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Publié par La Tribune Franco-Rwandaise

22 novembre 2014 |  Par Michel ROBARDEY

 

Il y a un peu moins d’un siècle, en mil neuf cent vingt-trois et vingt-quatre, le Parti Communiste français publiait dans l’Humanité un certain nombre de documents rassemblés ensuite – en 1931 - en un brulot édité[1] sous la signature d’Arthur Raffalovitch, « conseiller secret du ministère des finances ». Ce document de 450 pages, intitulé  « L’abominable vénalité de la presse française » crucifiait le rôle des journaux parisiens dans l’affaire des emprunts russes et affirmait que « Moscou avait utilisé des intermédiaires rémunérés, des comptes en banque secrets et des représentants quasi officiels à Paris, pour la corruption de nombreux médias français au moment des levées de fonds géantes à la Bourse de Paris, en particulier les emprunts russes…………….De leur côté des journaux britanniques comme le Times avaient au contraire fait état de la situation budgétaire fragile de la Russie, de sa dette publique ………………[2] ».

Quatre-vingt ans plus tard, l’opinion française est toujours endormie par la presse française et belge qui lui revendent la doxa du drame subi par le peuple rwandais en 1994 cuisinée à la sauce « Kigali -Kagame », tandis que la presse anglo-saxonne alerte l’opinion mondiale sur la réalité des crimes commis par le « plus grand criminel de guerre actuellement au pouvoir »[3]

Ainsi la BBC a récemment diffusé une excellent documentaire sous le titre « Rwanda's untold story, « L'histoire du Rwanda jamais contée[4]» qui a provoqué beaucoup d’émotion et de réactions à Kigali, beaucoup d’intérêt à travers le monde…..et un silence assourdissant dans la presse française, à l’exception de RFI qui, timidement, lui a consacré quelques entrefilets.

Tardivement, constatant que les blogs ne parlaient plus que de cette émission et qu’ils ne pouvaient plus y échapper – à moins que l’ordre de réagir soit enfin arrivé, tant Kigali était embarrassé par cette émission - certains organes de presse dont la fidélité au régime épouvantable de Kagame n’est plus à démontrer et qui, confrontés  il y a quelques années à des preuves irréfutables, ont reconnu avoir passé avec son gouvernement de juteux « contrats de communication », ont tenté de limiter la casse en « dénonçant » avec une arrogance sans nom leurs confrères britanniques. Ils n’ont pas omis en cette occasion  de leur infliger les anathèmes habituellement lancés à la face de ceux qu’on veut faire taire : révisionnistes, négationnistes , etc.

Quelques jours plus tard, à peine, un  témoin clé , convoqué par la Justice française, disparait, enlevé en pleine ville de Nairobi au nez et à la barbe des autorités françaises et kenyanes. Or ce témoin était celui-là même qui avait  amené les juges Marc Trevidic et Nathalie Poux à rouvrir l’information judiciaire sur l’attentat du 6 avril 1994 déclencheur du génocide.  Que fait l’ensemble de la presse francophone devant cette nouvelle affaire Ben Barka ? Elle se tait !

Exception faite de RFI et d’Afrique Réelle, bien qu’on ne puisse qualifier cette dernière de « Presse officielle » : http://bernardlugan.blogspot.fril faut à nouveau aller chercher la presse anglophone pour y trouver quelques éléments dans: http://www.digitaljournal.com/news/world/witness-in-french-inquiry-into-1994-rwanda-plane-crash-disappears/article/416372

La presse française reste quant à elle scotchée sur deux événements dont l’importance n’échappe à personne :

  • Les photos de Julie Gayet à l’Elysée ;

  • La démission de Kader Arif

Cette attitude pour le moins réservée, voire sidérée, de nos blancs menteurs hexagonaux, presse et ONG de la bien-pensance confondus, contraste étrangement avec le battage médiatique auquel ils nous avaient habitués chaque fois que l’un d’entre eux avait « monté un coup » en faveur des thèses de Kigali. On se souvient du désormais fameux rapport faussement dénommé par la presse  « rapport Trevidic », simple rapport d’expertise dont manifestement Kigali avait eu communication avant les autres parties, ce qui a permis aux avocats de la défense de convoquer une presse aux ordres afin de lui faire dire à ce texte ce qu’il n’avait pas dit[5] et de le clamer haut et fort.

On se souvient également du bruyant délire de Malagardis en première page de Libération : en manipulant un document connu et rejeté par le TPIR depuis des années, elle tentait d’accréditer la fable[6] des missiles Mistral au Rwanda en 1994. Cette thèse a été reprise telle quelle et sans aucune vérification par les plus grands titres nationaux…..!

Aujourd’hui, concernant la disparition et la mort probable d’Emile Gafirita, ces sont encore les anglo-saxons qui nous apprennent que les avocats de Kigali reconnaissent  (Cf. Supra l’excellent article de Judi Rever) avoir avisé Kigali de son prochain témoignage  : “You’re asking me whether I informed my clients but every normal lawyer informs his clients of the evolution of a case,” Leon Lev Forster told Digital Journal. Dès lors le sort de l’homme était scellé puisque, après le meurtre de Patrick Karegeya, le général Kagamé avait prévenu : "Celui qui trahit son pays, celui qui trahit le Rwanda, quel qu'il soit, ne peut pas s'en sortir sans payer le prix"……

Décidemment en près d’un siècle, peu de choses ont changé si ce n’est que les affairistes de tout poil ne misent plus sur les mines du Caucase ou du Donetz mais sur celles du Kivu pour  remplir leurs comptes en banque. Mutatis mutandi, on pourrait toujours écrire comme le faisait jadis Raffalovitch dans l’Humanité que « Kigali utilise des intermédiaires rémunérés, des comptes en banque secrets et des représentants quasi officiels à Paris, pour la corruption de nombreux médias – et ONG faut-il ajouter aujourd’hui -  français ……….De leur côté des journaux britanniques comme – non plus le Times mais la BBC - font au contraire état de la situation..... fragile du Rwanda, .....…  ». 


[1] par la Librairie du Travail, 17 rue de Sambre et Meuse à Paris,

[2] WIKIPEDIA : Affaire Arthur Raffalovitch

[3] Professeur Filip Reyntjens qui a écrit entre autres : « Rwanda- Gouverner après le génocide ».

[4]http://vimeo.com/107867605

 

[5] Claudine VIDAL : http://www.france-rwanda.info/article-attentat-du-6-avril-1994-la-presse-fran-aise-a-fait-dire-a-un-rapport-d-expertise-ce-qu-il-ne-disa-123147095.html

[6] J’ai très clairement démontré dans l’Afrique Réelle comment avait été articulée la manipulation d’un document dont l’origine américaine était bien connue et et qui avait été formellement démenti depuis 1994

Rwanda : L’abominable forfaiture de la presse francophone devant la nouvelle affaire Ben Barka
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