasse à l’homme des plus meurtrières. Les citoyens congolais et les réfugiés Hutus ont été dès lors abandonnés à eux-mêmes par la Communauté internationale, pendant que l’armée congolaise censée les protéger était en débandade. Les survivants de cette terrible tragédie, congolais et rwandais, sont aujourd’hui sous la menace d’être exterminés une fois pour toutes.

Aucun témoin du génocide commis en RDC ne doit survivre ?

11.L’attitude belliciste actuelle de la Communauté internationale envers les réfugiés Hutus et les combattants qui ont volontairement déposé les armes est incompréhensible et injustifiée. Elle semble s’inscrire dans un schéma manichéen inventé par le FPR-Inkontanyi et ses acolytes tendant à diaboliser le peuple Hutu du Rwanda dans son ensemble, à travers un bouc émissaire désigné sous le nom des FDLR. Le but non avoué est d’opposer éternellement les Hutus et les Tutsis du Rwanda, respectivement en tant que bourreaux et victimes dans la tragédie rwandaise, un moyen tout trouvé par le régime du FPR pour camoufler ses crimes abominables, dont certains sont pourtant bien documentés dans le « Mapping report » publié par l’ONU en date du 1 octobre 2010.

12.Il ne fait point de doute que ceux qui, sous le parapluie des Nations Unies, préconisent la guerre contre des réfugiés désarmés, tentent désespérément de légitimer les crimes antérieurement commis à leur encontre en présentant ces réfugiés comme de vulgaires forces nocives à éradiquer.

13.En témoignent, entre autres, les agissements du régime dictatorial de Kigali qui, pendant ces deux dernières années, a remué ciel et terre au Conseil de Sécurité des Nations Unies pour faire passer des résolutions présentant les réfugiés Hutus comme les fossoyeurs de la paix en RDC. Pourtant, les observateurs avertis n’ignorent pas que les armées régulières de l’Ouganda et du Rwanda se sont affrontées en RDC à deux reprises dans des guerres sanglantes sur fond de partage du butin.C’est donc ironique et même indécent que la Communauté internationale envisage de compter sur ces deux pays pour trouver des solutions de paix durable dans le cadre de la CIRGL, comme si l’on pouvait faire confiance à un pyromane pompier !

14.Devant l’échec de la réconciliation qu’on espérait du TPIR, devant le silence de la Communauté internationale sur les crimes de génocide commis sur les réfugiés Hutus en RDC et les citoyens congolais dans leur propre pays – tels que documentés dans ledit Mapping report du 01.10.2010 – et face à la vérité têtue exposée dans le documentaire de BBC 2 « Rwanda’s untold story », la Communauté internationale se trouve entre l’enclume et le marteau, une situation inconfortable dans laquelle elle a été malicieusement entraînée par les stratèges et les lobbies du FPR.

Les FDLR : la seule force de protection des réfugiés

15.La CPC considère les FDLR comme une organisation armée de protection des réfugiés hutus rwandais disséminés dans les provinces du Sud et du Nord Kivu. Faut-il encore souligner que ces réfugiés ont été abandonnés à eux-mêmes par la Communauté internationale et en particulier par le HCR ? Force est aussi de relever que ces réfugiés sont les rescapés des massacres perpétrés en terre congolaise par l’armée du Général Kagame, depuis 1996 jusqu’à date. Par ailleurs, il est clairement établi que la plupart de ces réfugiés sont nés en exil après 1994 ou qu’ils étaient tout petits quand ils ont fui le Rwanda et que, par conséquent, ils n’ont rien à voir avec les crimes de génocide que le pouvoir de Kigali s’emploie à leur imputer collectivement. Dès lors, il est inacceptable qu’ils soient qualifiés abusivement et cyniquement de « Hutus génocidaires » à livrer comme tels aux autorités rwandaises qui, pourtant, emportent une large responsabilité du drame que vivent ces réfugiés.

16.Cela étant dit, les FDLR ont pris les armes, non pas pour semer le chaos en RDC, non pas pour se rebeller contre l’autorité nationale congolaise, non pas pour constituer des gangs de pillards pour s’emparer des ressources naturelles de la RDC, non pas pour violer les femmes et les filles congolaises, mais tout simplement pour défendre et sauvegarder leur propre vie, ainsi que celle des citoyens congolais qui les ont hébergés jusqu’à ce jour. Au cas où, en tant que rares exceptions, il y aurait parmi les FDLR des suspects de crimes graves, la CPC soutiendrait que la Communauté internationale mette en place un tribunal spécial chargé de juger tous les crimes économiques et les graves violations contre les droits humains commis en RDC depuis 1996, le régime du FPR et ses soutiens étant astreints, eux aussi, de répondre de leur responsabilité devant ce même tribunal.

Le pouvoir de Kigali : un régime on ne peut plus criminel

17.La CPC rappelle à la Communauté Internationale et en particulier aux grandes puissances membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations Unies, et surtout celles qui soutiennent inconditionnellement le régime criminel du Général Kagame, que deux chefs d’État, celui du Rwanda et du Burundi, ont été assassinés dans un attentat contre l’avion qui les transportait le 6 avril 1994, que 8'000 déplacés Hutu ont été massacrés le 21 avril 1995 à Kibeho dans le Sud Ouest du Rwanda, que plus de 300'000 réfugiés Hutus ont été massacrés en RDC par l’armée de ce même régime honni, et que 5 millions de Congolais ont été emportés par des guerres hégémoniques face auxquelles l’indifférence des puissances démocratiques de ce monde laisserait penser à une sorte de complicité ou de complaisance envers le régime rwandais. En outre, la CPC rappelle et dénonce les crimes graves commis par le régime de Paul Kagame sur ses propres citoyens, dont notamment des assassinats et des persécutions graves à caractère politique, des emprisonnements arbitraires de civils et des disparitions forcées. La CPC s’érige aussi contre la parodie de justice illustrée par un ensemble de lois et règlements tendancieux instaurés par le régime du FPR aux seules fins de restreindre les libertés d’expression et d’association, et d’autres droits fondamentaux.

18.La CPC reconnaît que dans la hiérarchie des valeurs, la vie humaine passe avant toute chose. En conséquence, les réfugiés Hutus abandonnés à leur triste sort ont le droit inaliénable de refuser d’être exterminés et de se défendre par tous les moyens légitimes dès lors qu’aucune protection ne peut leur être assurée par la Communauté internationale. En tout état de cause, rien ne justifie que les réfugiés soient sacrifiés sur l’autel des intérêts non avoués destinés à conforter un régime criminel décidé à se cramponner au pouvoir à Kigali, à exterminer ses opposants politiques, à déstabiliser toute la région de l’Est de la RDC et à piller en toute impunité les ressources naturelles de ce pays, et ce pour assurer aux membres de la clique au pouvoir, une opulence des plus scandaleuses, de surcroît teintée d’une arrogance inimaginable.

Une seule solution pertinente : le dialogue politique

19.La CPC encourage et soutient sans condition les FDLR dans la voie pacifique qu’elles ont librement et volontairement choisie en déposant les armes dès décembre 2013, en vue de pouvoir rentrer dignement dans leur pays d’origine et y exercer librement et démocratiquement leurs droits civils et politiques.

20.La CPC réitère sa haute appréciation au Président de la République Unie de Tanzanie, Son Excellence Jakaya Kikwete, qui est le premier Chef d’État Africain à avoir demandé au Président rwandais, le Général Paul Kagame, lors du Sommet de la Conférence Internationale des Pays de la Région des Grands Lacs, à Addis-Abeba, le 26 mai 2013, de tout faire pour engager un dialogue avec les FDLR, en vue d’une solution négociée visant à mettre un terme définitif aux conflits qui endeuillent la RDC depuis une vingtaine d’années.

21.Faisant suite à cette prise de position éminemment constructive du Président tanzanien, et consciente de ce que les solutions militaires jusqu’ici essayées ont toutes lamentablement échoué, la CPC s’est engagée à examiner, en étroite collaboration avec d’autres partis de l’opposition rwandaise dont les FDLR, les voies et moyens politiques possibles en vue de trouver, non seulement une solution appropriée au retour massif au Rwanda des réfugiés se trouvant dans les provinces du Nord et du Sud Kivu, mais aussi une solution globale pour le retour pacifique dans leur pays d’origine, et dans des conditions de sécurité et de dignité, de tous les réfugiés rwandais.

22.Dans cet ordre d’idées, la CPC a adopté un plan politique porteur d’espoir en rapport avec la question des réfugiés et les conditions de leur rapatriement volontaire. Ce plan vise l’instauration, au Rwanda, d’un espace politique pluraliste apte à garantir à l’individu et au citoyen, le respect des droits fondamentaux, dont la liberté au sens large. Cet espace politique s’avère essentiel et primordial afin de permettre l’émergence des idées constructives nouvelles et l’abolition d’un régime monarchique, dictatorial et criminel qui, aux yeux d’une opinion internationale non avertie, parvient encore à se déguiser en République respectable.

23.La CPC continuera à travailler de concert avec ses partenaires privilégiés, notamment l’Institut pour la Paix et le Réglement des Conflits « Institute of Peace and Conflicts Resolution » de Dar-es- Salaam en Tanzanie, la Communauté Saint Egidio de Rome en Italie, la Communauté de développement d'Afrique australe (SADC, Southern African Development Community) et l’ensemble de la Communauté Internationale.

24.La CPC ne se laissera jamais intimider par des critiques tendancieuses de ceux qui reprochent à ses dirigeants de tenir des rencontres avec des officiels des FDLR. En effet, de telles concertations ne doivent souffrir d’aucune appréhension, dans la mesure où elles n’ont d’autre but que la recherche d’une solution pacifique à la crise politique rwandaise et à la question des réfugiés. Par ailleurs, la CPC estime que les Rwandais, de surcroît responsables politiques, ont le droit et le devoir de se concerter sur les problèmes de leur pays, indépendamment des apprécitions positives ou négatives dont les uns et les autres seraient l’objet de la part de la Communauté internationale.

25.Enfin, la CPC a pris bonne note de sa mention dans ledit rapport du Groupe des experts, qui stipule que « les FDLR se sont jointes à la Coalition des partis politiques rwandais pour le changement (CPC) afin de faire pression sur le Gouvernement rwandais pour qu’il accepte de négocier ». La CPC saisit cette opportunité pour réaffirmer sa profonde conviction selon laquelle la solution définitive à la question des réfugiés rwandais passe impérativement par un dialogue franc et direct entre le Gouvernement de Kigali et les partis politiques d’opposition, sous les auspices des pays et organismes africains soucieux du devenir politique du Rwanda, et en tenant compte de l’impérieuse nécessité de la stabilité et de la sécurité de la région des Grands Lacs. Plutôt que de multiplier des menaces d’opérations militaires contre des FDLR désarmées ou en voie de l’être et  d’autres réfugiés rwandais abandonnés à eux-mêmes dans des forêts congolaises, la Communauté internationale ferait mieux de prendre des dispositions visant à obtenir, sans plus tarder, du Président Kagame et de son gouvernement, un engagement ferme en faveur de ce dialogue. C’est d’autant plus urgent que les négociations directes entre le pouvoir de Kigali et l’opposition rwandaise constituent la seule solution sérieusement envisageable, si l’on veut asseoir durablement la paix et la démocratie au Rwanda et dans l’ensemble de la région des Grands Lacs.

Fait à Bruxelles, le 11 février 2015.

Faustin TWAGIRAMUNGU

Président de la CPC et ancien Premier Ministre du Rwanda

(CPC: Coalition des Partis politiques rwandais pour le Changement)

POSITION DE LA COALITION DES PARTIS POLITIQUES RWANDAIS POUR LE CHANGEMENT (CPC) SUR LE RAPPORT DU GROUPE D’EXPERTS DE L’ONU SUR LA RD CONGO
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